Le financement participatif cherche sa légitimité

Dix millions de dollars ! C’est ce qu’a récolté, via le site de financement participatif Kickstarter, Pebble Smartwatch, une jeune entreprise américaine développant des montres connectées à un smartphone. Une somme qui fait rêver bien des startups qui peinent à rassembler des fonds d’amorçage pour se lancer. Anne Saint-Léger, la fondatrice du site français de « crowdfunding » Finance Utile, décrypte les différents types de financement participatif.

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Le financement participatif cherche sa légitimité

L'Usine Nouvelle - Avez-vous été surprise par la somme récoltée par Pebble Smartwatch au mois de mai ?
Anne Saint-Léger - C’est assez étonnant en effet. Mais dans le cas de kickstarter, on parle de dons, pas d’investissement en capital. Il ne faut pas confondre. Quand on parle de dons, cela signifie que le ticket peut être faible car vous soutenez un projet, mais vous ne devenez pas actionnaire. Selon votre participation, vous pouvez recevoir quelque chose en échange – des produits de la société financées, par exemple -, mais il n’y a pas de retour sur investissement. On a souvent tendance à mélanger les genres, parce que le crowdfunding est un mot générique qui recouvre aussi bien des dons, des prêts et de l’investissement en capital.

Quelle est la spécificité de ce financement par dons ?
Pour moi, cela ne peut fonctionner que sur des produits de l’internet ou des jeux vidéo, des produits pour lesquels une personne lambda peut comprendre facilement l’idée et avoir envie de participer à l’aventure.

Pour l’industrie, et les entreprises en B-to-B en général, le don ne marchera pas car il faut plus d’expertise. C’est une bonne chose que ces initiatives existent, mais j’attends de voir le résultat de cette entreprise sur la durée.

La loi "Jobs Act" aux Etats-Unis favorise le crowdfunding. Où en est-on en France ?
La loi américaine vise à favoriser mais aussi à encadrer le financement participatif. Les plateformes internet doivent notamment être agréées par les autorités. En Europe et en France, cela bouge aussi. Nous avons créé en France l’association Finpart, qui regroupe la dizaine de plateformes qui se sont créées, et nous sommes en train de rédiger un livre blanc du financement participatif. Nous voulons rédiger une charte de déontologie pour tous les types de crowdfunding, prêts, dons ou capital. Nous voudrions en fait obtenir une certaine légitimité auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et du gouvernement.

Pourquoi cette recherche de légitimité ?
Pour l’instant, nous sommes tous à la limite de la légalité. Beaucoup de sites ont même reçu des lettres de l’AMF pour leur demander d’arrêter leur activité. C’est donc à nous de faire des propositions pour garantir la protection de l’épargnant et satisfaire l’AMF. Nous voudrions par exemple imposer un minimum de fonds propres aux plates-formes internet, pour qu’il y ait une barrière à l’entrée et éviter les dérives. Car il s’agit bien d’un métier : le fait de lever de l’argent pour une entreprise ne représente que 30 % de la réussite, le reste, c’est de l’accompagnement.

Retrouvez aussi notre dossier "Entrepreneurs : les quatre commandements pour s’imposer aux USA"

Ensuite, nous voudrions faire des propositions pour alléger certaines réglementations qui s’appliquent au crowdfunding comme aux investisseurs en capital traditionnels. Par exemple, le recours aux cercles privés d’investisseurs, qui permet de réunir des fonds sans passer par appel public à l’épargne. Cette technique, utilisée dans le cadre du financement participatif, limite aujourd’hui le nombre d’investisseurs privés à 99. La réglementation européenne doit faire passer ce chiffre à 150 bientôt, mais cela pourrait selon nous monter jusqu’à 300 personnes dans le cadre du crowdfunding.

En quoi êtes-vous limités actuellement ?
Le fait d’être limités par le nombre d’actionnaires nous empêche de récolter autant d’argent que nous voudrions, dans le cas du financement participatif en capital. Mais attention ! La vocation du financement participatif n’est pas de marcher sur les plates-bandes des fonds d’investissements traditionnels. Nous intervenons plutôt pour des sociétés en phase d’amorçage, pas pour des tickets de 10 millions de dollars comme aux Etats-Unis. Nous sommes plutôt sur des tickets inférieurs au million d’euros, là où il n’y a personne pour financer.

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