Economie

"Le gouvernement nous pénalise pour notre bonne gestion !", affirme le président des CCI

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Les chambres de commerce et d’industrie (CCI) tiennent leur université d’été à Bordeaux, le 19 et 20 septembre sur le thème de l’industrie. Leur président André Marcon explique à l’Usine Nouvelle le choix de ce thème. Il marque aussi son désaccord sur les coupes prévues dans les budgets des CCI pour 2014 et revient sur le rôle des chambres à l’export.  

Le gouvernement nous pénalise pour notre bonne gestion !, affirme le président des CCI © DR

L’Usine Nouvelle - "Envie d’industrie" est le thème de votre université d’été, est-ce que ce secteur est soudain redevenu tendance ?

André Marcon - Nous étions précurseur, nous avons décidé de ce thème début 2012 bien avant que le président ne présente ses ambitions de la nouvelle France industrielle. Nous avions conscience d’un problème d’image et que l’on ne pouvait pas continuer à perdre du terrain, des emplois. Aujourd’hui, dans notre université, on parle du numérique, des fab labs, de l’avenir…. Nous ne sommes pas là pour parler de nos petits problèmes de "boutique" mais pour nous ouvrir des horizons intellectuels…

Que pensez-vous  des 34 plans industriels présentés par Arnaud Montebourg ?

Nous nous félicitons de cette volonté de renaissance et d’une démarche qui va dans le bon sens :  ce ne sont pas que des projets technologiques, il s’agit de marchés. Par exemple tous les projets numériques sont très orientés sur les usages des clients, de la société. La seule petite réserve c’est que 34 c’est beaucoup. Il ne faut pas tomber dans les travers des pôles de compétitivité et le saupoudrage à outrance. L’Etat doit jouer un rôle de facilitateur, d’aménageur du paysage de l’entreprise. Pour faciliter la vie de l’industrie, il faut travailler sur les normes, en particulier sociales. Si on donnait à chaque chef d’entreprise un code du travail quand il lance son entreprise, il abandonnerait tout de suite. Et il faut en finir aussi avec cette fiscalité que je qualifierais de « primesautière » qui change constamment. Regardez ce qui s’est passé sur le photovoltaïque : les entreprises se sont ruées sur ce marché et deux ans plus tard, tout s’arrêtait.

N’est-ce pas normal de revenir sur une disposition si on constate une bulle spéculative et un budget qu’on ne maîtrise plus ?

Cela se comprend mais il fallait réfléchir avant. Moi, je n’étais pas favorable au départ [aux aides au photovoltaïque, ndlr]. J’avais été voir en Autriche : il n’y avait que des produits chinois et les entreprises nationales travaillaient exclusivement sur l’installation. Dans les futurs plans, il faudrait éviter de créer ainsi des effets d’aubaine qui ne crée pas d’activité durable sur le territoire. Il faut favoriser une nouvelle industrie. Une révolution est en cours. Le temps de la production de masse avec des usines de 20 000 mètres carrés, c’est fini. Il faut aller sur des petites productions de niches, très innovantes, très flexibles. C’est là-dessus que nous attendons les collectivités.

Le budget 2014 prévoit une baisse importante de vos recettes, de l’ordre de 270 Millions d’euro, considérez-vous que c’est légitime dans le contexte actuel ?

Notre pays est dans une situation difficile, tous les acteurs doivent prendre leur part d’effort. Mais nous ne comprenons pas le montant. Nous devons abandonner 20 % de nos recettes alors que la plupart des ministères sont à 2 % et les autres opérateurs de l’Etat à 10 %. 

Peut-être a-t-on considéré que les chambres de commerce et d’industrie étant plus riches, elles avaient plus de moyens que d’autres pour faire face à des coupes…

Ce qui est fort de café c’est que nous sommes pénalisés pour notre bonne gestion. Si nous avons des réserves c’est pour pouvoir investir. Nous réalisons chaque année 600 Millions d’investissement sur notre budget de 1,35 milliards. Essentiellement dans la formation. Nous ne vivons pas sur un grand pied, des présidents de CCI qui ont des voitures avec chauffeurs cela n’existe plus sauf dans 3 ou 4 grandes villes françaises. Quant aux voyages à l’étrangers, c’est un mythe, nos chefs d’entreprises n’ont pas le temps d’aller se balader, ils font tourner leurs entreprises.

Face à cette baisse de budget, qu’allez-vous faire : resserrer les boulons un peu partout ou abandonner certaines missions ?

Nous allons faire comme les entreprises : nous resserrer sur notre cœur de métier. Nous avons signé un contrat d’objectif et de performance en début d’année avec l’Etat. Nous avons quatre missions : l’innovation, l’international, la création-transmission d’entreprise et la formation. Nous allons analyser l’ensemble et voir si nous pouvons, avec ce budget, poursuivre toutes ces missions.

Sur le soutien à l’export, le rapport de Jean-Jack Queyranne et de Jean-Philippe Demaël sur les aides aux entreprises est très critique et considère que nous n’êtes pas très efficace, est-ce qu’il faut poursuivre ?

M. Demaël ne connait pas les chambres. C’est un ancien haut fonctionnaire qui travaille dans une ETI [NDLR : la société Somfy]. Ce type d’entreprise, comme les grands groupes, n’a pas besoin de nos services à l’export. Mais je peux vous dire que nos PME, elles, en ont besoin et utilisent nos services, qu’il s’agisse des 400 personnes qui sont sur le territoire national ou des chambres de commerce à l’étranger. M. Demaël a une vision fausse, opposée à celle d’un grand capitaine d’industrie comme Edouard Michelin par exemple. Lui, au contraire, me disait : "vous nous coûtez cher mais c’est un bon investissement car j’ai besoin de vous pour faire monter en compétences mes PME, mes sous-traitants."

Pourquoi M. Demaël dit-il alors que vos services à l’export ne sont pas appréciés par les entreprises ?

Justement, j’aimerais bien le savoir. Il paraît qu’il a fait une enquête auprès des entreprises, cela nous intéresserait de la voir. Nous l’avons demandé au ministère, nous n’avons jamais réussi à l’obtenir. On nous a dit que ce n’était pas possible, que de toute façon l’étude était trop parcellaire pour en retirer quoi que ce soit. Je n’ai pas beaucoup de respect pour ce monsieur. Je peux vous dire que sur le terrain, nos entreprises appellent les chambres de commerce pour faire de l’export car c’est un accompagnement de long terme. Il faut trois ans pour aller à l’international. Et après, quand il y a des problèmes sur place, des chefs d’entreprises présents dans les Chambres de commerce à l’étranger, il y a  qui peuvent apporter des solutions. Nous gérons aussi des emplois de VIE [NDLR : volontariat international en entreprise] à temps partagé pour le compte des entreprises.

Madame Bricq souhaite rapprocher Ubifrance (le réseau de soutien international de l’administration), l’AFII et les chambres de commerce à l’étranger, comment voyez-vous cette évolution ?

Au départ Mme Bricq nous a dit "l’export c’est les régions". Elle a évolué sur l’idée qu’il fallait une stratégie nationale à l’export. C’est une bonne idée car si les 22 régions ont un bureau à Shangaï, je ne vois pas l’intérêt. Nous sommes en phase avec Mme Bricq et nous participerons. De toute manière, nous sommes de plus en plus imbriqués avec le réseau d’Ubifrance. Certains de leur personnel sont déjà dans nos locaux. Il faut empêcher qu’il y ait une balkanisation de l’export avec les régions et éviter des trous dans la raquette dans les pays.

Le ministère des affaires étrangères et celui des finances sont tous deux lancés dans le soutien à l’export, n’y a-t-il pas une sorte de concurrence préjudiciable sur le sujet entre le quai d’Orsay et Bercy ?

C’est vrai que chacun pousse ses pions, nous regardons le match. Mais tout ce qui conduit à parler d’économie à l’international est finalement une bonne chose. Il y a aussi un vrai sujet sur la co-localisation des entreprises françaises. Là-dessus nous travaillons beaucoup avec Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen).

Vous recevez ce 20 septembre Pierre Gattaz, le président du Medef, à votre université d’été, qu’allez-vous lui dire ?

Je suis très heureux de l’accueillir. Nous devons travailler ensemble avec le Medef. Je vais lui proposer d’organiser une grande journée nationale annuelle de l’entreprise.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, à Bordeaux

 

 

 

 

 

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