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Quotidien des Usines

Le grand chambar dement

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Publié le

En pleine phase de ralentissement économique, le spectaculaire repli du prix des matières premières redonne de l'air aux entreprises. Mais il ne fait pas que des heureux et rebat les cartes au sein des filières industrielles.

Les entreprises citées

Crise financière historique, récession attendue dans les pays de l'OCDE en 2009, ralentissement de la croissance chinoise... Les événements de ces dernières semaines auront eu au moins un effet positif : le reflux des prix des matières pre- mières.

Le baril de pétrole s'échange à 65 dollars à New York, contre 147 le 11 juillet. Les prix des métaux non-ferreux, cotés sur le London Metal Exchange, ont baissé en moyenne de près de 50 % depuis juillet. Plus globalement, les métaux sont retombés à leur niveau de fin 2005 avant l'accélération du cycle haussier. Et l'acier n'est pas en reste. Cette baisse entraîne dans son sillage tous les secteurs (papiers, plastiques...), jusqu'au fret maritime. L'indice de référence du vrac sec, le Baltic Dry Index, a été divisé par 14 depuis son plus haut de l'année !

Jusqu'ici étranglés par l'ascension infernale des cours, les gros consommateurs de matières ne peuvent que se réjouir, malgré la conjoncture difficile. Pour ceux dont les carnets de commandes sont bons, les baisses de prix seront très intéressantes, « comme pour la machine-outil », indique Adrian Harris, le directeur général d'Orgalime, le Syndicat européen des industries mécaniques et électriques. Elles conforteront aussi la position de ceux qui, tel le Bronze Industriel, se refusent à pratiquer des prix de vente fixes (lire p. 24).

Ce renversement de tendance devrait surtout permettre aux industriels de regagner les marges érodées à chaque augmentation des prix du cuivre, de l'aluminium ou de l'acier... Dans l'emballage, les baisses en vue ne sont pas encore effectives (comme dans le carton ondulé), mais indiquent nettement le bout du tunnel. « Elles s'ajouteront aux gains procurés aussi par l'allègement des produits », précise Olivier Draulette, le directeur du dévelop- pement du Syndicat professionnel Ondef. Quand ? C'est le fameux syndrome du prix de l'essence à la pompe, toujours plus réactif aux augmentations du prix du brut sur les marchés pétroliers qu'aux baisses... Pourtant déjà, les industries consommatrices d'acier inoxydable ont vu les prix diminuer considérablement, les cours du nickel s'étant effondrés depuis le haut de cycle l'an dernier. Plus récemment, les fonderies, qui fournissent l'automobile, ont bénéficié de la baisse sensible des aluminiums de deuxième fusion. Et même si cette industrie souffre, comme les multiples réductions de production et plans sociaux annoncés le montrent, les constructeurs sont incontestablement en meilleure posture pour les prochaines négociations des matières premières, notamment face aux aciéristes comme ArcelorMittal. Au-delà ? Le consommateur n'en verra pas tout de suite les effets. « La baisse devrait nous permettre de compenser le manque à gagner, conséquence des multiples promotions, et de préserver notre marge. Mais elle restera sans effet sur les tarifs publics », indique un porte-parole de PSA Peugeot Citroën.

RENFORCER LES LIENS AVEC LES FOURNISSEURS

Dans le domaine de l'agroalimentaire, la retombée des prix agricoles, en particulier des céréales, va aussi rétablir les marges des industriels, même s'ils estiment que les baisses tardent davantage à se faire sentir sur les matières premières que celui des hausses. « Certaines matières ont chuté mais pas toutes ! », insiste Gérard Lebaudy, le PDG de la Biscuiterie de l'Abbaye, qui a prochainement rendez-vous avec son meunier pour discuter des prix. « Cela nous incite à renforcer les liens avec nos fournisseurs », explique-t-il.

En clair, une nouvelle bataille se prépare. Tout le long des filières industrielles, chacun avait joué des coudes pour imposer des hausses, désormais, la même empoignade se jouera, mais à l'envers.

De façon moins évidente, certains opérateurs des matières premières tireront aussi leur épingle du jeu. En priorité, ceux dotés de réserves financières confortables. A l'image de Paprec, l'un des principaux intervenants français du recyclage (papiers, plastiques...). La Financière Agache Private Equity, filiale du groupe Arnault, est entrée en juin dans son capital à hauteur de 37 %. Dans une filière en marasme (lire l'encadré ci-dessous), « cet argent frais va nous permettre de traverser une période délicate, mais aussi de consolider nos positions face à des concurrents fragilisés », explique Jean-Luc Petit-huguenin, le patron de Paprec. Pour surfer sur la vague verte, ce groupe de 3 000 salariés continuera de développer sa R & D et espère d'ici à quatre ans atteindre 750 millions d'euros de chiffre d'affaires.

A l'autre bout de la planète, les perspectives restent bonnes pour Roger Agnelli, le directeur général du groupe brésilien Vale. Comme lui, beaucoup de miniers ont vite réagi à la chute des prix, fermant leurs usines ou leurs gisements les moins rentables afin de traverser sans dommages majeurs le bas de cycle. Fort de ses riches gisements et d'un cash flow conséquent, Vale serait déjà à l'affut des opportunités de rachats qui apparaissent en période de crise. Son objectif ? Profiter de la future consolidation du secteur. Le premier mineur diversifié du monde, l'anglo-australien BHP Billiton, pourrait ainsi profiter de cette crise pour finaliser l'acquisition de sa cible, Rio Tinto... De même, en Chine, la crise va remettre de l'ordre dans le développement anarchique de capacités de production minières et métallurgiques - énergivores, polluantes et non rentables -, un problème ma- jeur que les autorités peinaient à résoudre. Ainsi, la production d'acier devrait baisser cette année de 2 % selon la Deutsche Bank. Une petite révolution.

LA CHUTE DES PRIX ENTRAÎNE DES BAISSES DE PRODUCTION

La chute des prix, beaucoup plus brutale que la hausse initiée en 2002, ne fait pas que des heureux, notamment dans la sidérurgie. Les billettes d'acier par exemple, cotées au LME, ont perdu 80 % en trois mois. En Europe de l'Ouest, le prix des bandes à chaud a subi sept baisses consécutives depuis juillet (soit un recul cumulé proche des 30 %). En Chine, le prix spot du minerai de fer, qui culminait récemment à 200 dollars par tonne, vient de s'effondrer. Proche des 60 dollars, il est nettement inférieur aux 90 dollars du contrat annuel négocié cette année entre grands sidérurgistes et mineurs.

Tentant de reculer en bon ordre face à la baisse de la demande, ArcelorMittal, le leader mondial de la sidérurgie ou Baosteel, le numéro 1 chinois, comme leurs concurrents, ont dû réduire certains prix malgré les annonces de baisses de production. Difficile d'invoquer la hausse des intrants pour justifier de tarifs élevés ! L'annonce, le 31 octobre, d'ArcelorMittal de diminuer sa production d'acier plat sur une douzaine de sites dans le monde est, en ce sens, exemplaire pour tenter d'enrayer la chute des prix. Dès le lendemain, le numéro 1 mondial du minerai de fer, Vale, prévenait qu'il allait interrompre l'extraction de minerais de ses sites les moins productifs, pour répondre à une diminution globale de la production d'acier évaluée à 20 %. Il annonçait aussi des baisses significatives de production dans le nickel, l'aluminium, le manganèse et le kaolin.

« Une baisse de 20 % de la production est justifiée par les conditions du marché », confirme Philippe Varin, le directeur de Corus, filiale de Tata Steel. Un nombre important de métallurgistes affichent désormais des coûts de fabrication supérieurs aux prix de vente. Cette situation, intenable à long terme, ne peut qu'accélérer les baisses de production et les mises en veille des capacités les moins rentables. Toutes les occasions sont bonnes pour y parvenir : conditions climatiques (mine de zinc de Red Dog en Alaska), pénuries d'énergie (Afrique du Sud, Chine...) et partout des opérations de maintenance avancées, mais qui risquent de durer. En Chine, selon Macquarie, les arrêts dans l'aluminium représentent déjà une capacité de 1,2 million de tonnes, pour atteindre bientôt les 2 millions. Et de nombreuses fonderies de nickel ont tout simplement fermé.

LES INVESTISSEMENTS MINIERS EN BERNE

Au-delà, les investissements miniers sont aussi en chute libre, selon deux récentes études des banques UBS et Crédit suisse. Si les calendriers du ralentissement diffèrent (2009 ou 2010), celles-ci s'accordent sur environ 50 milliards de dollars d'investissement annulés ou reportés. Miné par sa dette, Rio Tinto Alcan réétudie le calendrier de ses dépenses et le coût de ses programmes d'investissement. S'il confirme son programme pour 2009, Vale va ralentir la montée en puissance de ses complexes nickelifères de Goro, en Nouvelle-Calédonie, et d'Onca Puma, au Brésil, et s'adaptera aux évolutions du marché. Par ailleurs, les vastes plans de développement de nouveaux eldorados miniers, comme la République du Congo ou la Mongolie, sont compromis. Enfin, le russe Norilsk, premier producteur mondial de nickel et de palladium, a stoppé tout nouvel investissement et achat de matériel. A 65 dollars le baril, de nombreux projets sont potentiellement remis en cause dans le secteur pétrolier, à commencer par ceux des sables bitumineux d'Alaska.

Conséquence immédiate de toutes ces « mauvaises » nouvelles pour l'amont, les sociétés métallurgiques et minières ont vu leurs résultats fondre au troisième trimestre 2008. Dans l'aluminium, les profits de l'américain Alcoa ont baissé de 52 % par rapport à l'année précédente, alors que ceux du chinois Chalco reculaient de 93 %. Oleg Deripaska, le patron de Rusal, l'un des trois grands mondiaux de l'aluminium, peine à rembourser les 4,5 milliards de dollars empruntés à des banques occidentales. La valeur du sous-jacent de son emprunt, les 25 % de Norilsk achetés, est désormais inférieure au prêt lui-même. Les géants russes du secteur, Evraz et Severstal dans l'acier ou Norilsk dans le nickel, ont vu leurs actions chuter de 90 % en quelques mois. Même la capitalisation boursière d'ArcelorMittal a perdu les deux-tiers de sa valeur depuis le début de l'année, et ce malgré les bons résultats du groupe au troisième trimestre...

Pour autant, les cycles n'ont pas été abolis, pas plus que les causes, responsables de la hausse précédente : le développement urbain et industriel effréné de la Chine et autres pays émergents. Les contraintes qui affectent la production (peu de gisements d'envergure, pénuries d'énergies, de main-d'oeuvre qualifiée et d'équipements) ont aussi participé au déséquilibre du marché. La diminution des investissements dans les activités minières, en particulier l'exploration, risque d'induire une sous-capacité lorsque la demande repartira.

Le développement des pays émergents n'est pas achevé et leur appétit n'est pas rassasié. Peter Marcus, l'un des principaux analystes sidérurgiques indépendants au monde et l'un des associés du cabinet World Steel Dynamics, attend un rebond de la demande d'acier de 11 % en 2010. Un nouveau chambardement ?

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