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L'Usine Aéro

"Le Dubaï Air Show démontre le poids croissant de la région dans l’aéronautique"

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Tribune Au-delà de la fenêtre de tir médiatique du salon aéronautique de Dubaï, le véritable attrait du salon réside dans les résultats obtenus par la stratégie de développement des Emirats. Une stratégie adossée aux enjeux du transport aérien international, élaborée et soigneusement mise en œuvre depuis 20 ans, estime Jean-Louis Dropsy, directeur aérospatial et défense chez Argon Consulting. Reprenant à son compte l'univers imaginé par Antoine de Saint-Exupéry, l'expert évoque les "Renards" que les Princes ont su faire apparaitre et élever. Certains restent à apprivoiser…


Au salon Dubaï Air Show - DR

Le Dubaï Air Show a su devenir un salon aéronautique incontournable pour la profession, alimenté par la rivalité des trois compagnies aériennes de la région (Qatar Airways, Etihad Airways et Emirates) et une situation géographique remarquable. Le dernier salon a d’ailleurs été marqué par un nouveau record mondial de prises de commandes, supérieures à 190 Milliards de dollars en valeur. Les volumes ont aussi permis aux constructeurs de lancer sereinement leurs nouveau-nés comme le 777x de Boeing, et de consolider des programmes récents comme l’A380 d’Airbus.

La région du Moyen Orient représenterait de 7 à 9% de ce besoin en nouveaux appareils (autant que l’Amérique latine, mais un tiers des besoins de l’Europe ou de l’Amérique du Nord). Mais elle concentrerait à elle seule 15% de la valeur du marché, soit 700 milliards de dollars en prix catalogue actuel. Dans vingt ans les flottes des compagnies du Golfe, très spécifiques, seraient composées pour moitié de jumbos (avions de plus de 210 passagers, comme les Boeing 777 et 787 et les Airbus A350 et A380), et n’utiliseraient que très peu d’avions de moindre taille tels que les Régionaux (Bombardier CSeries, Sukhoï Superjet 100…).

"S’il vous plaît,... dessine-moi un Avion"

Le Dubaï Air Show démontre le poids et l’influence croissante de la région sur le secteur de l’aéronautique, la défense et le spatial. Grâce à une stratégie claire : tirer parti des revenus de ses ressources énergétiques et utiliser la situation géopolitique avantageuse de la région pour se diversifier avec succès dans le transport, le tourisme local et l’industrie aéronautique et spatiale. En effet plus de 90% de la population urbaine mondiale se trouverait dans un rayon de 15 000 km (soit justement le rayon d’action des Jumbos) des villes d’Abu Dhabi ou Doha.

Ces villes sont de plus équidistantes de l’Europe et de l’Asie… et donc des relais, des hubs naturels pour le transport de passagers entre ces deux régions. Un secteur aéronautique complet peu à peu se dessine au Moyen-Orient. A l'image du petit Prince créé par Antoine de Saint-Exupéry, les dirigeants régionaux (les "Princes") mettent en place une stratégie qui vise à apprivoiser des étapes industrielles successives (les "renards").

1er « Renard » : Faire de la région du Golfe, de Doha et de Dubaï un hub mondial du transport aérien et développer son aviation civile

Trois compagnies aériennes, Emirates, Etihad Airways et Qatar Airways, sont aujourd’hui reconnues mondialement par la taille de leur flotte et leur niveau de service aux passagers. Ainsi Qatar Airways a décroché en 2011, 2012 et 2015 le 1er prix des World Airlines Awards décerné par Skytrax à la compagnie aérienne dont les passagers sont le plus satisfaits. Les infrastructures ne sont pas en reste. Dubaï dispose depuis 2010 de l’aéroport Al Maktoum, qui ambitionne avec ses six pistes d’être l’aéroport le plus grand du monde. Les compagnies du Golfe ont doublé en dix ans leur part mondiale d’avions opérés.

Reste un « baobab » éventuel : cette situation géographique si particulière est partagée par la Turquie. Elle aussi a récemment décidé de construire un aéroport muni de six pistes, à Istanbul, et prévu pour 2016-2017. Elle aussi dispose d’une compagnie aérienne, Turkish Airlines, régulièrement classée dans le Top 10 des World Airlines Awards (4ème en 2015). Pas sûr que les compagnies du Golfe aient envisagé cette concurrence et le « partage » du trafic aérien que cela pourrait impliquer…

2ème « Renard » : Affirmer Abu Dhabi, Al Aïn et la région du Golfe comme un pôle industriel d’excellence aéronautique et militaire

Par la présence de ses trois compagnies aériennes majeures et l’accroissement progressif de leur flotte, l’industrie de la maintenance s’est développée. Preuve en est l’annonce de Zodiac Aerospace Services Middle East d’ouvrir un nouveau site le 9 novembre 2015. Les Princes sont allés plus loin, en chassant sur les terres de la maintenance pour l’aviation générale, les hélicoptères et les jets d’affaire. Le concept, présenté lors du dernier salon, réunit sur un même site maintenance, formation, hébergement de ces activités, et permet un partage complet des données de maintenance avec des sites identiques. Un concept clé en main idéal pour un déploiement international et un service sur mesure.

Pourtant la présence industrielle tarde à venir. Les premiers succès de Mubadala Aerospace, notamment avec sa filiale Strata à Al Aïn, se heurtent au modèle des flottes locales : les jumbos à forte valeur, mais à faibles volumes qui limitent la part que les industriels et constructeurs sont prêts à réaliser sur place. Cet effet est renforcé par l’absence de mutualisation de la maintenance avec des grandes flottes de monocouloirs. D’ailleurs les premiers contrats de Strata portaient sur des éléments d’Airbus A330 et A340… Limites que ne devraient pas connaître la Chine ou les régions d’Asie du Sud-Est.

Restent la Défense et les nouvelles technologies de production. Emirates Defense Industries Company, groupe industriel dédié à la Défense créé en décembre 2014, pourrait ainsi devenir un acteur majeur, en bénéficiant des transferts de technologies, de contrats d’offset et des budgets militaires de la région. Par ailleurs les nouvelles technologies de production, comme l’« additive manufacturing » qui aura toute sa place au salon avec un espace dédié et la présence du 3DPrint Show pourraient être une nouvelle opportunité pour l’industrie locale…

3ème « Renard » : atteindre Mars et se déployer sur la scène scientifique internationale

C’est l’étape la plus récente de la stratégie de développement. Elle a débuté par la fondation de l’Agence Spatiale des E.A.U. en juillet 2014. Si les infrastructures restent encore à préciser ou même à construire (pas de tir, infrastructure au sol, mise au point d’un lanceur, station de suivi…), un protocole d’accord avec le CNES a été rendu public en avril 2015, et l’ambition clairement annoncée le 6 mai 2015 avec la mission spatiale Hope : amener une sonde spatiale sur Mars à l’horizon 2020.

 

Jean-Louis Dropsy est directeur aérospatial et défense au sein du cabinet de conseil indépendant Argon consulting.

 

 

 

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

 

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