Le Kazakhstan pousse le marché de l'uranium vers la fin du surplus

Sur un marché de l’uranium en surcapacité depuis la catastrophe japonaise de Fukushima, les annonces récentes de coupes de production rendent envisageable le redressement des cours dès 2018.

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C’est peut-être l'épilogue d'un mauvais film aux relents de déjà vu. Premier ressort du scénario, une hausse brutale des cours due à des craintes de pénurie. En l’occurrence des cours de l’uranium passés au-dessus des 130 dollars la livre en 2007 à l’annonce des ambitions nucléaires asiatiques. Deuxième acte : des investisseurs qui se ruent sur les projets miniers pour répondre à cette demande. Les gouvernements et les compagnies minières investissent massivement, avec plus (Cameco, Areva au Kazakhstan) ou moins (Areva en Afrique) de bonheur.

Patience et longueur de temps

Mais le temps de la mine (10 à 15 ans) n’étant pas celui des marchés, le risque était grand d’un retournement entre la conception d’un projet et son entrée en production. Dans ce scénario, le retournement intervient en 2011 à Fukushima. Après la catastrophe, le Japon met tous ses réacteurs à l’arrêt. Moins brutalement, d’autres pays enclenchent une sortie du nucléaire, comme l’Allemagne. Dans des mouvements inverses, les stocks militaires recyclables s’accumulent et les énergies renouvelables, gagnent en compétitivité. C’est la fin de l’âge d’or du nucléaire, qui a de nouveaux concurrents sur le marché des énergies décarbonées. Résultat, au moment où ces mines entrent en production, le cours de l’uranium est divisé par six, à 20 dollars la livre.

Ni les nouvelles mines, ni les plus anciennes ne s’arrêtent pour autant. Car ce n’est pas au prix spot, le cours quotidien, que s’échange l’uranium. Il est contracté à long terme, à un prix convenu pour une période donnée (souvent partiellement indexé sur le cours spot). C’est la raison pour laquelle les baisses de production, voire les fermetures interviennent avec un effet retard qui peut atteindre plusieurs années après que le cours a dévissé. La mine n’est pas un secteur agile.

Une opportunité de rebond

Cette année, la chute des cours de l’uranium, qui semblait inexorable, pourrait buter sur un obstacle. A bout de patience, plusieurs acteurs viennent d’annoncer des coupes de production, pour un total de plus de 10 000 tonnes en 2018, sur une production minière globale estimée à 55000 tonnes.

Au Canada, le numéro deux mondial Cameco a annoncé début novembre la fermeture de sa mine de McArthur River (6000 tonnes par an), dont Areva est actionnaire à 30%. Un mois plus tôt, le français, numéro trois mondial, avait annoncé la suppression de centaines de postes à la Somaïr, l'une de ses deux filiales au Niger, pour baisser sa production de 400 tonnes dans ce pays. Des annonces qui avaient laissé le marché de marbre. Nombre d'analystes craignaient que le Kazakhstan, en pleine croissance avec des gisements à bas coût, ne compense ces coupes.

Le Kazakhstan suit le mouvement

Ce serait ignorer le signal faible lancé par Astana en janvier 2017. Le pays avait déjà annoncé une réduction de 10% de sa production (soit presque 2300 tonnes). Une décision appliquée avec son habituelle rigueur toute soviétique, car malgré les tensions avec son imposant voisin russe, on ne renie pas totalement le passé.

Début décembre, Kazatomprom doublait la mise, avec une nouvelle annonce de baisse de production de 20%. Dans le détail, le numéro un mondial annonce le retrait de 11 000 tonnes d’uranium du marché sur trois ans, démarrant en 2018 avec 4000 tonnes (7,5% de la production mondiale prévue par UxC en 2018). "Etant donné les conditions difficiles, et à la lumière de la surcapacité continue sur le marché de l’uranium, nous avons pris la décision stratégique de réduire la production afin de mieux aligner nos niveaux de production sur la demande. Ces mesures soulignent avec force notre engagement pour la durabilité de l’extraction d’uranium, un élément critique de la génération d’électricité propre et décarbonée dans le monde", expliquait le dirigeant de la minière publique kazakhstanaise Galymzhan Pirmatov.

Outre son ampleur, l’on retient de cette décision qu’elle pourrait avoir un effet multiplicateur lisible sous forme de hausse des cours sur les annonces de Cameco, Areva et d’éventuels autres producteurs, la crainte d’une compensation de ces dernières par le géant kazakh étant désormais écartée. Une bonne nouvelle pour Areva, tempérée par le fait que les restrictions de production s'appliquent aussi à ses opérations aux Kazakhstan. Le groupe ne pourra donc pas accélérer sur ses gisements à bas coût pour profiter pleinement de cette embellie potentielle.

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