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L'Usine Aéro

Le discret et étonnant succès de Snecma en Russie

Olivier James , , , ,

Publié le

Reportage Moins connue que son partenariat avec l’américain General Electric, la collaboration entre Snecma  et l’avionneur russe Soukhoï est un succès industriel incontestable. C’est à Komsomolsk-sur-Amour, aux confins de la Russie, qu’est assemblé l’avion régional SuperJet 100.

Le discret et étonnant succès de Snecma en Russie © Alexey Petrov

Quel lieu plus improbable que Komsomolsk-sur-l’Amour pour produire des avions ? Cette ville située au fin fond de la Russie, nichée dans l’extrémité est du pays face à l’archipel japonais, abrite pourtant une production d’avions qui pourrait faire de la Russie l’un des grands acteurs de l’aéronautique civile mondiale. Mais loin de la quiétude toulousaine dont bénéficie Airbus, l’avionneur russe Soukhoï aux manettes de ce programme d’avion régional affronte en permanence les éléments.

A Komsomolsk-sur-l’Amour, on s’accommode d’un environnement pour le moins hostile. Les rues sont lacérées par les griffes du froid, jusqu’à -40°C en hiver, et les attaques répétées des inondations en provenance d‘un fleuve qui ne porte l’amour que dans son nom. L’époque soviétique exsude par tous les pores de cette ville, d’une place dominée par la statue de Lénine aux marchés peu achalandés, en passant par des automobiles grises hors d’âge et les façades austères des bâtiments.

C’est dans cette cité perdue de plus de 250 000 âmes, bâtie dans les années 1930 sur des terres ayant appartenu à la Chine impériale, que le groupe français Snecma (groupe Safran) est allé chercher l’un de ses plus beaux succès industriel. A l’image de General Electric avec lequel le groupe s’est associé pour produire le CFM56, best-seller des monocouloirs, et aujourd’hui le Leap, Snecma a créé en 2004 la joint-venture PowerJet avec le russe NPO Saturn. Leur coup de force : avoir séduit en 2003 le groupe étatique Soukhoï, désireux sous l’impulsion de l’Etat de se développer dans l’aviation civile, afin de motoriser son avion régional de 100 places, le SuperJet 100 (SSJ100). C’est la première fois dans l’histoire de la Russie que le secteur aéronautique s’ouvrait à une société étrangère.

 

Retrouvez notre dossier spécial : Le moteur Leap de Snecma, succès annoncé de l'aéronautique

 

Une organisation industrielle moderne

Snecma et NPO Saturn coopèrent et produisent un moteur dédié, le SaM146. "A l’inverse du Leap, nous fournissons les parties chaudes et NPO Saturn les parties froides", explique Jean-François Gallardo, directeur du programme SaM146 chez Snecma. Soukhoi a aussi créé pour l’occasion une joint-venture, Sukhoi Civil Aircraft Company (SCAC), avec l’italien Alenia Aermacchi, filiale du groupe Finmeccanica. Malgré des retards et un crash intervenu en Indonésie en 2012, le projet SSJ100 est un succès : le premier avion commercial vole en Russie en 2011. Suite à la certification par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) décrochée en 2012, les vols commerciaux hors Russie commencent. Depuis, une trentaine d’appareils a été livrée à des compagnies russes et étrangères.

Tous ces avions sortent de l’usine d’assemblage située à Komsomolsk-sur-l’Amour. Ce site historiquement dédié aux activités militaires accueille la production des SSJ100 dans plusieurs bâtiments. Une dizaine de salariés de Safran y assurent une bonne intégration des moteurs sur la chaîne d’assemblage. La partie du moteur produite par Snecma est assurée sur le site français de Villaroche (Seine-et-Marne), puis acheminée à Rybinsk, près de Moscou, chez NPO Saturn qui assemble le SaM146. Si on fait fi du hangar exigu aux murs vétustes dans lequel les avions sont assemblés, cette chaîne ressemble en tous points à celles des autres avionneurs comme Airbus et Boeing. Les appareils évoluent pas à pas sur sept plates-formes dédiées à tel ou tel équipement.

Principale problématique : il faut assurer la hausse des cadences de production en raison de l’appétit des compagnies aériennes. "Nous avons produits 25 appareils en 2013 et nous en prévoyons 40 cette année, explique Sergey Maksimov, l’un des dirigeants de SCAC à Komsomolsk-sur-l’Amour. La production pourrait atteindre 50 appareils dès 2015". La ligne d’assemblage pourrait fournir 60 SSJ100 vers 2017, si le carnet de commandes, aujourd’hui de 182 avions, se maintien. Des chiffres bien loin de ceux d’Airbus, qui produit 42 A320 par mois ou de Snecma dont le Leap a déjà enregistré 6500 commandes. Reste que la Russie est bel en bien en train de se faire une place dans l’aéronautique civile.

Se faire une place au soleil

"L’ambition de Soukhoï est de détenir dans les vingt prochaines années environ 18% du marché des avions régionaux, qui devrait totaliser 6000 appareils dans vingt ans", chiffre un porte-parole du groupe. Le russe restera derrière les acteurs historiques que sont le canadien Bombardier et le brésilen Embraer, mais il compte bien se tailler une part significative du gâteau. D’autant que la flotte des avions régionaux est vieillissante et que les nouveaux programmes des avionneurs ne sont en pas encore en service, à l’instar du CS100 de Bombardier et du MRJ du japonais Mitsubishi. Un tiers seulement de la production de l’avionneur russe est dédiée au marché local, le reste étant destiné à l’exportation.

Snecma surfe ce succès russe avec appétit… Car le français aspire aux mêmes ambitions dans l’aviation régional. "L’offre du français et de NPO Saturn a été préférée il y a dix ans à celle de Rolls-Royce et de General Electric, rappelle Alexander Dolotovsky, responsable de l’activité aérodynamisme chez SCAC. Ils ont été sélectionnés car eux seuls acceptaient le risque financier et industriel et qu’ils voulaient bien produire un moteur entièrement dédié au SSJ100". Sur la base du CFM56, Snecma se lance dans l’aventure. "Le SaM146 est un moteur que nous avons voulu simple, moderne et robuste, commente Jean-François Gallardo. Son taux de fiabilité dépasse les 99,9% et il nécessite peu d’opérations de maintenance". Point de technologies avancées dans ce système propulsif, à l’image des composites tissés 3D du Leap, mais de l’efficace, du pragmatique. Les dirigeants de Snecma espèrent bien en faire un tremplin pour favoriser la diversification du groupe vers la motorisation des avions régionaux, après avoir connu le succès dans les monocouloirs avec le CFM56 et aujourd’hui le Leap. Ils auront alors su, dans l’environnement âpre de Komsomolsk-sur-l’Amour, établir une base fructueuse de l’un des projets les plus stratégiques du groupe.

A Komsomolsk-sur-l’Amour, Olivier James

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