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LE DERNIER CARRÉ DU TEXTILE DANS L'AUBE

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Enquête Même si elles restent des activités emblématiques du département, la bonneterie et le chaussant n'y emploient plus que 3 200 personnes. D'autres filières émergent pour diversifier le tissu économique.

LE DERNIER CARRÉ DU TEXTILE DANS L'AUBE
ALAIN LAUMONE,président de Tismail, fabricant de chaussettes (48 salariés, 4,6 millions d'euros de CA).
© D.R.

Il faut oublier un moment les nombreux magasins d'usines spécialisés dans le textile et l'habillement qui attirent, chaque semaine à la périphérie de la ville, des centaines de clients venus des régions limitrophes. En flânant aux abords du Bouchon de Champagne, le coeur historique de Troyes, on aperçoit encore la silhouette de nombreuses cheminées d'usines. Ce sont les ultimes symboles des entreprises de bonneterie qui assurèrent la prospérité de la ville. La filière, qui employait encore 15 000 salariés il y a dix ans dans l'Aube, n'en compte plus que 3 200... La plupart des grandes marques ont disparu. Il n'en subsiste que deux : Lacoste et Petit Bateau. Les célèbres polos en « piqué maille » sont toujours produits sur le site troyen de Devanlay, qui emploie un millier de salariés. On en compte autant dans l'usine historique de Petit Bateau, au coeur de Troyes.

L'effilochage d'une filière

Créé en 1893 par Étienne Valton, Petit Bateau a su développer sa gamme pour dépasser son segment de marché initial, les sous-vêtements pour enfants. La marque a longtemps été connue pour « la culotte sans jambe » : cette fameuse petite culotte, inventée en 1918, reçut le grand prix de l'innovation lors de l'Exposition universelle de Paris en 1937. Depuis la prise de contrôle par le groupe Yves Rocher, en 1988, Petit Bateau est devenu un véritable phénomène de mode. Revisités par les plus grands stylistes, les tee-shirts pour enfants habillent désormais l'ensemble de la famille. Si elle vend toujours chaque année 17 millions de sous-vêtements, la marque propose aussi des marinières, des marcels, des cabans, des cirés et autres tee-shirts et culottes. Une partie de ces pièces reste produite en France où l'entreprise conserve la création.

Ces deux success story ne doivent pas faire oublier les difficultés de la filière. Il y a tout juste un mois le groupe italien Gallo Spa, qui avait repris en 2003 la société familiale Doré-Doré, annonçait l'arrêt définitif d'ici à la fin novembre de la confection des chaussettes haut de gamme vendues sous la marque DD. La production sera sous-traitée en Italie où les coûts de fabrication sont inférieurs de 40 %. Ce qui entraînera la suppression de 48 des 63 emplois du site de Fontaine-les-Grès. Déjà au printemps 2010, la reprise d'Olympia par Tricotage des Vosges à Romilly-sur-Seine s'était traduite par la délocalisation du tricotage en Lorraine à Vagney (Vosges). Le repreneur, connu pour sa marque Bleu Forêt, maintient uniquement les activités logistiques (90 des 180 postes que comptait encore le site). Tismail, à Troyes, reste le dernier tricoteur de chaussettes aubois [lire ci-contre].

Un effilochage dû à l'effet de ciseaux lié aux fortes hausses des matières premières (+ 250 % sur le coton depuis 2009) et à la concurrence des produits importés de pays à faible coût de main-d'oeuvre. « Même les marchés publics sont enlevés par des producteurs délocalisés », fustigent les responsables du textile aubois. Jean-Pierre Chanteclair, le dirigeant de l'entreprise éponyme, spécialisée dans les vêtements de haut en maille (tee-shirt, sweat-shirt, marinière), constate aujourd'hui, après un début d'année optimiste, un nouveau recul de son activité. « Nous revivons l'automne 2008 et le début de la crise financière qui a entraîné une chute de 50 % de notre chiffre d'affaires », explique ce chef d'entreprise qui emploie « encore 34 personnes » à Saint-Pouange, à une dizaine de kilomètres de Troyes.

« Pour tenir, je me positionne sur le mouton à cinq pattes, c'est-à-dire des produits conçus par de jeunes créateurs qui essaient de lancer leur marque. Il s'agit de petites séries pour lesquelles la notion de prix de revient n'est pas prépondérante. Dès que ces créations connaissent un certain succès, et que leurs volumes augmentent, leur production est délocalisée », regrette Jean-Pierre Chanteclair. L'entreprise, également présente sur le marché du vêtement d'image et professionnel, enregistre un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros, dont 30 % au Japon. « Le label made in France reste un atout sur ce marché où je réponds à des demandes bien spécifiques de stylistes asiatiques, explique Jean-Pierre Chanteclair. Il devient toutefois de plus en plus difficile de produire en France : les tisseurs et les ennoblisseurs disparaissent peu à peu. »

Résistance et diversification

Pour autant, le secteur textile-habillement montre quelques signes positifs de relocalisation d'activité à forte valeur ajoutée. C'est ainsi que Le Coq sportif vient de recréer un centre de recherche employant 30 personnes sur son site historique de Romilly-sur-Seine. D'autres aussi résistent tels TF Création, qui fabrique des tissus techniques destinés à l'ameublement, l'aéronautique, les salles de spectacles, etc. De telles entreprises, spécialisées dans les textiles techniques, n'emploient que 6 % de l'effectif de la filière auboise. « Les derniers dinosaures que nous sommes survivent encore, mais si rien ne change, ils vont mourir », déclarait il y a quelques mois Jean-Dominique Regazzoni, le président de l'Union des industries textiles de l'Aube, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il avait alerté les pouvoirs publics sur la situation critique du secteur.

L'Aube mise aujourd'hui sur d'autres filières, notamment l'agroalimentaire (fromage, chocolat, charcuterie et champagne). Le groupe Soufflet vient ainsi d'investir 45 millions d'euros dans la plus grande malterie d'Europe, à Nogent-sur-Seine. Le département ne manque pas d'entreprises performantes. À l'instar de Petitjean à Saint-André les Vergers, l'un des leaders européens de la fabrication de mats métalliques pour le transport d'énergie et les télécommunications. Ou de Vachette (Assa Abbloy) qui consacre chaque année 2,5 millions d'euros à la création de modèles de serrures de sécurité. De même le groupe Simpa, à Vendeuvre-sur-Barse, spécialisé dans les portes et fenêtres en PVC, se développe tant par croissance endogène que par des rachats. Il a ainsi repris l'an passé les activités de son concurrent lorrain Fermoba.

« Des marchés de niche »

ALAIN LAUMONE, président de Tismail, fabricant de chaussettes (48 salariés, 4,6 millions d'euros de CA).

Comment résister à la concurrence des pays à faibles coûts de main-d'oeuvre ? La créativité, l'innovation, avec des matières originales, et un réassortiment des produits sous quatre jours constituent nos principaux atouts face à une concurrence essentiellement centrée sur les prix. Nous travaillons en flux tendus, gérant la logistique et les stocks pour nos clients. Comment voyez-vous l'avenir ? Il est nécessaire de ne plus se positionner sur des marchés de volumes, mais sur ceux de niches. Nous nous diversifions sur des chaussettes techniques. Quelles relations avez-vous avec la grande distribution ? Elle assure des volumes et couvre l'essentiel des charges de fonctionnement, même si les marges sont faibles voire nulles. La grande distribution évolue et recherche des produits de qualité et un service que nous lui offrons.

4 millions

de personnes sont recensées chaque année dans les magasins d'usine de l'agglomération troyenne. Ces derniers emploient 1 400 salariés pour un chiffre d'affaires de 250 millions d'euros.

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