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L'Usine Santé

Le laboratoire Ceva teste l’efficacité de son vaccin contre la nouvelle grippe aviaire H5N8

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Exclusif Sixième industriel mondial de la santé animale, le laboratoire français Ceva s’apprête à tester le vaccin qu’il avait développé contre la grippe aviaire H5N1 pour voir s’il pourrait se révéler efficace contre la nouvelle souche qui sème l’inquiétude dans les élevages de volailles en Europe.

Le laboratoire Ceva teste l’efficacité de son vaccin contre la nouvelle grippe aviaire H5N8 © D.R.

Face à la progression de la nouvelle souche de grippe aviaire H5N8, l’industrie de la santé animale se prépare. Identifiée en début d'année en Chine, Corée du Sud et Japon, cette souche qui se déplace avec les oiseaux migrateurs inquiète.

Elle vient d’être signalée dans des élevages de volailles en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Et serait potentiellement "dévastatrice" pour le secteur avicole et les économies des pays à faibles ressources, ont alerté lundi 24 novembre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), incitant les pays à risque à se mobiliser.

LA VACCINATION, ÉTAPE NON SYSTÉMATIQUE DANS LA GESTION DE CRISE

"Aucun cas humain n'a été associé à la nouvelle souche de l'influenza aviaire, mais elle est apparentée au virus H5N1, connu pour s'être propagé de l'Asie à l'Europe et à l'Afrique en 2005-2006, rappellent la FAO et l'OIE. Or cette épidémie, dans laquelle étaient également impliqués des oiseaux sauvages, avait causé la mort de près de 400 personnes et de centaines de millions de volailles ; il convient donc de prendre des mesures de précaution au niveau des animaux."

La situation est différente selon les pays, chacun étant maître de sa stratégie sanitaire. En Europe, où les services vétérinaires sont plutôt organisés et réactifs, on préfère généralement tenter en priorité de stopper la progression de la maladie en éliminant les animaux porteurs dès qu’un foyer est identifié.

Une surveillance est ensuite réalisée sur un périmètre plus large, les autorités pouvant alors être amenées à requérir la vaccination des animaux présents dans les zones à risque. La vaccination n’intervient donc qu’en dernière étape et de manière non systématique.

Chez Ceva, réactivité mais prudence sur les résultats

Cela n’empêche pas l’industrie vétérinaire de se mobiliser. A Libourne (Gironde), le groupe de santé animale Ceva s’apprête ainsi à faire tester par un laboratoire indépendant le vaccin qu’il avait développé pour contrer le virus H5N1. Objectif : voir s’il pourrait se révéler également efficace contre le H5N8. "Dès qu’H5N8 a été mentionné en Europe, nous avons été très réactifs. Mais c’est une démarche proactive et scientifique : nous n’avons pas été contactés par les autorités et ne pouvons pas prévaloir aujourd'hui que notre vaccin va conférer une protection suffisante contre ce sérotype", temporise le docteur Pierre-Marie Borne, directeur des affaires publiques chez Ceva Santé Animale.

Si les résultats des tests, attendus d’ici plusieurs semaines, sont concluants, le sixième laboratoire mondial (avec 700 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2013) pourrait alors proposer aux autorités sanitaires de leur fournir un stock de sécurité de son vaccin. Ceva dispose déjà des structures pour le produire. Mais alors que son vaccin initial est déjà autorisé en Egypte, Bangladesh ou Vietnam, des pays endémiques où la grippe aviaire H5N1 est déjà bien installée et les animaux vaccinés en conséquence, il ne l’est pas en Europe. L’industriel français devrait donc encore convaincre les autorités sanitaires de lui accorder un enregistrement temporaire, afin de ne pas attendre deux ans pour voir son vaccin disponible.

D’autres laboratoires vétérinaires ont aussi planché dans le passé sur la grippe aviaire, comme Seppic, filiale d’Air Liquide qui propose des adjuvants aux vaccins. Mais le développement de vaccins spécifiques anti H5N8, faisant appel à un virus inactivé, demanderait beaucoup plus de temps. Il faudrait parvenir à le produire dans des zones confinées avant de le soumettre à l’approbation des autorités sanitaires… Une fois encore, la course contre la montre est lancée pour venir à bout de cette épidémie.

Gaëlle Fleitour

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