Le G20 doit cadrer les devises pour éviter la guerre

par Mike Dolan

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LONDRES (Reuters) - Les pays du G20 vont devoir se mettre d'accord sur un cadre pour une dévaluation du dollar bien réglée, seule façon d'éviter une guerre des monnaies qui semble poindre au vu des initiatives unilatérales prises ces derniers temps par divers pays.

Après trois années de crise financière, les grandes puissances économiques, installées ou en devenir, font tout ce qu'elles peuvent pour affaiblir leur devise ou du moins en limiter la hausse, préjudiciable à leurs exportations.

Ainsi le Japon est intervenu le 15 septembre pour tenter de faire baisser le yen qui était à son plus haut de 15 ans face au dollar et le Brésil a annoncé lundi le doublement de la fiscalité sur les placements obligataires des investisseurs étrangers pour tenter d'enrayer la hausse du réal.

Mercredi, les autorités sud-coréennes ont acheté du dollar pour freiner la hausse du won.

Confrontés à la montée des déficits et à la réticence de la Chine à laisser le yuan s'apprécier rapidement, les Etats-Unis, le Japon et peut-être le Royaume-Uni semblent prêts à utiliser à nouveau la planche à billets par des mesures d'assouplissement quantitatif pour relancer leur croissance et affaiblir leur monnaie.

La question des déséquilibres entre pays exportateurs et consommateurs, lancinante depuis dix ans, est donc plus que jamais d'actualité alors que les responsables financiers des pays du G20 se réunissent le 22 octobre.

Des accords ont bien été esquissés ça et là - des puissances émergentes ont accepté de laisser s'apprécier leurs devises progressivement - mais il n'y a pas eu de document en bonne et due forme pour gérer la transition.

PLAN COORDONNÉ

La France, qui prend la présidence tournante du G20 le mois prochain, a démenti les informations du week-end sur des "négociations secrètes" avec la Chine.

"Pour éviter les conséquences dommageables d'actions unilatérales (...) le groupe central des principales puissances économiques doit se mettre d'accord de façon urgente sur un plan multilatéral et coordonné de mesures", a déclaré lundi Charles Dallara, de l'Institute for International Finance.

Les menaces de rétorsion commerciale proférées par les Etats-Unis à l'encontre de la Chine au sujet du yuan montrent "la nature contreproductive des politiques unilatérales", ajoute Charles Dallara, qui a adressé une lettre ouverte au Fonds monétaires international (FMI) à l'occasion de son assemblée annuelle.

"On risque une guerre commerciale", a reconnu lundi soir le ministre brésilien des Finances Guido Mantega. "Il est préférable de prendre des mesures coordonnées plutôt que des mesures isolées."

Les pays émergents, confrontés à un afflux de capitaux vers leurs marchés d'actions et d'obligations alors que les taux d'intérêt sont peu rémunérateurs dans les pays développés, devront choisir entre accepter un bond de leurs devises et la formation de bulles spéculatives ou prendre des mesures interventionnistes comme le contrôle des capitaux.

Robert Johnson, directeur de l'Institute for New Economic Thinking, financé par des fonds du milliardaire George Soros, estime que le G20 a besoin de se mettre d'accord en matière de changes en tenant compte de trois principaux groupes : les Etats-Unis et les grands pays consommateurs, les grands pays exportateurs (Allemagne, Chine et Japon) et les pays exportateurs en développement.

DÉVALUATION COMPÉTITIVE

"On est en phase de dévaluation compétitive", estime Robert Johnson, qui fut aussi économiste à la Commission bancaire du Sénat américain. "Ce qui est en jeu, c'est le réalignement des taux de change des pays émergents par rapport à ceux des pays développés, peut-être une appréciation de 20 à 25% sur un ou deux ans."

"L'un des objectifs implicites des injections de liquidités par le G4 vise semble-t-il à faciliter l'affaiblissement de leurs devises", confirme David Shairp, chez JPMorgan Asset Management, dans une note à ses clients.

Ce que les pays émergents perdront en compétitivité à l'export, fait valoir Robert Johnson, pourra être rattrapé au moins partiellement dans des importations qui apparaîtront moins chères pour leurs consommateurs de plus en plus nombreux avec le développement des classes moyennes.

Laissés libres, il est peu probable que les marchés affichent la mesure souhaitée, au risque de déclencher des réactions inopinées des marchés et des gouvernements.

Les flux de devises vers les marchés d'actions des pays émergents sont en hausse. De même, la dette obligataire des marchés émergents libellée en devises locales est actuellement très recherchée.

Selon le fonds "tracker" EPFR, les flux placés sur les marchés obligataires émergents sont montés à près de 40 milliards de dollars depuis le début de l'année, contre moins de 700 millions de dollars pour les neuf premiers mois de 2009.

Les flux nets vers les actions des marchés émergents au troisième trimestre se sont élevés à plus de 30 milliards de dollars. Cela représente une hausse de 50% par rapport aux six premiers mois de l'année.

Selon les données ThomsonReuters, les fusions-acquisitions sur les marchés émergents, à 480 milliards de dollars cette année, sont en hausse de 63% par rapport à la même période de 2009.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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