L'Usine Santé

Le gouvernement force la main de Roche dans le cadre du traitement de la DMLA

Aurélie M'Bida , , , ,

Publié le , mis à jour le 27/08/2015 À 17H49

Le ministère de la Santé vient d’autoriser le remboursement de l’Avastin, fabriqué par le laboratoire suisse, dans le cadre du traitement d’une maladie de l’œil. La décision va permettre de réduire les dépenses de la Sécurité Sociale.

"Marisol Touraine autorise le remboursement du médicament Avastin." Voilà qui sonne comme un coup d’arrêt au bras de fer qui oppose depuis de nombreux mois le ministère de la Santé et le laboratoire Roche. La ministre souhaitait réduire les dépenses de la Sécurité Sociale dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), en utilisant un traitement du groupe Roche, moins onéreux, et jusqu’alors pas autorisé pour lutter contre cette maladie.

Alors que le laboratoire suisse s’y opposait vertement, un arrêté autorisant la prise en charge de l’Avastin dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), a été publié jeudi 27 août au Journal officiel. La décision fait suite à l’engagement de Marisol Touraine et va ainsi permettre le remboursement du médicament "dès le 1er septembre 2015", précise le ministère dans un communiqué.

 

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Vingt fois moins cher que les autres traitements

Jusqu’ici la prescription de l’Avastin, un médicament anticancéreux développé et commercialisé par Roche, visait uniquement à traiter les malades atteints de cancer. Pourtant, il s’est avéré à l’usage que le produit se montrait efficace pour le traitement de la DMLA. Des médecins avaient pris l'habitude de prescrire l’Avastin à leurs patients atteints de DMLA. L’Avastin coûte 20 fois moins cher que le Lucentis, autorisé par l’autorité du médicament dans le traitement de cette maladie de l’œil.

Avastin et Lucentis ont tous deux été développés par Roche. Certes, le Lucentis est désormais commercialisé par Novartis, mais les royalties sont reversées au groupe Roche. La ministre de la Santé Marisol Touraine a tenté de forcer la big pharma suisse à demander une autorisation de mise sur le marché (AMM) de l'Avastin pour traiter la DMLA. Face à son opposition, le gouvernement a décidé de passer en force.

Roche souligne les dangers quant à l’utilisation d’un médicament non approuvé

En juin, l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) avait délivré une autorisation spécifique à l’Avastin pour le traitement de la DMLA dans un cadre hospitalier, dans des conditions strictement encadrées. Mais en décidant d’autoriser, contre l’avis du laboratoire qui le fabrique, cet anticancéreux comme traitement d’une maladie de l’œil, le ministère raisonne en termes d’économies pour la Sécurité Sociale…et transforme l’essai.

Le laboratoire Roche évoquait dès 2013 une nécessaire discussion sur les prix entre tous les acteurs concernés par le traitement de la DMLA, Bayer étant entré dans la course. Il mettait en avant son business model - "Innover dans des maladies spécifiques où il n’existe pas de traitement" - pour appuyer son refus de commercialiser l’Avastin à d’autres fins que le traitement du cancer. Contacté par L’Usine Nouvelle, le groupe rappelle que "l’utilisation de l’Avastin n’est pas appropriée pour les yeux et n’a jamais obtenu de licence pour le traitement de la DMLA. Même si nous reconnaissons les pressions budgétaires auxquelles les gouvernements sont confrontés, des considérations économiques ne doivent pas attaquer le système réglementaire de l'Union européenne qui protège les intérêts des patients, particulièrement quand plusieurs médicaments européens sont déjà approuvés et disponibles pour le traitement de la DMLA". Le laboratoire, qui avait déjà attaqué l’autorisation temporaire du mois de juin, pourrait tenter une nouvelle fois de demander à la justice de s'opposer à la décision gouvernementale.

Aurélie M'Bida

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