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L'Usine de l'Energie

Le futur incertain des activités d’Alstom

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Le gouvernement gagne du temps, mais la messe semble dite pour Alstom. Même si Siemens damait le pion à General Electric, le groupe devrait être démantelé et digéré. Que deviendront ses activités ?

Le futur incertain des activités d’Alstom © Avec General Electric ou Siemens, pas sûr que l’activité éolienne d’Alstom soit gagnante.

Cruelle ironie du sort. Alstom, introduit en Bourse en fanfare en 1998 lors de l’éclatement d’Alcatel-Alsthom sous la houlette de Serge Tchuruk, devrait revenir dans un conglomérat pour assurer sa pérennité. Patrick Kron, le PDG du groupe depuis 2003, est allé chercher General Electric (GE) pour lui vendre ses activités dans l’énergie, qui pèsent 70% de son chiffre d’affaires. Il devra cependant attendre jusqu’à fin mai et examiner une éventuelle offre ferme de Siemens avant de s’engager plus avant. Que ce soit l’américain ou l’allemand qui l’emporte, Alstom sera démantelé. "La voie d’une stratégie autonome […] est devenue risquée et dangereuse", a justifié Patrick Kron au "Monde", le 30 avril.

Les résultats annuels d’Alstom, présentés le 7 mai, devaient confirmer la difficile situation financière du groupe : une lourde dette, un flux de trésorerie disponible négatif pour la troisième fois en quatre ans et des commandes qui ne repartent pas. Prévue à moins de 7%, la marge opérationnelle paraît bien faible pour faire face aux 670 millions d’euros d’échéances obligataires à honorer en moyenne chaque année d’ici à 2020. Trop exposé aux cycles longs de l’énergie et dépourvu d’activités plus récurrentes depuis son bien éphémère sauvetage en 2004, Alstom a subi de plein fouet la crise de 2009 et le recul persistant du marché.

À défaut d’autre solution, les activités énergie d’Alstom pourraient trouver au sein d’un conglomérat une marge de manœuvre financière qui leur permette de se développer. La branche Transport devenue autonome pourrait aussi profiter d’un bilan renforcé. Reste que la visibilité sur l’avenir des activités d’Alstom est bien faible. Les offres de GE et de Siemens évolueront, leurs ambitions liées à ce rachat sont incertaines et les autorités de la concurrence risquent d’imposer des cessions. Que deviendra Alstom sans Alstom ?

Si Siemens et GE multiplient les belles promesses face au gouvernement français qui a réaffirmé sa vigilance, ce ne sera qu’en développant leurs forces et en corrigeant leurs faiblesses que les activités d’Alstom perdureront au-delà des quelque 50 milliards du carnet de commandes actuel.

Charbon : les fondations à reprendre

Les équipements de production thermique (le charbon, suivi de loin par le gaz, le nucléaire et le fioul) d’électricité représentent 60% de la branche énergie. C’est aussi le secteur qui a le plus souffert de la crise de 2009. Le marché mondial des nouvelles centrales à charbon s’est effondré de plus de la moitié. Il se concentre en Asie, principalement en Chine où Alstom n’a pas vraiment percé, et se retrouve concurrencé par des géants chinois – Harbin, Dongfang et Shanghai Electric en tête – désormais à l’étroit sur leur marché domestique.

Alstom a jusqu’ici résisté en développant son activité de services (maintenance, modernisation…), qui génère aujourd’hui plus de la moitié du chiffre d’affaires de Thermal Power. Cet essor s’appuie sur une base installée représentant 25% des capacités mondiales de production d’électricité. Un véritable trésor de guerre qui aiguise l’appétit de GE et Siemens. Pour ne pas se contenter des services, Thermal pourrait faire évoluer son positionnement. "Alstom est un généraliste de longue date, avec un portefeuille de produits très étendu, tout le contraire d’un GE qui a fait des coupes depuis longtemps", observe Arnaud Schmit, analyste chez Natixis. L’activité de chaudières à charbon de Thermal, moins technologique et fortement concurrencée par les Chinois, serait une cible toute désignée. GE n’en fait plus et, après l’échec du projet de coentreprise mondiale Alstom-Shanghai Electric dans les chaudières, "cette activité est sur la sellette à moyen terme", estime l’analyste.

L’orientation historique d’Alstom sur les centrales clés en main, une activité structurellement moins rentable, pourrait aussi laisser place à une stratégie d’équipementier comme celle que privilégie GE. Thermal pourra s’appuyer sur ses propres technologies. Dans le charbon, la technologie ultrasupercritique – un marché dominé par Alstom et Siemens – est un atout de taille pour l’avenir, y compris en Chine, grâce à son haut rendement énergétique et, par conséquent, des émissions limitées de CO2. Alstom est aussi en pointe sur les systèmes de traitement des émissions polluantes des centrales. Le nucléaire, avec les turbines géantes Arabelle, est une autre force technologique de Thermal. La revente à Areva de cette activité stratégique pour la France n’est pas à exclure.

Énergies renouvelables : houille blanche et vent contraire

L’hydroélectricité est une autre activité historique d’Alstom, dans laquelle il est le leader mondial. Son dispositif industriel a été restructuré autour du site de production et de R & D chinois de Tianjin, inauguré en septembre 2013. Alstom mise sur cette base industrielle low cost pour résister aux champions locaux et rayonner dans toute l’Asie en s’alliant aux grands ensembliers chinois. "Hydro a de bonnes perspectives à moyen terme", estime un analyste financier. L’activité n’aura pas de mal à trouver sa place chez GE, qui en est sorti en 2007, ou chez Siemens, qui devrait alors sortir de sa coentreprise avec Voith Hydro. À l’opposé, l’éolien d’Alstom se heurtera à une activité environ dix fois plus importante chez GE comme chez Siemens. Dans le terrestre, Alstom a fermé ses usines espagnoles en 2013. La production se concentre autour des nouvelles usines brésiliennes pour fournir les 1 700 MW remportés ces dernières années dans le pays. Difficile de croire que GE et Siemens inverseraient la tendance pour des turbines doublonnant les leurs. Pour l’offshore, en plein essor en Europe, Alstom a prévu quatre usines en France pour équiper les champs au large des côtes françaises et au-delà. Siemens et GE se sont engagés à poursuivre ces projets. L’américain pourrait ainsi faire une belle entrée dans l’offshore. Avec l’allemand, leader du secteur, "la confrontation serait massive", résume un observateur d’Alstom.

Réseaux : le grand écart de la haute tension

Les 2,3 milliards d’euros investis au plus fort de la crise pour racheter la partie haute tension d’Areva T & D avaient fait grimper la dette du groupe. Le retour sur investissement se fait toujours attendre, avec une marge opérationnelle décevante qui reste sous les 6%. Malgré ses 10% de parts de marché derrière Siemens (16%) et ABB (19%), Alstom subit la morosité du marché de la haute tension et la concurrence des nouveaux acteurs asiatiques. Les difficultés sont aussi internes : les coûts de non-qualité et de moindre qualité auraient été proches de 8% du chiffre d’affaires en 2012-2013, selon le rapport de Secafi réalisé pour les représentants du personnel. Grid a cependant des atouts : l’effort de R & D a permis à Alstom de rattraper Siemens et ABB dans le courant continu à haute tension [lire ci-dessous]. De quoi profiter de ce marché en forte croissance qui devrait atteindre 6 milliards d’euros par an en 2017 selon Siemens. Les automatismes et les technologies logicielles de pilotage des flux d’électricité du smart grid constituent un autre point fort. Alstom a noué de nombreux partenariats (Microsoft, Cisco…) et a réussi à s’imposer aux États-Unis. Les perspectives de Grid font néanmoins le grand écart suivant l’identité du repreneur. Absent de la haute tension et candidat malheureux au rachat d’Areva T & D, GE ferait une belle place à Grid. En revanche, avec Siemens, "il y a de gros risques de position dominante dans certains pays, estime Arnaud Schmit. Alstom, Siemens et ABB forment les trois piliers de la haute tension en Europe continentale."

Transport : autonome et sur les rails

Sans la partie énergie, Alstom Transport est viable. "Pourquoi ne le serait-il pas ? CAF, Stadler, Faiveley sont bien indépendants. Le ferroviaire est l’activité où Alstom a le plus de perspectives de développement", affirme un analyste financier. Transport peut s’appuyer sur un large carnet de commandes : 23 milliards d’euros en septembre 2013, soit plus de cinq années d’activité. Les contrats se concentrent avant tout en Europe de l’Ouest, même si le méga-contrat signé avec Prasa en Afrique du Sud, la semaine dernière, nuancera le constat. Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément, quand les commandes grimpent régulièrement depuis quatre ans. Mais cela signifie l’échec relatif de la stratégie de croissance dans les émergents face aux concurrents locaux. Or, selon Christian Garnier, délégué syndical central CGT de Transport, cette stratégie a abouti à "sous-investir dans les usines françaises, avec des problèmes de performance industrielle à la clé".

Les difficultés avec le Regiolis ne sont pas un cas isolé. Pour honorer de manière rentable ses contrats européens, Alstom Transport pourrait devoir réinvestir en Europe. Il pourrait se renforcer avec l’apport du ferroviaire de Siemens. Mais une telle fusion est mal perçue par les syndicats, qui craignent une casse sociale. "C’est une fausse bonne idée. Il y a des risques de positions dominantes en Europe. Leur neutralisation aboutirait à casser des marchés assez protégés", juge un analyste. Alstom Transport a intérêt à conserver son activité signalisation, notamment les systèmes d’automatisation des métros (CBTC). Une technologie non maîtrisée par ses nouveaux concurrents et très prisée dans le monde entier.

Les quatre activités d’alstom dans le monde

Thermal Power

Énergie thermique : 37 000 personnes
Le cœur d’Alstom bat dans les centrales thermiques, avec une offre très large : unités clés en main, turbines à vapeur, à gaz, alternateurs, chaudières à charbon, systèmes de traitement de la pollution de l’air… Une activité implantée en Suisse.

Renewable Power

Énergies renouvelables : 9 400 personnes
La plus récente division d’Alstom fait essentiellement cohabiter l’activité historique dans l’hydroélectricité,dont Alstom est le leader mondial, et les éoliennes issues du rachat de l’espagnol Ecotecnia en 2007. Sans oublier l’Haliade pour l’offshore.

Grid

Réseaux haute tension : 19 000 personnes
Troisième acteur de la haute tension derrière ABB et Siemens, Alstom développe une large gamme de convertisseurs, relais de protection, automatismes… S’y ajoutent des solutions logicielles de pilotage du transport de l’électricité.

Transport

Ferroviaire : 26 700 personnes
Alstom est, avec Bombardier et Siemens, l’un des trois grands industriels occidentaux du ferroviaire. TGV, locomotives,métros, tramways, trains régionaux… Son offre complète s’accompagne d’une activité de premier plan dans la signalisation.

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Une solution au "problème Chine"

Le "problème Chine" pour Alstom, c’est bien sûr l’émergence de géants low cost qui le concurrencent sur tous ses métiers. Mais pas seulement : par rapport à ABB, Siemens ou GE, la faiblesse chinoise d’Alstom, c’est son peu de poids sur cet immense marché. Le groupe a eu longtemps une position ambiguë, partagé entre son appétit pour le marché local et la crainte de voir ses technologies pillées. Alstom avait ainsi refusé de "partager" son TGV et n’avait pu profiter de l’essor de la grande vitesse en Chine, contrairement à Bombardier et Siemens. En 2011, le projet d’une coentreprise à visée mondiale dans les chaudières à charbon avec Shanghai Electric marque un tournant. Mais les deux industriels ne parviennent pas à s’entendre. Alstom a néanmoins poursuivi sur cette lancée en signant par la suite des accords de licence avec des chinois dans le gaz et le nucléaire, qui restent à concrétiser. La part de la région Asie-Pacifique dans les commandes du groupe a chuté de 26% en 2010-2011 à 16% au premier semestre de l’exercice 2013-2014. Le rachat par Siemens ou GE, bien plus forts en Chine, pourrait permettre d’accélérer la pénétration du marché chinois par les activités d’Alstom. GE a investi massivement en Chine ces dernières années.

Maître du courant continu

Le courant continu à haute tension, ou HVDC (high voltage direct current), est l’une des pépites technologiques d’Alstom. Cette technologie d’électronique de puissance qui tutoie le million de volts prend le relais du traditionnel courant alternatif dans les cas extrêmes. Elle transporte le courant sur de très longues distances (plus de 2 000 km), notamment pour alimenter les régions côtières de la Chine à partir des barrages hydroélectriques de l’ouest du pays. C’est aussi le HVDC qui s’impose pour réaliser les liaisons sous-marines entre les pays d’Europe et raccorder les fermes éoliennes offshore au réseau terrestre. Les projets de « supergrid » européen prévoient ainsi de mailler la mer du Nord avec un réseau HVDC. Alstom a remporté en mars 2013 en Allemagne un contrat de plus de 1 milliard d’euros pour un projet éolien offshore.

Près de 30 000 salariés dans les usines françaises d’Alstom, de general electric et de Siemens

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