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Le kaki de Fukushima s’efforce de prouver son innocuité

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Reportage Pour rassurer les consommateurs quant à la contamination de ses produits, une coopérative agricole de Date, dans la province de Fukushima au Japon, s’est dotée de lignes de production industrielle avec une analyse systématique de la radioactivité.

Le kaki de Fukushima s’efforce de prouver son innocuité © Ludovic Dupin - L'Usine Nouvelle

Quand on traverse les zones contaminées de la préfecture de Fukushima, un des éléments les plus frappants est la capacité de résilience des Japonais. Après que leurs terres et leurs emplois ont été détruits par un tremblement de terre, un tsunami et la contamination due à l’accident nucléaire, les habitants de la préfecture de Fukushima se battent pour reprendre vie, à l’exemple de la coopérative agricole de Date, réputée dans tout l’Archipel pour ses kakis séchés (Ampo Kaki). Leurs vergers contaminés, les paysans se sont tournés vers des solutions industrielles pour rebondir.

250 000 arbres contaminés

Date, ville de 72 000 habitants, est située à 60 kilomètres de la centrale. Elle a été relativement épargnée par le tremblement de terre et le tsunami. Elle s’est en revanche retrouvée sous le vent quand les émissions de césium radioactif ont été rabattues vers l’intérieur du pays. Non évacuée, la ville a été contaminée à divers degrés. Les 250 000 arbres à kakis répartis sur 2 900 sites n’ont pas fait exception, accumulant le césium sur leurs feuilles, fruits et branchages. Si les agriculteurs ont décontaminé les arbres avec de l’eau sous-pression, le mal était fait. La production de kakis séchés est passée brutalement de 2 000 tonnes en 2010 à zéro après l’accident.

Mesure de la radioactivité de chaque carton

Impossible d’écouler la production suivante auprès des populations inquiètes pour leur santé. La coopérative de Date a cherché à rassurer les consommateurs. Ainsi, dans l’ancien entrepôt artisanal d’emballage du kaki ont été construites cinq lignes de production qui n’auraient pas à rougir face à de vraies usines. Sur chaque chaîne, une machine (d’une filiale d’Areva) de détection de la contamination analyse les cartons emballant 8 sachets de kakis. La législation impose que la contamination ne dépasse pas 100 becquerels par kilogramme. Les machines de la coopérative sont réglées à 50 becquerels : "C’est notre marge morale de sécurité", explique monsieur Kasimata, le président de la coopérative, formé sur le tas à la radioprotection.

L’analyse de chaque carton prend entre 80 et 100 secondes. Si un sachet dépasse le seuil, l’ensemble du carton est retiré et incinéré. Ce fut le cas de 6 cartons sur les 35 000 derniers analysés. Pour ceux en règle, un ouvrier passe manuellement le colis vers une petite étiqueteuse automatisée, qui colle sur chaque sachet une étiquette avec le résultat de la dosimétrie.

500 000 euros la machine de dosage

Les experts français de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en visite sur le site, ce mercredi 18 décembre, ne cachent pas leur surprise et leur enthousiasme devant une telle maîtrise du sujet par les membres de la coopérative et devant la qualité de leurs équipements. Et pour cause ! Chacune des cinq machines de dosage a coûté 63 millions de yens, soit presque 500 000 euros. "C’est Tepco (l’électricien en charge de Fukushima) qui a payé, c’est-à-dire l’État", commente le président. En plus de ces machines, la coopérative reçoit 1 000 yens (environ 7 euros) par analyse pour compenser le temps perdu.

Grâce à ce système, la coopérative a produit 200 tonnes de kakis fin 2013. Reste à savoir si elle va les vendre auprès des autres préfectures, qui ont tendance à ostraciser tout ce qui vient de Fukushima (produits et population). À la sortie de l’atelier, un employé de la mairie distribue des badges aux visiteurs. Bleus, blancs ou roses, ils sont frappés de l’inscription : "Ne perdons pas courage, on ne baisse pas les bras !"

Ludovic Dupin, à Fukushima

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