Le fluide des climatisations n'est pas dangereux, selon les industriels

Face à la polémique lancée en début de semaine par l’eurodéputée Michèle Rivasi, industriels et constructeurs défendent ce nouveau type de fluide frigorigène.

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Le fluide des climatisations n'est pas dangereux, selon les industriels

"C’est exagéré". Ce constat d’un expert de l’INERIS (Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques) résume le sentiment chez les constructeurs automobiles, chimistes et organismes d’expertise après la sortie mardi 17 janvier de la député européenne EELV Michèle Rivasi sur le fluide frigorigène 1234yf. Chacun a alors ressorti ses études et tests sur le produit incriminé pour répondre méthodiquement aux risques pointés (en cas d’incendie) par Michèle Rivasi et par deux experts allemands, les Pr. Andreas Kornath et Alex Lechleuthner.

"Le 1234yf ne présente pas de risque particulier, il a été défini comme un standard industriel", explique Christophe Maldémé. Le responsable de la branche gaz à faible potentiel d’effets de serre chez Arkema détaille les principaux résultats obtenus après des tests sur le produit. "Le 1234yf a été classé non-toxique par l’ASHRAE, c’est-à-dire qu’on peut s’y exposer sans subir de dommage en terme de santé. Il est légèrement inflammable : il faut apporter une énergie importante pour qu’il s’enflamme et la propagation des flammes reste très faible", détaille Christophe Maldémé avant d’ajouter : "il faut vraiment le vouloir pour l’enflammer".

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Pas de différence avec le R134a

L’INERIS, qui a testé le produit à la demande de la SAE International, le consortium des constructeurs automobiles qui définit les standards industriels du secteur, souligne également cet aspect du produit. Et en profite pour remettre en cause le protocole de tests présentés hier par les experts allemands qui affirment que le 1234yf s’enflamme à partir de 405 degrés.

"400 degrés, c’est une température de laboratoire, qui ne correspond pas à la réalité industrielle", explique un expert de l’INERIS, avant de détailler le processus de tests menés par l’Institut. "Dans une boite type compartiment moteur, nous avons placé un tube qui chauffe à 1 000 degrés, soit une température plus élevée que celle de la tuyauterie d'échappement. Nous avons alors déchargé le réfrigérant 1234yf avec son huile, soit environ 500g de produit, l’équivalent de ce qui se trouve dans une climatisation. C’est un produit fainéant. Il brûle lentement, il n’y donc pas de risque d’explosion", conclut l’expert. L’important selon l’INERIS tient dans la comparaison avec l’actuel fluide frigorigène aujourd’hui présent dans les climatisations, le R134a. "Ce nouveau produit n’est pas plus dangereux que l’ancien et en pratique, dans une automobile, il n’est pas dangereux", assène l’Institut.

Renault a aussi effectué des tests sur ce produit, qui devrait être présent dans la compacte électrique ZOE. "Sur la question de la sécurité, il n’existe pas de différence sensible entre le 1234yf et le R134a. A haute température, le 1234yf est juste peut-être un peu plus inflammable", précise un porte-parole du constructeur, qui fait aussi le point sur l’acide fluorhydrique dégagé après inflammation du 1234yf. "Que ce soit dans le 1234yf ou le R134a, l’acide fluorhydrique ne se dégage qu’à partir de 800 degrés. Pour en arriver là, il faut un véritable incendie. Et avant que le fluide de la climatisation brûle, d’autres éléments, des plastiques, des pneus auront brûlé, dégageant des fumées toxiques", souligne-t-on chez Renault. Même son de cloche pour les experts de l’INERIS : "en cas d’incendie dans un véhicule, ce n’est pas le fluide réfrigérant qui inquiète, mais les pneus, les plastiques. Et là il y en a des kilos, pas 500g".

Une étape

L’Institut remet en perspective cette polémique : le 1234yf n’est selon l’Institut qu’une étape vers des fluides frigorigènes moins polluants. "Nous ne sommes pas à la fin du chemin avec le 1234yf. Techniquement, il est difficile pour les industriels de trouver un produit qui émette moins de gaz à effet de serre et qui ne soit pas un produit chimique classique puis de développer ensuite le processus industriel pour le produire à grande échelle. Le 1234yf est une solution intermédiaire pour respecter la nouvelle réglementation, les industriels travaillent en ce moment sur d’autres solutions » décrypte un expert avant d’ajouter : « Mais le déballage actuel n’a pas de raison d’être, car il risque d’arrêter la démarche de développement. Ce serait dangereux pour la protection de l’environnement et pour l’industrie".

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