L'Usine Agro

"Le glyphosate est la matière active qui apporte le plus de solutions", assure le porte-parole de Glyphosate France

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Alors que le sort du glyphosate est débattu à Bruxelles et que l’association environnementale Générations Futures assure, ce jeudi, avoir retrouvé cet herbicide controversé dans des aliments, l’industrie agrochimique défend ce produit prisé par les agriculteurs français. Entretien avec Emilien Guillot-Vignot, porte-parole de la plateforme Glyphosate France.

Le glyphosate est la matière active qui apporte le plus de solutions, assure le porte-parole de Glyphosate France

L'Usine Nouvelle - Que dit l’étude que vous avez commandée à Ipsos sur le glyphosate ?

Emilien Guillot-Vignot - L’intérêt est qu’elle porte sur deux niveaux d’analyse. En termes de consommation, elle démontre une utilisation très raisonnée du glyphosate en France, avec très peu de variations en termes de volumes et de taux d’utilisateurs depuis 2008. Lorsque nos détracteurs critiquent une surconsommation de ces produits, c’est donc complément faux.

80% des agriculteurs interrogés* estiment que le glyphosate joue un rôle important au sein de leurs exploitations. Ils le plébiscitent pour son efficacité, sa capacité à réduire leur charge de travail et son faible coût. Deux agriculteurs sur trois utilisent le glyphosate : 85% en grandes cultures et 84% en viticulture.

Vous avez aussi demandé à évaluer l’impact économique d’une éventuelle interdiction du glyphosate…

Plus de 70% des agriculteurs sondés estiment qu’un non-renouvellement de l’autorisation de cette matière active aurait un impact direct sur l’organisation du travail et la rentabilité de leur exploitation. En se reportant sur le labour, la hausse des coûts de production serait de 10% pour le marché des céréales et de 18% sur celui des vignes, avec une baisse des rendements escomptés de 12% et 13%. Sur les autres types de cultures (industrielle, prairies, arboriculture), on retrouve les mêmes tendances.

Vous estimez l’impact à plusieurs milliards d’euros, n’est-ce pas exagéré ?

L’agriculture reste un énorme pilier économique de la France à protéger, avec un excédent commercial de 9,3 milliards d’euros pour l’agroalimentaire, troisième secteur français. Or une baisse des rendements des céréales et des vignes, les deux filières les plus importantes, entrainerait une chute de leurs exportations, respectivement évaluées à 1,06 milliard et 0,9 milliard.

L’étude souligne que le glyphosate est aussi utilisé par les industriels… 

Il y a énormément de contrecoups que l’on n’estime pas. Les mairies doivent désherber leurs voieries : or si elles doivent embaucher de la main d’œuvre supplémentaire pour le faire, ce seront des surcoûts, et donc plus d’impôts locaux. Idem pour les sites industriels. La SNCF désherbe ses voies de chemins de fer, si demain elle doit le faire à base de traitement thermique, ou lance-flamme, ce serait une aberration économique et écologique !

Il y a un consensus sur le fait qu’il faut promouvoir la recherche de solutions alternatives… mais elles dépendent surtout de vous, agrochimistes !

Oui, c’est une réalité, et toutes les entreprises aujourd'hui cherchent des solutions pour demain. Si nous avions des solutions alternatives, issues de chimie de synthèse ou biologiques, bien évidemment qu’on les mettrait à disposition, ce serait même la trouvaille de la décennie ! Mais pour l’instant, le glyphosate est la matière active qui apporte le plus de solutions, avec le meilleur profil toxicologique et éco-toxicologique. Or il faut huit à dix ans pour mettre une nouvelle molécule sur marché.

Du temps, vous en avez eu : le produit est tombé dans le domaine public depuis plusieurs années…

Malheureusement, si aujourd'hui aucune solution n’a émergé au niveau de l’ensemble des entreprises, peut-être faut-il voir les choses dans l’autre sens : il n’y a pas d’alternative aussi efficace et avec un spectre aussi large.

Quel chiffre d’affaires représente cette molécule pour vos entreprises?

Nous ne communiquons pas ce montant. En Europe, 300 produits à base de glyphosate sont aujourd'hui commercialisés par 40 entreprises. En France, 8,5 millions de litres en sont consommés en moyenne chaque année.

Où en sont vos discussions avec le gouvernement, qui doit se prononcer sur un éventuel retrait européen le 5 octobre ?

Nous faisons de la pédagogie, et rencontrons ses membres pour leur expliquer l’intérêt de la matière active et les conséquences d’un éventuel retrait. Nous collaborons également avec l’ensemble du monde agricole qui souhaite mettre en avant l’importance d’une ré-homologation du glyphosate.

Que répondez-vous à Générations Futures, qui dénonce la présence de glyphosate jusque dans les aliments?

L’utilisation du glyphosate est réglementée, avec des seuils limites de résidus dans l’alimentation jugés acceptables par les autorités sanitaires, comme pour toute matière active. Si l’on en détecte un pictogramme dans un seul steak sur un échantillon, il faut le replacer dans son contexte : revenir à quel niveau il est détecté. 

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Ipsos a interviewé "904 agriculteurs et une dizaine d’experts agricoles, industriels et institutionnels interrogés anonymement"

 

Et que dit Générations Futures ? 

Selon l'enquête de Générations Futures : 53,3% des échantillons d’aliments analysés par l'association contienennent des résidus de glyphosate. 30 produits alimentaires, achetés en supermarché ont été analysés par un laboratoire spécialisé. Parmi les produits ciblés : des céréales pour le petit déjeuner, pâtes alimentaires, petits pains secs, biscottes, lentilles, pois chiches, haricots secs, pois cassé...16 échantillons sur 30 contenaient du glyphosate.

 

 

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1 commentaire

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15/09/2017 - 09h15 -

un "pictogramme" de glyphosate dans un steak... faut vous faire un dessin ? ^^
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