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Quotidien des Usines

Le Havre, port avancé du Grand Paris?

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Le projet Seine Métropole, porté par l'architecte Antoine Grumbach, ouvre la capitale sur la mer, via Rouen et Le Havre. La communauté portuaire havraise y voit l'occasion d'accélérer les projets du grand port normand.

Le Havre, port avancé du Grand Paris? © DR
160 millions d'euros sont investis par le port de Rouen dans le creusement du chenal de la Seine, afin d'accueillir des navires plus grands. 190 millions d'euros sont prévus pour la création d'une zone logistique zone multimodale, appelée Rouen Vallée de Seine Logistique. 120 entreprises et 15 000 emplois directs et indirects sont recensés dans le port de Rouen. Au 1er octobre 2009, le trafic annuel atteint 19 millions de tonnes (+ 5,4 % par rapport au 1er octobre 2008).

Déjà, en 1517, François 1er créait le port du Havre pour desservir Paris. Bonaparte s'en était souvenu, estimant en 1802, dans une maxime passée à la postérité : « Paris, Rouen, Le Havre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue. » Paul Delouvrier, au début des années 1960, alors qu'il était chargé de mettre de l'ordre dans la région parisienne, avait bien proposé un schéma d'aménagement Paris-Le Havre, qui était resté sans suite. Le 29 avril dernier, Nicolas Sarkozy, dévoilant ses orientations pour le Grand Paris, a estimé qu'il fallait faire « enfin le choix stratégique que nous dicte la géographie : Le Havre, c'est le port du Grand Paris et la Seine est l'axe nourricier autour duquel la métropole a vocation à s'ordonner ».

LES GRANDS CHANTIERS PORTUAIRES DU HAVRE...
200 millions d'euros vont être engagés d'ici à 2013 par le port du Havre, afin de prolonger le canal de navigation dans l'estuaire de la Seine.
160 millions d'euros seront consacrés d'ici à 2011 à la réalisation d'une plate-forme multimodale.
336 millions d'euros d'investissement sont en cours pour doubler la capacité de Port 2000, le port à conteneurs.
600 entreprises et 16 000 emplois directs et indirects sont recensés sur le port du Havre. Au 1er octobre 2009, le trafic annuel s'élève à 55 millions de tonnes (- 6,4 % par rapport au 1er octobre 2008).

... ET DE ROUEN
160 millions d’euros sont investis par le port de rouen dans le creusement du chenal de la Seine, afin d’accueillir des navires plus grands.
190 millions d’euros sont prévus pour la création d’une zone logistique zone multimodale, appelée rouen vallée de Seine Logistique.
120 entreprises et 15000 emplois directs et indirects sont recensés dans le port de rouen. Au 1er octobre 2009, le trafic annuel atteint 19 millions de tonnes (+5,4%par rapport au 1er octobre 2008).

« Avec la décision de réaliser le canal Seine-Nord inscrite dans le Grenelle de l'environnement, le bassin de la Seine sera désenclavé dès 2015. La grande vitesse sur l'axe Le Havre-Paris, qui mettra Le Havre à une heure de Paris, et le développement d'un grand port de transformation à Achères (Yvelines) à l'embranchement du réseau fluvial Nord Europe et de la Seine s'impose logiquement, a encore expliqué le chef de l'Etat (1). Pour tirer le centre de gravité de l'économie ouest européenne vers le sud, nous voilà obligés de penser le développement de la métropole du Grand Paris sur la grande échelle de la vallée de la Seine jusqu'à la mer et d'inverser les flux d'échanges vers l'Europe du Nord. »

Développer les voies fluviales et ferroviaires

Ces propos du Président valident les grandes lignes du projet Seine Métropole porté par le cabinet d'Antoine Grumbach, l'une des dix équipes d'architectes (lire page 43) engagées dans la consultation internationale pour l'avenir du Paris métropolitain. Les ports de Rouen et du Havre (Seine-Maritime) sont les débouchés naturels de Paris. Le port du Havre, le plus important par son trafic et le plus proche de la mer, a vocation à devenir le port du Grand Paris. Une ambition qui va accélérer, espèrent les décideurs hauts normands, la vague d'investissements prévue depuis la Porte Océane au Havre, jusqu'à Rouen, les deux ports indissociables sur la route du mascaret.

Premier concerné, le port du Havre. Pour Laurent Castaing, son directeur général : « Il s'agit d'une réalité géographique. Situé à l'embouchure de la Seine et premier port à conteneurs de France, Le Havre dessert le Bassin parisien, dont il traite 40 % du trafic conteneurisé via des liaisons terrestres. L'opportunité liée à l'affichage "Le Havre, port du Grand Paris" est évidente. Il est extrêmement positif d'être associé à la capitale comme sa porte d'entrée maritime. Cela facilite les premiers contacts et les relations professionnelles à l'international. Une meilleure connaissance de cette position idéale peut favoriser le développement ou de nouvelles implantations logistiques par exemple. »


Cette identification devrait donc logiquement augmenter les trafics, notamment de conteneurs, permettant au port du Havre d'atteindre son objectif d'en traiter 6 millions en 2015 (contre 2,5 millions cette année). « Si ce label ne change pas les projets, lancés ou à l'étude, il doit en revanche nous permettre d'accélérer leur mise en place », estime Laurent Castaing. Le directeur général du port cite le prolongement du canal de navigation, indispensable pour un accès plus rapide à la Seine, et la création d'une plate-forme multimodale. L'objectif est que la part du fret ferroviaire passe de 6,3 % en 2008 à 13 % en 2015 et celle du transport fluvial de 9 % à plus de 20 % dans le même temps.

Le 15 octobre dernier, le secrétaire d'Etat chargé des Transports, Dominique Bussereau, a remonté la Seine depuis Le Havre jusqu'à Paris, faisant escale à Rouen et à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il a tour à tour confirmé la création d'une ligne TGV Paris-Rouen-Le Havre, via Mantes-la-Jolie, d'ici à 2020 (2). Un comité de pilotage réunissant de grands élus, la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) aura pour mission de proposer différents scénarios. Un conseil de coordination interportuaire, associant RFF et Voies navigables de France, sera chargé de développer des synergies entre les ports de Paris, de Rouen et du Havre, « toute fusion étant exclue, afin de préserver une saine concurrence ».

Dominique Bussereau a également indiqué l'arrivée d'un opérateur ferroviaire de proximité, le premier du genre, au port du Havre, et l'année prochaine à Rouen, ainsi que l'achèvement des aménagements fret de la desserte de la zone industrielle du port du Havre. L'itinéraire, via Serqueux-Gisors, de la liaison fret Le Havre-Paris sera mise en service dès 2012. Autant de perspectives attendues par la filière logistique normande, dont l'un des fleurons, SDV Logistique Internationale (groupe Bolloré), a décidé d'investir dans une plate-forme de 36 000 mètres carrés sur le parc logistique du Pont de Normandie. L'investissement s'élève à quelque 20 millions d'euros.

Concevoir une offre logistique de qualité


« Dans le cadre d'une économie mondialisée, l'inscription du Havre sur les cartes du monde comme porte d'entrée et de sortie du Grand Paris doit permettre de capter de nouveaux trafics vers l'Ile-de-France et d'attirer des capitaux. Cela générera des investissements, de l'activité et des emplois. Y compris dans les services, indissociables du développement portuaire, et pour lesquels le TGV sera un atout majeur. Mais pour relever ce défi, il faut une offre logistique sur le rail et sur le fleuve qui soit digne de ce nom. Les logisticiens, les compagnies maritimes et les manutentionnaires privés doivent s'impliquer », juge Henri Le Gouis, le directeur du pôle Paris-Nord-Normandie de SDV. D'autres entreprises anticipent le développement attendu du port. A l'instar du havrais Buffard Logistique, qui vient de renforcer son capital pour se préparer à l'accroissement de ses activités lié aux futures infrastructures multimodales.

Le port de Rouen n'est pas en reste. Son programme d'investissements - approfondissement du chenal de navigation sur la Seine, aménagement de la zone multimodale de Rouen Vallée de Seine Logistique - attirent déjà des investisseurs. Faubourg Promotion (groupe Idec) compte investir plusieurs dizaines de millions d'euros au cours des prochaines années pour réaliser un parc logistique multimodal de 100 000 mètres carrés. Le Havre, port du grand Paris ?

Cette appellation n'est pas, pour l'heure, la première préoccupation d'Antoine Rufenacht, le maire (UMP) du Havre. Refusant que sa ville devienne « la station-service portuaire de Paris », Antoine Rufenacht rappelle que si « Le Havre traite 60 % des conteneurs en France, 60 % des marchandises conteneurisées arrivant en Ile-de-France proviennent d'Anvers, de Barcelone, de Rotterdam... Il y a des parts de marché à prendre ». Et, pour la ville, une image à développer. « Avec l'arrivée du TGV depuis Roissy, via la Défense, nous pourrons accueillir, projette-il, des sièges sociaux de grandes entreprises de logistique, de la recherche, des universitaires. »

(1) Discours du président de la République le 29 avril 2009 à la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris.
(2) La ligne TGV Le Havre-Rouen-Paris via Mantes-la-Jolie, avec une bifurcation à Rouen vers Caen (Calvados), est prévue à l'horizon 2020, pour un montant estimé entre 4 et 5 milliards d'euros.

Le Grand Paris devant les députés

Doubler la croissance de l'économie francilienne pour la porter à 4 % et susciter la création de 800 000 à 1 million d'emplois au cours des quinze prochaines années ! Le projet de loi sur le Grand Paris, qui sera examiné du 24 au 26 novembre en première lecture à l'Assemblée nationale, affiche des objectifs ambitieux. Le gouvernement voudra convaincre les députés que le Grand Paris ne se résume pas à la création d'un réseau automatique de transport pour relier les pôles de développement parisiens. Avant même de défendre ce texte, le secrétaire d'Etat au Développement de la région-capitale, Christian Blanc, a dû répondre à la violente critique de Jean Nouvel. « C'est un projet de loi conflictuel qui ne donne aucune garantie d'utilité publique, s'il n'est pas relié à une stratégie urbaine précisée et située », a expliqué l'architecte dans une tribune publiée dans « Le Monde ». Christian Blanc a annoncé, depuis, la création d'un atelier d'urbanisme, présidé par l'architecte Christian de Portzamparc, afin de prendre en considération les propositions des dix équipes qui avaient répondu à la consultation pour l'avenir du Paris métropolitain. Qui mieux que les architectes et les urbanistes peut dire ce que sera demain la ville ?
P.G.


3 questions à Thierry Picard, directeur de LBC Sogestrol et président de l’Aupaes, association réunissant de grands industriels havrais
"Le Havre a vocation à être un port européen"

Quelles retombées attendez-vous de la désignation du Havre comme port du Grand Paris ?
Il y aura de bonnes retombées si ce projet débouche vraiment sur le développement de l'axe fluvial Le Havre-Paris. Des liaisons par barges régulières entre les deux villes pourraient conduire à une massification du transport de marchandises. Pour les industriels, les coûts seront alors moins élevés. Ce cercle vertueux attirera de nouvelles entreprises le long du fleuve et, pourquoi pas, des usines de production. Cela permettrait des fabrications de produits finis au plus près du bassin de consommation de l'Ile-de-France. Cela pourrait même être un facteur de relance de l'industrie.
Quels équipements faut-il créer pour accompagner ce développement ?
Outre l'aménagement du fleuve et un prolongement du grand canal de navigation dans l'estuaire, il faut développer le fret ferroviaire. Il faut impérativement créer une ligne, fiable et rapide, consacrée à cette activité. La fiabilité des transports est une exigence des industriels. Il faut la garantir.
Sous quelle forme faudrait-il inscrire l'expression Le Havre - Port de Paris sur les cartes de géographie ?
Je n'ai pas d'idée particulière. Mais cette expression est à double tranchant. Il ne faudrait pas qu'elle fasse oublier que le port havrais a vocation à être un port européen.


Antoine Grumbach, l’urbaniste de la Seine

« La vallée de la Seine offre l'opportunité d'un développement métropolitain linéaire et multipolaire, associé à des espaces naturels d'une qualité exceptionnelle. L'opposition ville-nature est en passe d'être révolue. » La Seine est devenue la grande cause d'Antoine Grumbach depuis que son projet, Seine Métropole, a été retenu par le président de la République pour créer une dynamique territoriale, dont le Grand Paris sera le foyer. Cet architecte, Grand prix national d'urbanisme en 1992, rappelle volontiers que la plupart des métropoles mondiales se caractérisent par leur accès à la mer. Et que la mondialisation s'appuie sur le transport maritime. Pour pallier le handicap continental de Paris, Antoine Grumbach et son équipe ouvrent la capitale sur la mer via Rouen et Le Havre. Ils préconisent, ce qui intéresse en premier chef les deux grands ports normands, de développer le transport fluvial entre la capitale et l'estuaire de la Seine, « indispensable au développement de l'économie et au développement durable ». Ce postulat permettrait d'en finir avec la croissance radioconcentrique du Grand Paris et de proposer un axe séquencé ville-nature jusqu'à la mer. La Seine constitue, pour Antoine Grumbach, « un élément de possible identification pour tous les habitants du Grand Paris (Rouennais, Parisiens, Havrais). Une identification importante pour partager et mener à bien des objectifs communs, en surmontant les discordances politiques ». Seine Métropole combine différentes échelles de transport, en associant l'eau au fer et à la route. Ce réseau de déplacements s'articulerait autour de la ligne TGV reliant la Défense au Havre en une heure, complétée par un maillage de transports collectifs et individuels et des points de vie.

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