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Le face à face Grande Bretagne/Etats-Unis dans la compétition sur l’innovation

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L’Inde se positionne aujourd’hui comme une des futures puissances technologiques. La ville de Bangalore, siège de centaines d’entreprises dans le domaine des nouvelles technologies, est un des symboles de la réussite indienne dans l’innovation. Plus de 150 centres de R&D multinationaux sont aujourd’hui présents en Inde.

Le face à face Grande Bretagne/Etats-Unis dans la compétition sur l’innovation © L'Usine nouvelle

Les entreprises citées

Les quatorze millions de jeunes diplômés universitaires chaque année (soit 1,5 fois plus que la Chine et le double des Etats-Unis) sont un indice de la place que prennent l’innovation et la recherche en Inde, d’autant plus que parmi ces nouveaux diplômés, deux millions et demi étudient l’informatique, les sciences de l’ingénieur et les sciences naturelles. Par ailleurs, le nombre d’articles scientifiques publiés en Inde a quasiment doublé entre 1998 et 2007.

Une nouvelle dynamique repose dorénavant sur l’innovation. Cette dynamique est aussi bien née d’initiatives gouvernementales que d’un phénomène de société. Les Indiens qui auparavant partaient faire leurs études et travailler à l’étranger quittaient définitivement le pays. C’est le phénomène inverse qui existe aujourd’hui : ceux qui ont connu le succès à l’étranger reviennent aujourd’hui pour réitérer l’expérience dans leur pays d’origine. De même, les étudiants partent étudier avec l’intention de revenir. Quant au gouvernement indien, une de ses stratégies consiste à mettre en place des partenariats avec d’autres pays et à profiter des avantages de la mondialisation. C’est dans ce contexte d’ouverture indienne vers l’international que la Grande Bretagne a mis en place une stratégie pour conserver son influence en Inde, notamment dans le domaine de l’innovation.

La Grande-Bretagne devrait a priori posséder un avantage certain lorsqu’il s’agit de l’Inde. Son ancien statut de puissance coloniale est plutôt un atout qui la met en bonne place pour se positionner sur le marché innovant des nouvelles technologies en Inde. Leur histoire commune s’est transformée en « relation spéciale » qui se traduit par de nombreux partenariats et de coopération. La science et la recherche se sont développées en Inde sous le colonialisme. La première université indienne fut créée par les Britanniques à la fin du dix-neuvième siècle ; la langue anglaise fut imposée comme celle de l’éducation et rapidement adoptée par les élites indiennes. Les liens historiques entre les deux pays sont très forts, d’autant qu’ils sont renforcés par les attaches familiales qui existent entre l’Inde et les millions d’Indiens britanniques. Et surtout, une grande partie de la génération la plus ancienne des scientifiques indiens a été éduquée dans les universités britanniques.

Cependant, l’héritage britannique en Inde ne confère pas autant de prérogatives à la Grande Bretagne que ce que l’on pourrait croire. La langue anglaise permet à l’Inde de pouvoir communiquer et travailler avec de nombreux pays autres que l’ancienne puissance européenne. Ce qui avait été pensé comme un outil de domination permet aujourd’hui à l’Inde de s’intégrer facilement dans la connaissance mondiale.

*La « relation spéciale » qui unit les deux pays est mise à mal par la compétition qui s’exerce entre les Etats Unis et la Grande Bretagne pour profiter de cette dynamique indienne. Les Etats-Unis sont maintenant un partenaire incontournable de l’Inde dans le domaine des sciences et de l’innovation. Le nombre d’étudiants indiens qui partent faire leurs études sur le sol américain est un exemple flagrant de la prééminence des Etats-Unis dans le paysage scientifique indien. Or, il est bien évident que faire des études dans un pays donné entraîne un attachement certain pouvant se traduire par la facilité de ces étudiants à choisir de travailler avec des entreprises du pays d’accueil. De même, si un chercheur connaît très bien un système et les gens qui y gravitent, cela affectera son attitude envers une possible collaboration.

La différence entre le nombre d’étudiants indiens qui partent faire leurs études au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ne cesse d’augmenter avec toutes les conséquences que cela implique en termes de partenariat et de collaboration. Il faut rappeler que de nombreux étudiants indiens profitent de bourses américaines qui leur payent l’intégralité de leur scolarité, ce qui n’est pas négligeable au vu du coût des études aux Etats-Unis. De plus, la politique américaine en Inde ne concerne pas seulement l’éducation ; le programme de collaboration est assez agressif ou du moins très proactif. Parmi les programmes les plus importants, le Forum des Sciences et Technologies indo-américain créé en mars 2000 (soit six ans avant l’équivalent britannique), promeut l’interaction entre les deux pays au niveau de la recherche et du développement.

La Coopération indo-américaine pour la Haute Technologie fut quant à elle mise en place en 2002. Les Etats-Unis ont ensuite poursuivi leur stratégie avec la décision, en 2006, de la Fondation Nationale pour la Science de placer du personnel dans toutes les ambassades américaines en Inde dans le but de promouvoir la collaboration scientifique. Cette liste n’est pas exhaustive : elle nous sert à montrer combien les Etats-Unis sont impliqués dans la mise en place de partenariats avec l’Inde dans le domaine des sciences.

Les Etats-Unis ont su profiter de des changements qui prenaient place en Inde. Cela a été facilité par l’attractivité de leurs universités. L’existence de Silicon Valley est aussi un grand atout dans cette compétition pour la collaboration, d’autant plus que de nombreux Indiens y ont connu le succès et facilitent la coopération avec leur pays natal.

La Grande Bretagne a tenté de contrer cette concurrence américaine par la création en 2006 de l’UKIERI (United Kingdom-India Education and Research Initiative). Le but de ce programme est de mettre en place une collaboration renforcée entre les deux pays  afin que chacun devienne le « partenaire préféré » de l’autre. L’UKIERI concerne aussi bien l’enseignement supérieur et la recherche que le système scolaire. Il s’agit de prendre en charge les futurs ingénieurs aussi tôt que possible afin que la Grande Bretagne devienne incontournable à leurs yeux. Ainsi, lorsqu’il sera temps de faire un choix entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour mettre en place une collaboration, une préférence nette guidera les choix.  Les sommes mises en jeu sont assez importantes : entre 25 et 28 millions de livres pour la durée totale du programme (cinq ans). Des grandes entreprises d’origine britannique comme Shell, BAE Systems et GlaxoSmithKline ont participé au financement de cette initiative. Ces dernières considèrent la collaboration scientifique avec l’Inde comme cruciale pour leur avenir. Le dispositif mis en place pour recruter des étudiants indiens est assez conséquent pour y voir une réelle stratégie de la part de la Grande Bretagne. Le British Council est un bon ambassadeur de l’éducation britannique ; l’Inde est une de ses plus grosses opérations. Plus de quatorze universités britanniques ont ouvert des bureaux permanents en Inde. Les étudiants indiens sont approchés par les universités non seulement dans les quatre métropoles mais aussi dans les petites villes. De nombreuses bourses de doctorat et de recherche sont offertes. En 2008, il existait plus de quatre-vingt programmes collaboratifs entre le Royaume-Uni et l’Inde menant à des diplômes. Le dessein avoué est d’attirer 100000 étudiants indiens de plus en 2011.

La Grande Bretagne cherche dans le même temps à conforter ses positions au niveau de la recherche et l’innovation comme le montre la création du India-UK Science and Innovation Council en 2006 qui soutient et tente d’accroître les projets bilatéraux de recherche. Un des buts de ce conseil est de favoriser un partage des meilleures pratiques dans la recherche et l’innovation. Les partenariats mis en place concernent aussi bien le changement climatique que la biosciences ou la sécurité énergétique. L’expérience britannique nous enseigne deux leçons : les relations privilégiées entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne n’empêchent pas ces deux pays d’être en compétition frontale dans l’économie de la connaissance. Londres a su définir une véritable stratégie de puissance dans ce domaine, ce que la France se montre bien incapable de faire pour l’instant dans la zone francophone.

Claire Boudet et Christian Harbulot

Sources

 

“India, UK for cooperation in science and technology”, the Financial Express, 8 juillet 2006.

“India-U.K. partnership in S&T to be strengthened”, the Hindu, 26 février 2006.

“UK "sleepwalking" out of Indian special relationship”, Silicon.com, 17 janvier 2007, disponible à l’adresse suivante: http://services.silicon.com/offshoring/0,3800004877,39165246,00.htm.

Adams J, King C, Singh V, “India: research and collaboration in the new geography of science”, Global Research Report, Evidence, Octobre 2009.

Bound Kirsten, India: the uneven innovator, Demos, 2007.

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