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L'Usine Energie

Le fonds souverain norvégien devrait sortir du charbon

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Analyse Doté de 840 milliards d’euros tirés en grande majorité des revenus du pétrole, le fonds souverain norvégien pourrait se retirer du capital de toute entreprise dont le charbon représente plus de 30% de l’activité ou du résultat. Cette décision majeure, qui n'est pourtant pas dénuée d'hypocrisie, devrait être entérinée par le Parlement norvégien début juin.

Le fonds souverain norvégien devrait sortir du charbon © D.R.

Le fonds souverain norvégien détient 1,3% de la capitalisation boursière mondiale. Une modification de sa politique d’investissement aurait plus de poids sur la transition énergétique que la plupart des modifications de réglementation à l’étude au sein des institutions internationales. Au total, ce sont 5 (selon un représentant du fonds) à 10 milliards d'euros (selon le ministre norvégien des Finances) de participations dans quelques 75 sociétés qui pourraient être cédées pour être remplacées par des prises de participation dans des activités moins polluantes.

Le choix d’un désinvestissement du secteur charbon adopté à l’unanimité par la commission des finances du parlement norvégien le 27 mai est motivé par des considérations à la fois climatiques et économiques. "L’investissement dans le charbon comporte un risque climatique et, bientôt, un risque économique", ont déclaré les signataires dans un communiqué. Effectivement, le poids des émissions étant appelé à s’alourdir avec la quatrième phase du système communautaire d’échange de quotas d’émissions (ETS), dont la distribution gratuite devra diminuer à compter de 2020 pour tendre vers zéro en 2028, le coût de la tonne de CO2 émise devrait alors faire baisser drastiquement la compétitivité économique du charbon.

Les sociétés concernées par la décision qui sera soumise au vote le 5 juin sont principalement des minières dont le portefeuille compte environ un tiers de charbon et les énergéticiens qui y recourent pour alimenter leurs centrales. Ces derniers, qui représentent le double des participations du fonds dans les minières, devraient d’ailleurs représenter le volume de désinvestissements le plus important. Le mouvement est déjà largement entamé: le total des actifs du premier fonds souverain mondial (en valeur) dont le charbon représente une part significative est passé de 94 millions d’euros en début d’année à 57,5 millions à la fin du premier trimestre 2015.

Un compromis réussi

Cette décision, dénoncée comme une hypocrisie par les députés écologistes, est le résultat d’une négociation. Plusieurs acteurs (ONG, députés norvégiens...) avaient précédemment fait la proposition d’un retrait de l’ensemble des énergies fossiles. Mais l'accord trouvé entre les parties stipule justement que cette sortie du charbon ne servira pas de modèle pour une sortie des secteurs gazier et pétrolier.

Il ne faudrait tout de même pas que cette annonce fasse oublier que le mois dernier, le gouvernement norvégien a annoncé le sauvetage (pour 58 millions d’euros) de sa mine de charbon de l'archipel du Svalbard dans l'Arctique, ni que la fortune du fonds souverain norvégien a été bâtie, et continue d’être alimentée, par une autre énergie fossile : le pétrole.

Les entreprises françaises sont peu concernées

Fin 2013, le fonds souverain norvégien totalisait en France 31 milliards d’euros d’investissements. Il était présent au capital de 212 sociétés, d’ABC Arbitrages à Zodiac Aérospace, dont 33 des 40 entreprises du CAC40. Peu de grands représentants de l’économie française manquent à l’appel.

Les énergéticiens français ne seront a priori pas touchés. Selon un rapport publié le 19 mai par Oxfam et les Amis de la terre, le charbon représente 14% du parc mondial de production d’Engie (30 centrales à charbon, dont une en France) et 9,1% de celui d’EDF (16 centrales à charbon dont deux en France). Les deux groupes émettraient tout de même annuellement 151 millions de tonnes de CO2… soit près de la moitié des émissions de la France en 2012 (et près de 100 fois celles du Togo).

Un mouvement qui fait tâche d’huile

Après l’Eglise anglicane, un certain nombre de banques (de Goldman Sachs au Crédit agricole), Axa, la famille Rockefeller, le fonds souverain norvégien est le dernier en date - et certainement le plus important – à annoncer une sortie (totale ou partielle) du charbon. En Chine, une centrale électrique a même remplacé le charbon par... des billets de banque!

Et le mouvement pourrait s'accélérer désormais. Considéré comme un modèle de diversification économique pour un pays pétrolier, le fonds souverain norvégien, fondé en 1990, est l’exemple le plus régulièrement cité de réponse au risque de "syndrome hollandais", qui veut que les nouveaux pays pétroliers voient leur développement ralenti par rapport à des pays privés de ressources naturelles. L’orientation économique que prend ce fonds est scrutée par un grand nombre d’investisseurs, en raison de ses performances financières.

Myrtille Delamarche

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