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Le Drian rappelle à l’ordre le patron de DCNS

Hassan Meddah , ,

Publié le

Rappelant que l'Etat était le principal actionnaire et premier client du constructeur naval, le ministre de la Défense n'a pas apprécié les commentaires du PDG de DCNS Patrick Boissier concernant l'impact de la loi de programmation militaire (LPM) sur ses grands programmes.

Le Drian rappelle à l’ordre le patron de DCNS © Parti socialiste

Cela s'appelle en prendre pour son grade. Patrick Boissier, PDG du constructeur naval DCNS, détenu à 64% par l'Etat, s'est fait vertement recadré par le ministre de la Défense à l'occasion d'une interview parue mercredi 25 janvier dans le quotidien Ouest-France.

D'une part, le ministre s'est montré "surpris" des commentaires de l'industriel devant le report prévu des commandes d'Etat. D'autre part, il a rappelé avec autorité les prérogatives de chacun. "M. Boissier doit rester dans le cadre de ses fonctions. Ainsi, en matière d'actionnariat, le décideur c'est moi", déclare M. Le Drian. "Je voudrais rappeler que c'est le ministère de la Défense qui est le premier client de DCNS et l'Etat le premier actionnaire de DCNS", ajoute le ministre. Il a enfoncé le clou: "quand on négocie, il vaut mieux s'adresser à ceux qui détiennent le pouvoir de décision".

Des craintes sur l’emploi

Ce cinglant rappel à l'ordre intervient alors que le parlement est en train d'examiner la loi de programmation militaire (LPM) qui doit définir les différents crédits accordés aux grands programmes sur la période 2014-2019. Le consensus affiché qui avait été de mise jusqu'ici entre les principaux protagonistes du secteur de la défense, et notamment durant les universités d'été de la défense de Pau le 9 et 10 septembre dernier où tous les industriels s’efforçaient de faire bonne figure, commence à fissurer. D'autant plus que durant leurs auditions devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, les principaux dirigeants n'hésitent pas à faire part de leurs craintes des impacts de la LPM en termes d'emplois.

Une production revue à la baisse

Lors de son audition le 18 septembre dernier, le patron de DCNS avait chiffré les pertes d'emplois potentielles liées aux étalements de commandes de ses différents programmes. La LPM repousse de deux ans l'achèvement du programme sous-marins Barracuda. "Cet étalement aurait un impact sur la charge annuelle équivalent à terme à 500 emplois pour DCNS et sous-traitants sur l’ensemble des sites", a précisé Patrick Boissier.

L'industriel s'est dit également préoccupé du rythme de production revu à la baisse pour les frégates qui passerait de 10 à 14 mois. Là encore, 500 emplois seraient menacés chez DCNS et ses partenaires. Enfin, le dirigeant a évoqué devant les députés l'opportunité de réaliser des alliances. "(...) des alliances au niveau européen indispensables face aux nouveaux entrants asiatiques sur le marché ne pourraient se faire sans une diminution de la part de l’État", a-t-il précisé devant les députés.

Il est clair que ce rappel à l'ordre adressé à Patrick Boissier vaut pour ses collègues à la tête des autres groupes de défense, Marwan Lahoud d’EADS France, Jean-Bernard Levy chez Thales, Philippe Burtin chez Nexter... pour qui l'Etat est l'actionnaire de référence ou le principal client en matière d’armement.

Hassan Meddah

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