Le gaz de schiste circulera, quoi qu’il arrive, dans les gazoducs français

EDF a été pointée du doigt, cet été, pour avoir signé un accord en vue d’importer du gaz naturel américain, issu en partie de champs de gaz de schiste. Pourtant, dans les années à venir, la France va, qu’elle le veuille ou non, importer une quantité non négligeable de gaz de schiste via ses fournisseurs traditionnels.

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Le gaz de schiste circulera, quoi qu’il arrive, dans les gazoducs français

Au cœur de l’été, une polémique étrange a visé EDF. L’électricien historique français a signé un accord avec une filiale de l’énergéticien américain Cheniere. Il s’agit pour le français d’importer du gaz naturel liquéfié depuis le projet de terminal de liquéfaction de Corpus Christi au Texas. EDF importerait à terme jusqu’à 770 000 tonnes, sur une période de 20 ans à partir de 2016. Une quantité assez faible par rapport aux 3,5 milliards de tonnes de gaz naturel consommées chaque année en France. EDF précise que ces importations serviront à alimenter ses centrales à gaz en France.

Cette annonce a provoqué de forts grincements de dents du côté d’ONG écolo et d’EELV. Ils y dénoncent des importations de gaz de schiste. En effet, une part du gaz acheté par EDF proviendra de fait de champs de gaz non conventionnels, qui représentent environ 30% de la production totale aux Etats-Unis. Pour les anti-gaz de schiste de France, EDF, et surtout l’Etat, qui détient 87 % du groupe, délocalisent les éventuelles conséquences environnementales de l’exploitation de cette ressource. Très remontés, les élus EELV souhaitent d’ailleurs que les hydrocarbures soient exclus du TAFTA, l'accord commercial transatlantique.

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Besoin de diversification

Même si la conviction anti gaz de schiste est respectable, la dénonciation de ce contrat fait fi de deux réalités essentielles. D’une part, EDF est en devoir, comme tous ses pairs européens, de diversifier ses sources d’approvisionnement. Cela lui permet d’obtenir des prix plus compétitifs, sachant que les prix du gaz aux Etats-Unis sont trois fois moins chers outre-Atlantique que sur le Vieux Continent. Beaucoup d’énergéticiens, en France, en Allemagne, en Espagne, au Danemark se sont tournés vers les Etats-Unis, comme le souhaitait l’Union européenne qui fonde de grands espoirs dans l’Oncle Sam pour s’affranchir de l’extrême dépendance du Vieux Continent vis-à-vis de la Russie.

D’autre part, les 770 000 tonnes de gaz importés depuis les Etats-Unis par EDF ne vont pas changer grand-chose. A terme, les tuyaux français convoieront des quantités significatives de gaz de schiste, qu’on le veuille ou non. En Europe, la France tient une place particulière car sa dépendance vis-à-vis de la Russie est relativement faible. Son premier fournisseur est la Norvège pour 37,4 %, suivie par les Pays-Bas pour 18,7 %, la Russie pour 15% et l’Algérie pour 12,7%. Or les Pays-Bas et l’Algérie sont deux pays qui fondent de grands espoirs dans l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Après avoir prouvé la réalité de leurs réserves, les Pays-Bas réalisent déjà des expérimentations afin d’évaluer les conséquences de la technologie basée sur la fracturation hydraulique.

Du gaz de schiste néerlandais et algérien

L’Algérie prévoit un programme de 100 milliards de dollars pour explorer son territoire. Il recèlerait la 5e réserve mondiale de gaz de schiste (derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Argentine et le Mexique). L’exploration dans le pays ne sera toutefois pas évidente puisqu'une large partie des réserves est située sous le gigantesque aquifère du Sahara septentrional. En janvier 2013, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, en marge d’un déplacement en Algérie, avait même évoqué des partenariats franco-algériens dans les gaz non conventionnels. Une affirmation qui avait provoqué une colère noire de Delphine Batho alors ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’Energie.

Dans les années à venir, ce sont près de 30 % des importations françaises de gaz naturel qui proviendront de pays où le gaz de schiste sera exploité. Inutile de se voiler la face. Ils en exporteront vers la France. Il est peu probable que l’Hexagone puisse se permettre de renoncer à ses sources d’approvisionnement, au nom de sa propre position qui interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire. La seule alternative s’appelerait la Russie, une hypothèse opposée à la nécessité de sécuriser les approvisionnements.

Ludovic Dupin

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