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L'Usine de l'Energie

Le discret monsieur schiste de Total

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Directeur de Total Gas Shale Europe depuis 2010, Bruno Courme intervient sur le gaz de schiste dans les grands débats au nom du pétrolier français. Pourtant, cet ingénieur et géologue n’a jamais recherché la lumière.

Le discret monsieur schiste de Total
Le gaz de schiste a permis à la société civile de prendre sa place dans les choix énergétiques du pays.
© luc pérénom


Mercredi 3 juillet 2013. Le débat national sur la transition énergétique touche à sa fin. Malgré son hostilité naturelle au sujet, l’ex-ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Delphine Batho – limogée la veille – a été contrainte par les industriels d’organiser une conférence sur le gaz de schiste. Bien que tard dans la soirée, la salle de conférence, bondée, est acquise aux opposants. Sur scène, six participants dont un industriel : Bruno Courme, le directeur de Total Gas Shale Europe. Pendant deux heures, le public se montre offensif, voire hostile, envers les intervenants favorables à l’exploitation de cette ressource. Bruno Courme ne se retrouve jamais sur la défensive. Fermement, calmement, il répond, réplique, argumente sans jamais rien promettre. Il vulgarise sans céder à la facilité du simplisme… "Bonne volonté, résistance à l’adversité et grande intégrité", tels sont les trois qualités que lui prête Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), grand défenseur des hydrocarbures non conventionnels.

Présente dans la salle, une farouche opposante au gaz de schiste, Maryse Arditi, la responsable des questions sur l’énergie pour France Nature Environnement (FNE), admet, pourtant, avoir plaisir à débattre avec le dirigeant de la filiale du pétrolier français. "Même si nous sommes en désaccord, dit-elle, chacun apporte des arguments et nous sommes capables de les entendre." Bruno Courme partage ce sentiment : "J’ai énormément de respect pour Maryse Arditi. C’est une scientifique avec qui je peux me retrouver en matière d’honnêteté intellectuelle." Ce travail de débat, il le fait à travers toute la France : il est devenu l’interlocuteur incontournable de nombre de soirées d’informations, parfois très "chaudes", organisées dans les régions concernées par de potentiels permis d’exploration.

Même si nous sommes en désaccord, chacun apporte des arguments et nous sommes capables de les entendre.

Maryse Arditi, chargée des questions sur l’énergie à France Nature Environnement

Prudent avec les médias

Cette capacité à débattre et à résister à la pression ne figurait pas forcément sur sa fiche de poste, quand on lui propose, en 2010, de devenir le directeur de la filiale de Total. Le géologue de formation finit par accepter la fonction, considérant que le gaz de schiste n’est encore qu’un dossier purement technique. Personne chez le pétrolier n’imagine alors que le sujet va prendre une telle dimension politico-sociétale.

En quelques mots :

  • Discret Il s’est retrouvé à porter la parole de Total sur le gaz de schiste en France, mais il craint une surexposition.
  • Résistant Il est capable d’encaisser la charge d’une salle hostile, une volonté peut-être tirée de sa participation au raid la Diagonale des fous.
  • Scientifique Loin d’être un lobbyiste ou un communicant, ce géologue considère avant tout le gaz de schiste comme un sujet technique. 

Lui-même n’a pas anticipé l’ampleur médiatique du sujet. Un matin de 2011, une commerçante de son quartier le reconnaît après un passage la veille dans un journal télévisé. L’homme de 40 ans, qui chérit le secret de sa vie privée, l’invite à l’oublier tout de suite ! Cette notoriété ne lui sied pas. Il décide alors d’être plus prudent avec les médias. Il refuse aussi d’être monsieur gaz de schiste. "Je ne suis pas pro gaz de schiste. Je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut faire, explique-t-il. Je présente les enjeux et les risques. Après, c’est une question de politique énergétique et de possibilités techniques. Je me méfie des gens qui ont la foi du charbonnier." D’autant plus qu’en réalité, son travail n’est pas d’incarner la voix de Total dans le débat politique français. En tant que directeur de Total Gas Shale Europe, la majorité de son activité consiste à organiser le premier forage d’exploration de gaz de schiste du pétrolier en Europe, en l’occurrence au Danemark.

Avec trois ans d’expérience, Bruno Courme considère que "le gaz de schiste a été une bonne occasion pour permettre à la société civile de prendre sa place dans les choix énergétiques du pays". Comme il est d’usage chez Total, dans un à deux ans, de nouvelles propositions de postes lui seront faites. Il souhaite continuer dans l’énergie chez le pétrolier, mais n’exclut pas de se tourner vers d’autres dossiers que le gaz de schiste, voire d’autres énergies que les hydrocarbures. Dans son bureau, les malles à peine vidées du Nigeria témoignent que l’homme est prêt à repartir. Il a déjà travaillé en Iran, en Écosse, au Pays-Bas…

Si la suite de sa carrière l’entraîne loin, son paquetage sera léger : des dessins de son jeune fils, quelques morceaux de schiste, une paire de chaussures de course à pied… Ce dernier objet demeure indispensable à celui qui affiche à son palmarès la Diagonale des fous, l’ultra-trail se déroulant sur l’île de la Réunion. Une épreuve extrême qui explique sans doute la capacité de ce quadragénaire à encaisser les attaques, ad hominem, dont il est parfois l’objet…

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