Le G20 va officiellement enterrer l'idée d'une taxe bancaire

par Huw Jones et Louise Egan

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LONDRES/OTTAWA (Reuters) - Le Groupe des Vingt (G20) enterrera officiellement toute idée d'une taxe bancaire mondiale cette semaine et s'attachera plutôt à promouvoir des normes de fonds propres plus strictes et à trouver des moyens de liquider les établissements à bout de souffle sans faire payer le contribuable.

Les ministres des Finances du G20 ont décidé ce mois-ci, en Corée du Sud, de renoncer à une taxe commune et les chefs d'Etat et de gouvernement se contenteront sans doute d'entériner le principe du financement par le secteur financier lui-même de ses futures faillites, charge à chaque pays d'en définir les modalités de mise en oeuvre.

L'idée d'une taxe bancaire, telle qu'avancée par le Fonds monétaire international (FMI), a été descendue en flammes par des pays tels que le Japon, le Canada ou le Brésil, ces derniers arguant que leurs propres banques n'avaient jamais eu besoin de renflouements publics financés par le contribuable pour surmonter la crise.

Le Japon a ainsi fait savoir qu'il avait déjà pris ses dispositions pour financer les faillites financières. "C'est pourquoi nous pensons qu'il ne faut pas de règle universelle mais plutôt des mesures que chaque peut pays peut appliquer au cas par cas", a dit Yoichi Suzuki, directeur général des affaires économique du ministère des Affaires étrangères nippon.

Pour autant, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne veulent faire passer le principe d'une taxe européenne à l'échelle des Vingt-Sept, même s'il n'y a aucune chance de voir l'initiative prendre une portée mondiale.

UN PROCESSUS POUR RÉTABLIR LA CONFIANCE

Cette question étant apparemment réglée, les participants du sommet du G20 de Toronto, qui se tiendra les 26 et 27 juin, auront sans doute toute latitude de mettre en avant Bâle III et la réforme des règles de fonds propres et de liquidités bancaires.

L'ensemble, qui est perçu comme la principale réplique du G20 à la crise, doit être finalisé dans le courant de l'année et endossé par les leaders du G20 lors du sommet de Séoul en novembre, avec en vue sa mise en oeuvre d'ici la fin 2012.

Il se peut que le sommet de Toronto soit alors l'occasion d'en dire plus sur la forme finale que prendra Bâle III, de façon à ce que les banques n'aient plus d'excuses pour ne pas augmenter leur capital avec le retour de leur profitabilité.

L'idée est qu'en précisant Bâle III, alors même que l'Europe veut elle aussi faire oeuvre de transparence en publiant les résultats des tests de résistance de ses banques, une bonne partie des grosses incertitudes qui pèsent sur les marchés sera dissipée.

"Mon espoir est que ce sommet donne un sentiment de confiance, à savoir que le processus de réforme est en cours, qu'il ne sera pas détourné et désorienté par un concept de taxe bancaire et que nous poursuivrons un processus en lequel on pourra avoir confiance; c'est ça le plus important", a dit Nancy Hughes Anthony, présidente de la fédération bancaire canadienne.

Le sommet de Toronto sera aussi l'occasion de préciser le cadre dans lequel les autorités de régulation rédigeront leurs recommandations sur la manière de régler rapidement le sort des grandes banques en grave difficulté - les fameuses "too big to fail" - sans solliciter le concours de l'Etat.

Toronto mettra sans doute l'accent sur le besoin d'une plus grande coordination internationale, surtout après que l'Allemagne a pris l'initiative d'interdire seule certaines opérations sur les dérivés.

"Parfois, je m'inquiète d'une perte de dynamique; les leaders perdent un peu de cette dynamique de faire les choses ensemble au niveau mondial", a dit le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn la semaine dernière.

Les pays du G20 font des efforts incontestables pour transformer en actes législatifs les promesses faites l'an passé mais il est inévitable que ces démarches individuelles ne divergent entre elles, un point susceptible de provoquer des réactions sur les marchés.

Les Etats-Unis sont ainsi près d'adopter une réforme radicale de Wall Street, sans précédent depuis les années 30, susceptible de provoquer dans le secteur bancaire des changements structurels dont l'Union européenne ne veut pas.

Mais certains minimisent le bien fondé des craintes liées à ces divergences. "Les bases de départ n'étaient pas les mêmes pour tous de toute façon et le moins qu'on puisse attendre de ce processus c'est que les choses soient un peu plus égales en fin de compte, en particulier en termes de transparence et de normes", dit Daniel Schwanen, économiste du Centre for International Governance Innovation de Waterloo (Ontario).

Avec Chisa Fujioka à Tokyo, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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