Le G20 fait de la croissance une priorité, devant l'austérité

par Tetsushi Kajimoto et Alessandra Prentice

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MOSCOU (Reuters) - Les responsables du G20 réunis samedi à Moscou ont placé la croissance au premier rang de leurs priorités, devant l'austérité, pour tenter de corriger les disparités de plus en plus nettes entre les pays sur le front de la reprise.

Les ministres des Finances et les banquiers centraux du G20 se rencontrent à nouveau samedi pour apporter une dernière touche au communiqué final de la réunion, qui, d'après les délégués, n'a pas été modifié depuis leur rencontre vendredi soir.

Les pays du G20 représentent 90% du produit mondial brut et les deux tiers de la population mondiale.

Selon le projet d'accord final que Reuters a pu consulter, un plan visant à relancer l'emploi et la croissance tout en rééquilibrant la demande mondiale et l'endettement serait achevé à temps pour le sommet du G20, prévu les 5 et 6 septembre à Saint-Pétersbourg.

Tandis que l'économie américaine montre chaque mois de nouveaux signes de reprise, l'Europe reste la région malade de la planète, avec un chômage endémique qui avoisine les 60% chez les jeunes en Grèce et en Espagne.

"Nous ne voyons pas encore de signe de reprise de la croissance en Europe et au Japon, et nous gardons les doigts croisés", a déclaré le ministre indien des Finances, Chidambaram Palaniappan.

"Le meilleur des scénarios aujourd'hui serait que les économies développées s'emploient à faire redémarrer la croissance. Elles doivent tenir compte de l'impact de leurs décisions sur les grandes économies émergentes", a-t-il ajouté.

"La priorité de court terme c'est la croissance, la croissance, la croissance", a martelé devant la presse le ministre français de l'Economie, Pierre Moscovici.

Le communiqué promet également de converger "résolument" vers la création d'une union bancaire européenne capable de relancer les prêts d'Etat à Etat.

AMELIORER LA COMMUNICATION

L'attention des pays du G20 s'est concentrée sur la possibilité, aujourd'hui écartée, d'un ralentissement avant la fin de l'année du programme de soutien à l'économie mené par la Réserve fédérale américaine. Cette perspective avait provoqué l'affolement des marchés, en particulier dans les économies émergentes.

En réponse, les pays du G20 ont clairement affiché leur souci d'améliorer la communication vis-à-vis des marchés.

"Nous restons attentifs aux risques et aux effets négatifs inopportuns de périodes prolongées d'assouplissement monétaire", lit-on dans le projet de communiqué. "Les futurs changements de politique monétaire seront toujours élaborés de façon précise, et clairement expliqués."

Un document préparé par le Fonds monétaire international prévient en outre que la volatilité qui règne sur les marchés financiers mondiaux "pourrait continuer et s'aggraver".

"Les risques sur la stabilité financière sont de plus en plus préoccupants, à la fois pour les économies développées et émergentes", estime le rapport.

"La sortie éventuelle des politiques monétaires non conventionnelles et des taux peu élevés, dans les économies développées, pourrait poser problème aux économies émergentes, en particulier si elle a lieu trop vite, ou si elle n'est pas bien expliquée."

En échange de la promesse de transmettre plus clairement ses intentions en matière de politique monétaire, Washington s'est assuré que le texte ne contenait pas d'objectifs budgétaires contraignants, estimant que la consolidation devait être "calibrée" en fonction de la situation économique.

CONCESSION CHINOISE

Le G20 réitère par ailleurs son attachement à des taux de change flexibles et à des réformes structurelles au niveau national , ce qui vise manifestement Pékin, dont les partenaires attendent un rééquilibrage de l'économie vers la demande intérieure.

En signe de conciliation, la banque centrale chinoise a annoncé vendredi une libéralisation des taux de prêts pratiqués par les établissements chinois, ce qui devrait permettre de réduire les coûts de financement des entreprises et des ménages.

Les ministres des Finances du G20 doivent discuter samedi du "policy-mix" de la Chine, autrement dit de la meilleure façon d'articuler les politiques budgétaire et monétaire.

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a déclaré quant à lui qu'il "poursuivrait activement" sa politique d'assouplissement monétaire pour relancer la croissance et tenter de sortir l'économie japonaise de la déflation.

Les représentants du G20 s'entretiendront également du renforcement de la réglementation financière mondiale et notamment de la constitution d'une liste d'établissements financiers de taille si importante que leur faillite pourrait provoquer l'effondrement de l'ensemble du système financier.

Avec Lidia Kelly, Maya Dyakina, Jan Strupczewski, Gernot Heller, Katya Golubkova et Anna Yukhananov à Washington; Hélène Duvigneau pour le service français

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