Le fabricant des biscuits Oreo accusé de manipulation des cours du blé

Le régulateur américain des marchés financiers accuse Kraft Foods et Mondelez, les sociétés nées de la scission de Kraft Foods Group, d’avoir manipulé les cours du blé en achetant des quantités massives de contrats à terme pour faire baisser les prix au comptant.

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Le fabricant des biscuits Oreo accusé de manipulation des cours du blé

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme en charge de la surveillance des marchés financiers aux Etats-Unis, a rendu publique une plainte visant les géants de l’agroalimentaire Kraft Foods et Mondelez, issus de la scission en 2012 de l’ex-Kraft Foods Group. Kraft aurait employé "un dispositif trompeur" afin de tenter de manipuler les prix du blé en achetant pour 90 millions de dollars de contrats à échéance décembre 2011 sans avoir eu l’intention d’en prendre livraison.

"La société a laissé croire au marché qu’elle se ferait livrer, explique la CFTC, et qu’elle stockerait ce blé pour l’utiliser dans son usine" située dans la région de Toledo, dans l’Ohio, où 90% du blé utilisé par l’entreprise est broyé afin de permettre la fabrication de produits tels que les biscuits Oreo ou les crackers Ritz.

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Figurant parmi les premiers consommateurs de Soft Red Winter avec environ 30 millions de boisseaux par an, le groupe Kraft s’approvisionnait quotidiennement au comptant, en négociant directement les caractéristiques de chaque contrat. Et n'acquérait de contrats à terme sur le Chicago Board of Trade (CBOT), le principal marché sur les produits agricoles, que pour se couvrir, explique le régulateur. Avant cet épisode, le groupe Kraft ne s’était pas approvisionné physiquement auprès du CBOT depuis 2002, date à laquelle l’entreprise avait bien réceptionné ses marchandises.

Provoquer une hausse des prix à terme pour faire baisser ceux au comptant

A l'été 2011, suite à une hausse des prix au comptant du Soft Red Winter à Toledo (de 5,74 $ le boisseau le 30 juin à $ 7,72 par boisseau le 26 août) et à une hausse du prix à échéance décembre sur le CBOT (de 6.57½ $ à 7,97 $), Kraft a dévié de cette stratégie de hedging seul sur le CBOT en prenant "une énorme position" (soit l’équivalent de 15 millions de boisseaux, ou 6 mois d’approvisionnement). Cet achat, qu'il allait annuler par la suite en revendant ses contrats, était uniquement destiné à faire grimper les prix à terme du blé – compte tenu de ces importants achats potentiels. Une fois que le marché a réalisé que cette vente était fictive et destockée, les prix au comptant ont baissé, ce qui aurait permis au fabricant des biscuits Oréo d'économiser plus de 5,4 millions de dollars.

Des éléments physiques étayent les soupçons de la CFTC. Tout d'abord, les qualités des blés vendus via des contrats à terme sur le CBOT ne correspondent pas aux exigences de Kraft. Le taux de vomitoxine, par exemple, est trop élevé. L'entreprise ne peut, en outre, ni se faire livrer à prix raisonnable ce blé stocké en aval sur le Mississipi (ce qui empêche la livraison par barge), ni stocker de telles quantités. Finalement, le groupe ne se serait fait livrer que 660 000 boisseaux, moins de 5% de la quantité achetée à terme. Au moment de la revente, il n'a en outre pas acheté de quantité équivalente au comptant.

Selon la CFTC, la baisse des prix du blé au comptant dans la région de Toledo (de 6,16 $ le boisseau le 2 décembre à 5,86$ le 9 décembre), suite à leur manoeuvre sur le CBOT, aurait permis à Kraft (et à sa spin-off Mondelez) d'engranger un bénéfice de plus de 5 millions de dollars. "Un participant au marché qui n’est pas satisfait des prix au comptant à sa disposition ne peut pas recourir à des stratégies de négociation manipulatrices dans l’optique de les faire baisser artificiellement", estime un de ses responsables, Aitan Goelman. La CFTC demande à ce que des sanctions financières correspondant au triple du gain indu de Kraft. Soit plus de 16 millions de dollars...

Kraft a déclaré à Reuters ne pas s'attendre à subir un impact financier en raison de cette affaire, jugeant que le fardeau devrait essentiellement peser sur les épaules de Mondelez. Ce dernier avait fait la même analyse au moment de l'annonce de l'enquête, tout en affirmant que cela n'aurait pas de retentissement sur ses résultats.

Franck Stassi

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