Le gouvernement allemand durcit le ton face à Volkswagen

Dans le scandale des moteurs trafiqués, le KBA, l’agence fédérale de régulation du secteur automobile, a décidé de prendre les choses en main et ordonne le rappel de 2,4 millions de voitures en Allemagne.

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Crédits : Volkswagen

Visiblement, les propositions faites par Volkswagen en milieu de semaine dernière n’ont pas totalement convaincu les autorités allemandes. Le constructeur allemand avait en effet proposé que le retour des véhicules pour une mise aux normes des moteurs trafiqués se fasse sur la base du volontariat. Une mesure insuffisante selon la KBA (Kraftfahrt Bundesamt), l'agence de régulation du secteur automobile placée sous l’autorité du ministère des transports. Elle a donc décidé de reprendre le calendrier en main et de se montrer plus coercitive en ordonnant le rappel à l’atelier de 2,4 millions de véhicules en Allemagne.

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"La dimension de ce rappel rend nécessaire un certain degré de contrôle, a ainsi justifié le ministre allemand des transports, Alexander Dobrindt, lors d’une conférence de presse. Le KBA supervisera donc de manière intensive le début et le déroulement de l’action de ce rappel".

VW critiqué pour sa gestion de crise

A l’origine, Volkswagen avait estimé à 2,8 millions le nombre de voitures concernées, mais il semblerait que 400 000 d’entre elles, surtout parmi les premiers modèles vendus en 2007 et 2008, ne soient plus en circulation.

Pour se conformer aux demandes du KBA, le groupe de Volksburg devra donc présenter d’ici la fin du mois de nouveaux détails techniques concernant la modification des moteurs 2.0 litres. Ceux-ci ne devraient faire l’objet que d’une reprogrammation de l’ordinateur de bord et cette opération pourrait débuter dès janvier 2016.

Concernant les moteurs 1,2 et 1,6 litre, dont la motorisation devra être en partie changée (injection, filtres à particules…), l’enseigne dispose d’un peu plus de temps pour préciser sa nouvelle stratégie, jusqu’à la fin novembre. Si le retour des moteurs 1,6 débutera en septembre 2016, aucune information n’a été fournie pour les moteurs 1,2 litres. Le KBA a toutefois réaffirmé sa confiance envers le groupe pour "gérer ces solutions techniques".

Le ministère des transports a également confirmé que les véhicules pouvaient continuer à circuler "car ils ne présentent pas de danger pour le trafic routier ". Ces mesures ne viseront pas seulement les propriétaires allemands : elles seront étendues aux 8,5 millions de véhicules en Europe, dont le rappel suivra ce même calendrier.

Si Volkswagen a immédiatement "salué la réponse rapide des autorités, qui apporte plus de clarté aux clients", il s’agit bien d’un nouveau revers pour la marque, critiquée pour sa gestion de crise jugée insuffisante au regard de l’ampleur de l’événement. Certes, l’éviction rapide de Martin Winterkorn au profit de Matthias Müller avait permis de calmer les esprits, mais après les excuses, le groupe va rapidement devoir passer aux actes s’il veut se montrer à la hauteur.

Une position ambigüe

"Le nouveau directoire de l’entreprise a montré qu’il souhaite résoudre ce scandale sans aucune réserve. Je suis donc confiant dans son entière coopération avec les autorités", a ainsi affirmé Sören Bartol, député SPD. Depuis le déclenchement de l’affaire, tous les milieux, qu’ils soient politiques ou économiques, se retrouvent dans une position ambigüe, celle de devoir à la fois condamner la tricherie de Volkswagen, qu’ils estiment sans exception inexcusable, tout en défendant l’industrie automobile allemande et son "Made in Germany", véritable pilier de l’économie.

Tous les acteurs se retrouvent donc sous le feu des projecteurs. Même le KBA a récemment été accusé par des associations environnementales d’être juge et partie dans cette affaire. Elles doutent en effet que le KBA n’ait pas eu connaissance plus tôt de ce scandale, lui qui est pourtant responsable d’assurer de la sécurité des véhicules mis en circulation. Une accusation balayée par Ekhard Zinke, le directeur du KBA, qui a répété à plusieurs reprises que son agence n’avait aucunement eu vent de cette tromperie avant qu’elle ne soit révélée par les autorités américaines.

Pour le moment, la crise ne semble toutefois pas encore avoir eu de répercutions sur les ventes de véhicules. Selon le groupement des industries automobiles (VDA), les nouvelles immatriculations en septembre ont grimpé de 4,8 % en Allemagne par rapport à septembre 2014 et Volkswagen a même fait état d’une hausse de 8,4 % de ses ventes, à 316 000 véhicules en Europe. Mais étant donné que le scandale n’a été révélé qu’à la mi-septembre, il est probable qu’il n’ait pas encore eu de conséquences sur les achats déjà programmés. Il faut maintenant regarder de près comment vont évoluer les ventes de voitures en général et de la marque VW en particulier dans les mois prochains.

Gwénaëlle Deboutte, en Allemagne

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