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L'Usine de l'Energie

Le GIEC tire le signal d’alarme avant qu’il ne soit trop tard

Olivier Cognasse ,

Publié le , mis à jour le 09/10/2018 À 09H11

Le rapport du GIEC sur le réchauffement climatique est alarmant. Ce qui n’est pas une surprise. Au rythme actuel, les 1,5°C pourraient atteints autour de 2030. Mais les scientifiques laissent une porte entrouverte à l’espoir, si l’humanité se réveille.

Le GIEC tire le signal d’alarme avant qu’il ne soit trop tard
Trois ans après la COP21, les belles promesses sont souvent restées sans lendemain...

Il est urgent d’agir, disent de concert les experts qui ont participé à la rédaction des 400 pages du rapport du GIEC. Gouvernants, entreprises, consommateurs, ONG,… Tout le monde est concerné pour changer de paradigme rapidement, sans quoi ce sera un aller sans retour vers l’enfer du dérèglement climatique. On pensait que l’Accord de Paris avait mis du plomb dans la cervelle de nos hommes politiques et de la société civile. Les résultats actuels prouvent le contraire. Les émissions de CO2 ont repris leur envolée. Et les belles annonces mises en scène par nos chefs d’orchestre lors de grandes cérémonies n’ont que peu d’effets.

Le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le réchauffement planétaire de 1,5°C vient d’être publié depuis Incheon en Corée du sud, ce lundi 8 octobre 2018., est là pour nous le rappeler et les experts du climat qui ont assuré le décryptage aux journalistes, lors d’une matinée organisée par European Climate Foundation et l’association des journalistes de l’environnement, n’ont pas dit autre chose, même s’ils laissent une porte entrouverte pour s’en sortir. A chacun de la saisir rapidement.

La barre des 1,5°C franchie entre 2030 et 2052

"Ce n’était pas un rapport banal, mais une demande des parties de l’Accord de Paris, tenait à préciser Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, représentante spéciale du gouvernement français pour la COP21. Certains disaient à Paris en 2015, pourquoi pas 2,5°C ? Or certains territoires vont disparaître à 2°C. Ce rapport nous dit la différence entre 1,5 et 2°C. Ce sont de grandes différences et j’espère que cela va permettre une espèce de réveil. Que fait-on ? On attend l’été 2019 pour dire à nouveau qu’il y a un réchauffement climatique ?"

"Il y a trois ans il n’y avait pas assez de connaissances sur les conséquences d’une hausse à 1,5°C plutôt qu’à 2°C. C’est pour cela que les gouvernements ont demandé ce rapport et l’ont approuvé", précise Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe de travail 1 du GIEC et directrice de recherches au Laboratoire de sciences du climat et l’environnement. D’où la nécessité plus que jamais de privilégier une hausse limitée à 1,5°C.

"Si le réchauffement climatique se poursuit à ce rythme, nous atteindrons la barre des 1,5°C entre 2030 et 2052, a indiqué Valérie Masson-Delmotte, en visio-conférence depuis Incheon. Les projections sur les impacts associés à une différence de un demi-degré font apparaître des différences importantes. D’ici 2100, un demi degré c’est 10 cm de différence sur le niveau des mers."

Le réchauffement va trois fois plus vite au 21e siècle

"L’accélération est chiffrée. Le réchauffement va aller trois fois plus vite au 21e siècle qu’au 20e siècle, s’alarme Pascal Canfin, directeur général de WWF France. On est en train de perdre le contrôle. Il faut arrêter de dire que c’est un effort. C’est d’abord une protection." Et de rappeler que le taux de croissance des emplois verts est sept fois plus important que dans le reste de l’économie, malgré les freins.

Pour rester dans l’objectif de 1,5°C, il faudra réduire les émissions de CO2 de 45% d’ici à 2030 et arriver à un "net zéro autour de 2050", dixit Valérie Masson-Delmotte. Et en 2075, si on ne vise que les 2°C.

"Il est encore temps, mais cela nécessite un changement radical de système. On n’a pas changé, regrette Jon Palais, cofondateur de l’ONG Alternatiba. On ne peut pas attendre les dirigeants, on doit agir directement." Et Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, de rappeler que la lutte contre l’extension d’un mine en forêt d’Hambach a permis d’avoir gain de cause et le gouvernement allemand a reculé.

Car le dérèglement climatique touche d’abord les populations les plus vulnérables. "Les 10% des habitants les plus riches de la planète émettent la moitié des gaz à effet de serre et ce sont les pays du sud qui sont les plus vulnérables, alors qu’ils émettent peu de CO2, dénonce Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France. Depuis trois ans, les émissions qui baissaient depuis quinze ans ont recommencé à augmenter."

Si tous les pays sont concernés, la France n’est pas épargnée par les critiques. "Avec la loi alimentation, on a raté une marche de ce côté-là, regrette Laurence Tubiana. Et Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, endosse le costume du Président de la République. "Si j’étais Emmanuel Macron, j’irais me mettre au vert avec mon gouvernement pour analyser ce rapport. J’espère qu’il va susciter un électrochoc."

Et les attentes à propos de la future loi d’orientation des mobilités (LOM) sont grandes, mais les déçus risquent d’être nombreux. C’est en substance ce que demande le patron de Greenpeace France. "J’espère qu’on va avoir une autre politique des transports." Pour rassurer les populations face aux changements qui s’imposent, Audrey Pulvar, président de la Fondation pour la nature et l’homme, précise que "sobriété, ce n’est pas avoir moins, mais mieux".

Doubler les investissements verts

Autre contributeur français au rapport du GIEC, Michel Colombier, cofondateur et directeur scientifique de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) revient sur la nécessité à 1,5 ou 2°C "de s’adapter" et l’inaction engendrera des risques de destruction, y compris économique.

Et Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche au CNRS demande de "taxer la pollution plutôt que le travail et faire passer les investissements spéculatifs sur des investissements bas carbone". Roland Séférian, ingénieur-chercheur du centre de recherche de Météo-France, met en garde les apprentis-sorciers. "Les technologies ne sont pas suffisamment matures pour retirer du dioxyde de carbone et faire baisser la température."

"On a l’impression qu’un demi-degré ce n’est pas grand-chose, mais c’est 30 ans d’action. Nous avons encore devant un éventail de solutions, explique Michel Colombier. L’échéance est relativement courte – 30 à 40 ans – et il faut se focaliser sur les actions vraiment transformatrices, comme sortir de l’auto."

Mais le changement climatique n’est pas seulement lié aux pouvoirs en place. Les entreprises doivent changer encore davantage et les consommateurs ne sont pas à un paradoxe près. Jamais autant de SUV ne se sont vendus. "Il faut du soft comme les changements de comportement – consommer moins d’énergie et d’eau – et mieux choisir son épargne. Il faut davantage d’ambitions politiques, demande Benoit Leguet, directeur générale d’Institute for climate economics (I4CE), un think tank sur les questions financières et économiques de la transition énergétique. Il faut mobiliser le secteur financier pour qu’il dirige le capital vers des investissements verts. Actuellement, ils représentent 32 milliards d’euros en France, mais il faudrait le double. Moins de marron et plus de vert !"  Un changement de couleur qui serait salutaire…

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