Le gouvernement aurait demandé à Engie de retarder un important contrat gazier aux États-Unis

Publié le , mis à jour le 23/10/2020 À 07H43

Préoccupations environnementales et conflit commercial entre la France et les États-Unis... Plusieurs menaces semblent peser sur la participation d'Engie à un important projet gazier aux États-Unis.

Le gouvernement aurait demandé à Engie de retarder un important contrat gazier aux États-Unis
Le projet Rio Grande LNG prévoit d'importer du gaz de schiste via un terminal au Texas.
© NextDecade

Le ministère français de l'Économie aurait demandé à Engie de retarder la signature d'un important contrat gazier aux États-Unis, a appris Reuters le 22 octobre de source proche du dossier. Cette intervention surviendrait dans le contexte d'une préoccupation de plus en plus forte suscitée par les fuites de méthane sur les installations pétrolières et gazières, notamment aux États-Unis, et leur impact sur le réchauffement climatique.

Un contrat à 5,9 milliards d'euros

Le contrat d'Engie concerné est évalué à 7 milliards de dollars (5,9 milliards d'euros). Il porte sur l'importation de gaz de schiste par l'entreprise américaine NextDecade via un terminal au Texas dans le cadre d'un projet baptisé Rio Grande LNG.

"Il a été convenu au cours d'un conseil que ce projet nécessitait des approfondissements. Engie a souhaité se laisser plus de temps pour les mener", a déclaré le groupe français, dont l'État possède 23,6 % du capital et 33,96 % des droits de vote. Engie n'a pas souhaité dire si cette décision était la conséquence d'une intervention de Bercy et n'a pas confirmé le montant du contrat.

Le gouvernement français s'est quant à lui refusé à tout commentaire. Selon la source proche du dossier, le projet "ne correspond pas à notre projet environnemental ni à notre vision environnementale".

Une demande affaiblie pour le gaz naturel

NextDecade a fait savoir qu'il ne fournissait aucun détail sur ses relations commerciales et que l'entreprise travaillait à des mesures visant à parvenir à la neutralité carbone à Rio Grande. NextDecade a reporté à 2021 sa décision finale d'investissement sur Rio Grande initialement prévue en 2020. Les confinements liés à la pandémie de Covid-19 ont effectivement réduit la demande de gaz naturel.

Politico et la lettre d'information "La Lettre A" avaient auparavant fait état de l'intervention de l'État dans le dossier, à l'occasion d'un conseil d'administration le 30 septembre.

"Un désastre pour le climat"

Active sur ce thème, l'organisation non-gouvernementale Les Amis de la Terre appelle Engie et l'État actionnaire à "enterrer définitivement et de toute urgence" le projet de contrat avec NextDecade, jugé "en totale incohérence avec les ambitions climat affichées par la France". "Il ne s'agit pas de seulement reporter la décision mais de reconnaître les impacts climatiques et environnementaux de ce contrat, acter le refus de le signer et porter ce message-là en tant qu'actionnaire d'Engie au conseil d'administration", a dit à Reuters Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Pour le député Ecologie Démocratie Solidarité Matthieu Orphelin, "il serait incompréhensible et inacceptable qu'Engie, qui se présente comme un champion de la transition énergétique et dont l'État français possède un tiers des droits de vote, signe un contrat d'importation de gaz de schiste, qui sont un désastre pour le climat".

Différend commercial entre la France et les États-Unis

De l'avis d'analystes de Height Capital Markets à Washington (États-Unis), l'intervention du gouvernement français "a été motivée au moins en partie par le différend commercial en cours entre les pays plutôt que par une simple préoccupation environnementale sur les émissions de méthane". Selon eux, l'élection présidentielle du 3 novembre aux États-Unis pourrait changer la donne en fonction du vainqueur, le candidat démocrate Joe Biden ayant plaidé pour des relations commerciales normalisées avec l'Europe, une approche plus environnementale des partenariats internationaux et un renforcement de la réglementation sur le méthane.

Le méthane est un gaz à effet de serre dont le potentiel de contribution au réchauffement climatique est estimé plus de 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2) au cours des 20 premières années après son émission dans l'atmosphère. La réduction de ses fuites est un sujet de plus en plus sensible pour les autorités du secteur de l'énergie, les producteurs et les investisseurs.

Avec Reuters (Sarah White et Elizabeth Pineau à Paris, Shadia Nasralla à Londres, Scott SiSavino à New York, version française Jean-Stéphane Brosse et Marc Angrand, édité par Blandine Hénault)

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