Le G20 rassure les marchés sur les changes, pas sur le commerce

par Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - Les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 ont trouvé un terrain d'entente sur les changes lors de leur réunion de samedi en Allemagne mais leur incapacité à dégager un consensus sur le libre-échange pourrait inquiéter les marchés financiers.

A Baden Baden, les grands argentiers du G20 ont réitéré leur position ancienne en faveur d'un marché des changes stable, condamnant les dévaluations compétitives et les mouvements désordonnés des monnaies.

C'est un bon point pour les marchés, qui craignaient que la nouvelle administration américaine ne soit tentée d'ouvrir une brèche dans le front uni du G20 sur la politique mondiale de changes.

Mais l'incapacité des participants à dégager une position commune sur le protectionnisme et le commerce international aura des conséquences clairement négatives pour les marchés financiers, même si elles ne sont pas immédiates.

"On pourrait avoir un retrait modeste du dollar lundi faute d'accord sur le libre-échange, mais cela aurait été bien pire si en plus la formulation du communiqué sur les changes avait changé", estime Tim Graf, responsable de la stratégie macro européenne chez State Street à Londres.

Malgré la hausse des taux d'intérêt de la Réserve fédérale mercredi, le dollar a connu la semaine passée sa plus forte baisse en deux mois, dans le sillage des rendements obligataires américains.

Wall Street a parallèlement marqué le pas ce mois-ci après une série de records, sans toutefois empêcher les Bourses européennes d'avancer.

La baisse des taux longs en dépit d'une hausse des rendements des échéances plus courtes reflète le sentiment que la croissance et l'inflation ne justifient pas que la Fed relève ses taux beaucoup plus. L'aplatissement de la courbe des rendements, ainsi qu'est appelé ce phénomène, pèse depuis plusieurs semaines sur le dollar et les marchés actions.

PAS DE MENACE À COURT TERME

Un projet de communiqué du G20 diffusé début mars ne reprenait plus la sémantique habituelle sur les changes. Il n'y était plus question de lutter contre une "volatilité excessive" ou des mouvements "désordonnés" des monnaies, ni de s'abstenir de procéder à des "dévaluations compétitives".

Toutes ces expressions ont été rétablies dans le communiqué final publié samedi.

Depuis des lustres, les communiqués du G20 et du G7 répètent que des marchés des changes calmes et ordonnés sont des conditions nécessaires à la croissance économique.

Mais une phrase clé des communiqués du G20 a disparu de la version de Baden Baden : "Nous résisterons à toutes les formes de protectionnisme."

L'absence de cette formule témoigne d'un désaccord fondamental entre l'administration américaine et les 19 autres participants, principalement les Européens.

Le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin a dit ne pas trouver le précédent communiqué "pertinent" de son point de vue. Il s'est dit favorable au libre-échange en théorie mais a estimé que certains accords pourraient devoir être renégociés.

Malgré la rhétorique isolationniste de l'administration Trump, la mise en oeuvre de politiques protectionnistes et plus encore le risque de guerres commerciales ne sont pas des menaces à court terme, jugent des analystes.

"Ce G20 n'est pas si important que ça pour le marché, ne serait-ce parce que la partie sur les changes a été maintenue", déclare Kenneth Broux, responsable de la recherche sur les changes et les taux à la Société générale.

"Le désaccord sur le commerce et le protectionnisme est certes nouveau, mais la rencontre annoncée entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre chinois Li pourrait être plus pertinente pour savoir où l'on va".

Trump et plusieurs de ses proches conseillers tiennent la vigueur du dollar pour responsable du déclin de l'industrie manufacturière et du déficit commercial persistant des Etats-Unis, ciblant en particulier l'Allemagne, le Japon et la Chine.

Pour certains analystes, ces accusations reviendront vite même si la délégation américaine a modéré son propos à Baden Baden.

"L'équipe chargée de ce dossier est seulement en train d'être constituée, alors le discours sur les changes n'est pas encore réglé. Mais les signes ne sont pas bons (...) et il faudra surveiller de près les débats au sein de l'administration américaine et les déclarations de ses principaux représentants", admet Tsuyoshi Ueno, économiste au NLI Research Institute à Tokyo.

(avec la contribution de Noriyuki Hirata, Véronique Tison pour le service français)

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