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L'Usine de l'Energie

"Le gaz est une énergie propre", selon Gérard Mestrallet

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Entretien GDF Suez, le premier énergéticien mondial, est l’un des principaux fournisseurs de gaz de la planète. Gérard Mestrallet, son PDG, considère cette ressource comme un facteur essentiel de la transition énergétique.

Le gaz est une énergie propre, selon Gérard Mestrallet

L'Usine Nouvelle - Selon vous, quelle est la place du gaz dans la loi de transition énergétique ?

Gérard Mestrallet - Chez GDF Suez, nous avons une appréciation positive de la loi de transition énergétique, qui risquait d’être exclusivement nucléaire. L’électricité ne couvre que 20 % de la consommation d’énergie en France. Si nous n’avions parlé que de nucléaire, nous serions passés à côté de plus de 80 % du sujet. Le gaz n’a pas assez été mis en évidence, mais il figure bien dans le texte. La chaleur, la mobilité, le gaz et le biogaz sont dans la loi.

Leur place est limitée...

Le gaz est considéré dans le monde entier comme étant l’un des vecteurs, si ce n’est le vecteur le plus puissant, de décarbonisation. Il est vu comme une énergie propre… ce qui est justifié ! Le remplacement des équipements fonctionnant au charbon par des équipements consommant du gaz naturel est le facteur le plus rapide et le plus efficace de diminution des émissions de CO2 et de dépollution des grandes villes ! L’objectif de 10 % de biométhane dans les réseaux en 2030 a été entériné par le gouvernement et les systèmes d’aides à la méthanisation sont en place. Ceci dit, dans la loi à venir, nous sommes loin de la consécration du gaz comme vecteur central de la transition énergétique. Pour nous, cette dernière passe par les énergies renouvelables, le gaz et l’efficacité énergétique, avec le digital comme catalyseur transversal.

Comment peut-on augmenter la part du gaz ?

En France, le gaz naturel est parfois classé comme une énergie fossile classique. Fort heureusement, l’objectif de réduction de 30 % des énergies fossiles en 2030 sera modulé en fonction du contenu carbone de chaque énergie. Ce qui offre au gaz un avantage que le pétrole ou le charbon n’ont pas. Sur le fond, il n’y a pas d’hostilité vis-à-vis du gaz, il y a juste des réflexes qui peuvent changer… Prenons l’exemple du Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif). Ce dernier a voulu décarboner les transports publics. Le premier réflexe a été de remplacer les bus diesel par des bus électriques. Nous avons rencontré les techniciens de la RATP et, en discutant avec eux, nous sommes arrivés au constat que des bus roulant au gaz sont aujourd’hui plus opérationnels et moins chers que les bus électriques et ont le même impact sur le CO2 dès lors qu’ils sont alimentés au biométhane. La RATP va remplacer 900 bus diesel par 900 bus biogaz. De nombreuses grandes villes, comme Séoul, Madrid, Santiago et Chongqing, sont déjà engagées dans cette démarche. Le gaz émet deux fois moins de CO2 que le charbon, mais, surtout, il n’émet aucune particule à l’origine des pollutions urbaines.

Le gaz a beau être vertueux, l’an passé, sa consommation a baissé de 14 % en Europe et de 16 % en France...

2014 a été l’année la plus chaude depuis plus d’un siècle ! Cela a fait chuter la consommation de gaz, qui est d’abord un vecteur de chaleur avant d’être utilisé pour produire de l’électricité, des engrais, dans les transports… En Europe, où la croissance économique est faible, la transition énergétique se traduit par des baisses de consommation grâce aux économies d’énergie. Je situe le "peak power" et le "peak gas" en 2008. Depuis cette date, la consommation d’électricité et de gaz a baissé et continuera à baisser tant que la croissance européenne ne dépassera pas 2 %. Il y a un décalage de 1 à 2 points entre la croissance économique et la croissance de la consommation énergétique.

Depuis deux à trois ans, les énergéticiens européens ont fermé ou mis sous cocon beaucoup de centrales à gaz. Vont-elles rouvrir un jour ?

Le développement des énergies renouvelables dans le monde est incontournable. Mais le continent européen a subventionné massivement et développé de façon non durable les énergies renouvelables. C’est particulièrement vrai en Espagne, au Portugal, en Italie et en Allemagne. L’Allemagne a construit 70 GW de renouvelables, dix fois plus que la France, à un moment où la consommation baissait. L’Europe a subventionné des surcapacités et a provoqué un effondrement des marchés de gros… Comme les productions d’énergies renouvelables sont désormais prioritaires sur les réseaux, cela veut dire que chaque nouvelle éolienne ou chaque nouveau panneau photovoltaïque détruit virtuellement une partie de centrale thermique. Normalement, cela aurait dû éliminer le charbon. Or cela a conduit à l’effet inverse, du fait notamment des importations de charbon américain bon marché en Europe. Les énergéticiens européens ont fermé 70 GW de centrales au gaz, l’équivalent de 70 réacteurs nucléaires ! Cela met en danger la sécurité d’approvisionnement de l’Europe. Nous ne pouvons pas nous reposer sur les énergies renouvelables pour assurer les consommations de pointe. Les centrales à gaz ont cette flexibilité, ce qui en fait le back-up idéal pour les énergies renouvelables !

Vous ne voyez pas de sortie de crise pour ces centrales à gaz ?

Si, à moyen terme. Mais pour cela, il faut au moins que le prix du carbone revienne à un niveau approprié alors qu’il s’est effondré. Il n’y a plus de pénalités pour polluer à partir du charbon… Un prix du carbone adéquat est indispensable pour envoyer les bons signaux aux investisseurs et aux consommateurs, pour les encourager à choisir les installations qui émettent le moins de CO2. Avec le groupe Magritte, qui réunit onze grands patrons énergéticiens européens [600 000 salariés, 600 milliards de chiffre d’affaires, 50 % de la production d’électricité en Europe, ndlr], nous avons fait des propositions qui ont été quasiment toutes adoptées dans le paquet climat énergie en 2014. Nous avons proposé un objectif ambitieux de réduction des émissions de CO2 de 40 % en 2030 et, pour l’atteindre, l’outil le plus pertinent, c’est le prix du carbone.

Mais pour cela, nous avons demandé un marché du carbone corrigé par une "banque centrale". Elle pourra modifier le nombre de certificats délivrés selon la croissance économique européenne réelle, contrairement à 2009, quand trop de certificats carbone ont été émis en pleine période de récession. Ce système s’appelle Market Stability Reserve [réserve de stabilité du marché]. Notez par ailleurs que la conversion de l’ensemble des centrales au charbon en centrales au gaz permettrait de réaliser trois quarts du chemin vers l’objectif de 40 % de réduction des émissions de CO2. Et dans le reste du monde, le pourcentage serait encore plus élevé...

Mais quand apparaîtra un marché du carbone efficient ?

Nous préconisons que la Market Stability Reserve soit mise en place dès 2017. Mais comme l’Union européenne a établi un système rigide jusqu’en 2020, elle pourrait ne le mettre en place qu’à partir de 2021. C’est-à-dire beaucoup trop tard ! Nous avons milité pour accélérer ce projet et pour que les 900 millions de certificats excédentaires émis lors de la crise de 2009 ne soient pas remis sur les marchés. En mars, la commission de l’environnement du Parlement européen a approuvé une anticipation à 2019 de la Market Stability Reserve et le blocage des anciens certificats. Ce n’est pas 2017, mais nous progressons. Il manque encore, toutefois, un vote du Parlement européen. Il faut rester très vigilant. Des forces contraires au sein du Conseil européen, venant de pays qui défendent le charbon, existent et sont à la manœuvre. L’Europe est à la pointe sur ce sujet, mais il ne faut pas qu’elle soit seule. Les États-Unis et la Chine ont pour la première fois signé un accord bilatéral l’année dernière. C’est une première avancée. La prochaine étape aura lieu lors du sommet mondial sur le climat, à Paris, en décembre. Il faut que ce sommet aboutisse à un accord car il n’y a rien de pire que l’incertitude.

Ludovic Dupin et Pascal Gateaud

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