Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Le libéral de l’énergie solaire

, ,

Publié le

Thierry Lepercq est le président et cofondateur de Solairedirect, développeur et exploitant de parcs photovoltaïques racheté par Engie il y a près d’un an. Cet ex-banquier, devenu chantre du solaire de masse, jongle entre prophéties et levées de fonds.

Le libéral de l’énergie solaire
Thierry Lepercq, président et cofondateur de Solairedirect
© pascal guittet

L’argumentaire est déroulé jusqu’au bout du tapis roulant. Thierry Lepercq le conclut en se penchant, complice : « Vous verrez, les fonds vautours sauveront la planète ! » Et de savourer sa formule, valise à la main, sur l’escalator qui l’emporte à l’étage de l’aéroport Indira-­Gandhi, à New Delhi. Il est en transit pour Jodhpur, d’où il ira visiter ses réalisations au Rajasthan. Notamment un parc qu’il affectionne particulièrement, qui avait fait grand bruit à la fin de l’année 2011 en proposant un prix de l’électricité record, à peine 7,40 roupies (0,11 euro) par kilowatt­heure. « Le quotidien “The Hindu” avait titré : “Solairedirect a fait l’histoire aujourd’hui […], mettant l’électricité solaire à la portée de l’homme ordinaire” », raconte avec gourmandise le dirigeant.

Mais pourquoi les fonds vautours, déjà ? Suivre le cheminement de Thierry Lepercq n’est pas une mince affaire. Ses idées jouent aux poupées russes et les arguments financiers alternent avec des envolées visionnaires. Au départ, sans doute, la transition énergétique, qu’il voit comme une « crise » plutôt qu’un « gentil trajet d’un point A à un point B ». Puis le discours du gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui pointait le risque d’une perte de valeur brutale des gisements d’hydrocarbures avec la lutte contre le réchauffement climatique. Reformulé par Thierry Lepercq, cela donne : « Imaginez les pétroliers dépréciant massivement leurs actifs. Le doute s’installe ! Quand les spéculateurs décideront de parier contre les majors, ça ira très vite. » Comprendre : ce sera la fin de l’ère des hydrocarbures. Donc le salut de la planète. Merci par avance les vautours.

Faire table rase du passé

« Thierry, c’est une personnalité un peu à part. C’est un gratte-ciel. Il a une carcasse de pensée très rationnelle mais il pousse les idées, projets et émotions à l’extrême », résume Chenva Tieu, un entrepreneur et ami de longue date. Ce qu’il « pousse », depuis la création de Solairedirect en 2006 avec six associés, toujours présents, c’est « le solaire compétitif ». Un credo pionnier. Quand en 2010, en France, tant d’autres s’élevaient contre la baisse des tarifs de rachat de l’électricité solaire, lui prônait une réduction supplémentaire de ces subventions. Masochiste ? Non. Il est convaincu que le solaire doit, pour l’emporter sur ses opposants et se développer, voler de ses propres ailes. Les ailes de la finance, bien sûr.

Car l’entrepreneur de 53 ans a d’abord été banquier. Diplômé de HEC, il s’initie aux LBO (rachats avec effet de levier) à New York chez Bankers Trust avant de poursuivre en 1990 à Paris pour la banque Arjil. En 1994, il monte pour la banque d’investissement Oddo un département corporate finance qui multiplie les introductions en Bourse. Cinq ans plus tard, il crée sa propre banque d’affaires, NetsCapital, dédiée à la high-tech, qui prétend rivaliser avec les plus grandes. L’éclatement de la bulle internet aura raison de cette première vie, mais pas de son « envie de transformer le monde » ni de sa foi en la finance. Solairedirect, c’est avant tout de l’ingénierie financière. C’est elle qui permet au solaire d’être compétitif, donc déployable en masse. Révolutionnaire, dirait-on, si le terme n’était pas trop marqué politiquement pour ce dirigeant.

Ce fils d’officier de marine travaillant dans le pétrole et petit-fils de directeur de l’équipement d’EDF veut pourtant faire table rase du passé énergétique. Rien de moins. Et pour cela, il a besoin de capitaux. La tentative d’introduction en Bourse de Solairedirect, au printemps 2015, est un échec ? Il rebondit illico et entraîne ses associés vers la solution Engie : un rachat à 95 % qui laisse l’équipe dirigeante en place, dotée de 130 millions de capital supplémentaires. Il en profite pour mettre Engie dans la boucle du grand projet de sa PME culottée : l’initiative Terrawatt, dont il se fait l’inlassable promoteur, du Quai d’Orsay à l’ambassade de France à New Delhi, et qui veut réunir industriels et investisseurs du solaire mondial. Résultat, à l’ouverture de la COP 21, l’engagement est pris d’investir 1 000 milliards de dollars d’ici à 2030 ! « Derrière, il y a l’idée que la finance va changer le monde. L’argent est une source d’action extraordinaire s’il est canalisé. Ce peut être un torrent », espère celui que tous décrivent comme « visionnaire » mais qui affirme « préférer l’action à la futurologie ». 

En quelques mots

  • Solaire Son dada, bien sûr, mais aussi sa personne. « Il est charismatique et veut communiquer sa passion », apprécie Jean-Louis Amblard, le cofondateur de Cyperus.
  • Visionnaire « Il a une vision stratégique forte, qu’il faut parfois encadrer pour rendre opérationnelle », témoigne Jim Long, le directeur de Greentech Capital Advisors.
  • Agaçant « Il peut agacer en donnant l’impression d’être un peu arrogant. Il en fait souvent trop », reconnaît Olivier Dupont, le président de Demeter Partners.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle