« Le futur de l’emballage passe par le numérique », annonce Jean-Pascal Bobst, Pdg de Bobst

Leader mondial dans plusieurs étapes du processus de transformation et fabrication d’emballages en carton plat, ondulé, souple et les étiquettes, Bobst s’est lancé dans l’impression numérique en 2017, avec un léger décalage par rapport à certains de ses concurrents. Quatre ans après, le groupe suisse qui affiche un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de francs avec 5600 salariés, a déjà vendu une quarantaine de machines jet d’encre dans l’industrie de l’étiquette. D’autres segments vont suivre. Jean-Pascal Bobst, arrière-petit-fils du fondateur, détaille la stratégie du groupe pour les années à venir dans un entretien exclusif à Emballages Magazine. -

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« Le futur de l’emballage passe par le numérique », annonce Jean-Pascal Bobst, Pdg de Bobst
Jean-Pascal Bobst.

Emballages Magazine : Après la parenthèse Kodak (2011-2016), la création de Mouvent, fin 2017, vous a permis de prendre définitivement le virage du numérique. Vous évoquiez, au moment du lancement de cette technologie, la polyvalence du procédé utilisé, qui vous permettrait d’aborder, un jour, les marchés du carton plat et du carton ondulé. Où en êtes-vous dans cette démarche alors que les enjeux semblent toujours plus considérables et les concurrents toujours plus nombreux ?

Jean-Pascal Bobst : Nous sommes tout à fait conscients des enjeux. Toutefois, on n’aborde pas le marché de l’impression numérique comme ça, juste parce qu’on a décidé d’y aller ou parce que les concurrents se positionnent. Le partenariat avec Kodak nous a servi à appréhender la technologie. En créant Mouvent nous sommes allés plus loin, en affinant notre compréhension des encres, celles des têtes d’impression, du workflow et des véritables problématiques clients. Au départ, nous nous sommes effectivement intéressés à l’étiquette. C’est logique… c’est plus abordable, c’est là qu’on apprend le mieux. Avec 40 machines déjà installées, en Europe et en Amérique du Nord, nous avons maintenant franchi un cap qui confirme la fiabilité de notre solution, soit dit en passant, révolutionnaire.

Nous sommes toujours persuadés de sa polyvalence pour nous attaquer à de nouveaux marchés dans l’emballage, mais il faut choisir le bon tempo. Arriver trop tôt n’est jamais bien et quand il est trop tard c’est très difficile. Nous allons donc aborder progressivement ces nouveaux marchés. Mais il faut être prudents, car la technologie n’est qu’un élément de la solution à proposer. Faire des bonnes machines est impératif, mais il faut proposer des éléments économiques qui répondent aux besoins des clients et surtout valider si les clients sont vraiment prêts à passer au numérique. Aujourd’hui, nous pensons que certains d’entre eux le sont.

"Nous allons d’abord nous intéresser à l’impression numérique bobine moyenne laize"

Par quel segment allez-vous commencer ?

Nous allons d’abord nous intéresser à l’impression numérique bobine moyenne laize, en translatant le savoir-faire accumulé jusque-là dans la laize étroite à des bobines de largeur plus grande que 400 mm. Nous n’avons pas encore de solutions que nous puissions annoncer en 2021, mais l’objectif des équipes est de tester des concepts en 2022-2023.

Et le carton plat ?

Le carton plat est un sujet très compétitif. On peut imaginer utiliser la même plate-forme technologique que celle des étiquettes, mais adaptées au substrat. Nous sommes en phase d’expérimentation et, surtout, nous sommes à la recherche des applications les plus pertinentes. Le marché du carton plat est dominé par les offsettistes qui proposent des solutions très compétitives sur le plan de qualité d’impression, des cadences et ce, pour un ratio coût-feuille qui est encore presque imbattable. Nous souhaitons adresser le marché des tirages courts qui sont sources de complexité et dont le nombre à tendance à croître. Nous sommes en contact avec certains de nos clients qui sont aussi convaincus de la nécessité de tester des nouvelles chaînes de production plus digitalisées et pas uniquement en impression, mais du PDF à la boîte finale.

"Beaucoup de nos concurrents prétendent que leurs produits sont compatibles avec un usage alimentaire, ce qui n’est pas toujours vrai"

Quelles encres allez-vous utiliser ?

Le vrai débat concerne justement les encres, car beaucoup de nos concurrents prétendent que leurs produits sont compatibles avec un usage alimentaire, ce qui n’est pas toujours vrai. Il faut être très prudents sur le sujet. Nous le sommes. L’encre interagit avec les substrats, avec les têtes d’impression, et sa formulation peut nécessiter des systèmes de séchage particuliers. Après trois ans de travaux, nous continuons de travailler afin de proposer des solutions sans ambiguïté, le marché décidera. Nous espérons prochainement tester des solutions avec nos clients et les marques qui demandent des applications pour usage alimentaire, que ce soit basse migration ou encres aqueuses.

Et concernant le carton ondulé ? Plusieurs de vos concurrents directs, dans l’impression numérique d’étiquettes, si l’on pense à HP ou, plus récemment, à Domino, sont déjà présents avec leurs solutions sur ce segment. Allez-vous vous lancer ?

C’est aussi un chantier en plein développement. La stratégie est toujours la même : se servir de notre expertise « Mouvent Technology » et surtout de notre position dans le monde de l’ondulé ou une boîte sur deux a été, à un moment ou un autre, imprimée ou façonnée sur une machine Bobst. Nous attendions tous un démarrage plus rapide de l’impression numérique dans le monde de l’ondulé. Souvenez-vous de notre premier lancement digital – « la Geneva » (nom de code du projet). Nous pensons que le numérique est une technologie nécessaire pour optimiser les sites de production, mais la solution numérique devra être globale du PDF à la boîte finale. Il ne s’agit pas d’imprimer rapidement pour ensuite ne pas être en mesure de découper et plier-coller rapidement. Nous travaillons sur de nouveaux concepts qui doivent plutôt proposer une solution complémentaire pour les petits et moyens tirages afin de permettre aux fabricants de caisses en carton et de présentoirs de soulager leur outil de production actuel. Enfin, et si je peux me permettre, dans les prochaines semaines suivez ce que nous proposons en carton ondulé pour l'e-commerce. Pas encore digital, mais tellement surprenant.

Fin 2020, vous avez scellé une alliance avec l’italien SEI laser, un spécialiste de la découpe et du rainage numériques de carton. Allez-vous proposer, à terme, une solution numérique de bout en bout de ligne, dans l’étui pliant ?

Les processus d’impression comportent toujours plus d’étapes d’ennoblissement et de façonnage, y compris dans l’étui pliant. En partenariat avec SEI laser, nous nous sommes positionnés sur un créneau très intéressant et avec un fort potentiel. Nous avons regardé d’autres procédés de découpe-rainage numérique, mais nous sommes persuadés d’avoir fait le bon choix, en regard de la qualité du rainage, des vitesses et des coûts par étui. Inévitablement, cette technologie, très complémentaire de celles que nous possédons et celles que nous allons développer avec SEI Laser, va renforcer notre capacité à proposer des lignes de production « complètement digitalisées » (data, workflow, outillage, machine, en un mot tout dans le « job ticket »).

Et concernant l’ennoblissement numérique ?

Nous pouvons voir des opportunités mais ce n’est pas une priorité pour nous. Il faut choisir ses batailles.

"Avec un seul fichier PDF, demain, l’imprimeur pourra générer tout le workflow nécessaire à la production de son emballage"

Emballage souple, étiquette, carton plat et ondulé : vous allez donc vous lancer sur tous les fronts dans l’impression numérique. Qu’allez-vous proposer de différent par rapport à ce qu’offre déjà la concurrence ?

Nous intervenons à la fois sur différents segments de marché, de l’étiquette au carton plat, en passant par l’emballage souple et l’ondulé, avec des procédés qui se situent en amont du processus, comme le complexage de films, ou en aval, si l’on pense au pliage-collage d’étuis, sachant aussi que nous maîtrisons plusieurs procédés d’impression comme la flexo ou le numérique. Ce large spectre de compétences est un atout concurrentiel indiscutable. Mais nous voulons aller encore plus loin. Nous avons déjà commencé à numériser et connecter la plupart de nos machines. L’objectif est maintenant de créer des lignes digitalisées. Cette démarche n’est pas dénuée de sens pratique. Avec un seul fichier PDF (job ticket), demain, l’imprimeur pourra générer tout le workflow nécessaire à la production de son emballage, de la préparation des fichiers en prépresse, au façonnage, en passant par l’impression, jusqu’à l’ennoblissement et le contrôle qualité. L’idée consiste aussi à lui donner des informations pratiques sur les temps de production et les coûts du process, d’anticiper, afin de lui permettre d’optimiser l’ensemble de son site de production et de se positionner face à ses concurrents en temps réel. Et cela n’est possible qu’en connectant les machines. Ainsi, grâce à des tableaux de bord, demain, l’imprimeur sera capable de produire rapidement des devis et de mieux connaître en amont sa rentabilité. En une phrase, la digitalisation devrait aider nos clients à mieux anticiper et à rester compétitifs dans ce nouvel environnement. Faire la différence pour nous, passe par là.

Propos recueillis par Tiziano Polito.

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