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Le défricheur de l’incertain

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Publié le

Père du Nabaztag et de Mother, les objets connectés français parmi les plus emblématiques, Rafi Haladjian aime avant tout défricher les territoires technologiques. Pour se sentir au cœur de l’histoire.

Le défricheur de l’incertain
Je ne suis ni un entrepreneur ni un innovateur.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Derrière sa barbe et sa paire de lunettes rondes, impossible de ne pas reconnaître Rafi Haladjian. On l’identifie au premier coup d’œil, tout comme son lapin Nabaztag. Conçu en 2006 avec Olivier Mével, au sein de l’entreprise Violet, ce fut l’un des premiers objets connectés au monde. Huit ans plus tard, celui qui aime à se définir comme un Arménien libanais se consacre entièrement à sa nouvelle société, Sen.se, qui a développé la plate-forme d’objets connectés Mother. La seule digne d’intérêt dans ce secteur, selon lui, avec l’américain Nest et son thermostat intelligent, avalé par Google en janvier. Au lieu de concevoir un objet avec une fonction spécifique comme une brosse à dents ou un pèse-personne, Rafi Haladjian a créé un dispositif qui glane les données qu’émettent les objets reliés entre eux par des capteurs. La matriochka Mother succède ainsi au Nabaztag. "C’est la suite logique de toutes les étapes précédentes de mon activité, explique-t-il. Défricher des nouvelles technologies dans le domaine des réseaux et de leurs usages et passer du stade expérimental à celui de la maturité industrielle."

Défricheur, c’est le qualificatif qu’il préfère. "Je ne suis ni un entrepreneur ni un innovateur." Pourtant, Sen.se est la 17e société qu’il dirige. Bien avant les objets connectés, il a été parmi les premiers à s’intéresser à internet et a lancé le fournisseur d’accès Francenet en 1994. Il a aussi entamé la couverture de Paris en Wi-Fi, dès 2004, avec son réseau Ozone. "Il a une vraie attitude de pionnier, résume Frédéric Potter, le PDG de Netatmo. Il travaille toujours sur des sujets incertains, à la pointe de ce que l’on sait faire. Parfois, ça réussit, parfois c’est trop en avance."

Un parcours atypique

Rafi Haladjian fait partie de ceux qui ont souvent raison avant tout le monde. Sa recette ? Elle tient dans ce qu’il décrit comme une pratique journalistique de l’entrepreneuriat : "Depuis mes débuts, j’ai pris l’habitude de rentrer dans les boutiques les plus improbables, dans le monde entier, pour voir ce qui se vendait." Ensuite, il déploie pour évangéliser. Ozone et le Nabaztag avaient pour but d’étendre le concept des objets connectés. "Ça n’a pas forcément démocratisé l’idée, estime Olivier Mével. Mais sans cela, nous n’aurions peut-être pas l’écosystème français d’objets connectés actuel."

Rafi Haladjian affirme avoir vécu la meilleure période de sa vie durant son adolescence dans les années 1970, à Beyrouth, où "pleuvaient des bombes." Le vrai traumatisme sera son arrivée en France en 1979, face aux autres lycéens qui rentraient de vacances en Corse et ne pensaient qu’à y retourner l’année suivante. De sa jeunesse libanaise, il garde l’envie d’être toujours au cœur de l’histoire. "Mais je suis un lâche, explique-t-il. Ma révolution est technologique et sociétale." Provocation ? Pas forcément, répondent ceux qui le connaissent. "C’est un vrai anarchiste qui refuse toute forme de domination, un homme profondément libre, estime Frédéric Potter, en concurrent admiratif. Et il se trouve que dans le cynisme ambiant de la high-tech, la sincérité de sa démarche, sa lucidité et sa fraîcheur sont atypiques." Mais il est assez intelligent, diront d’autres, pour avoir compris l’impact médiatique de ses déclarations. "Au quotidien, il est un peu difficile à pratiquer, avoue Olivier Mével. Mais il n’est pas autiste ! Simplement quelqu’un de pas extrêmement démonstratif."

Rafi Haladjian a un CV atypique. Il n’est passé par aucune école d’ingénieurs. Il a commencé par une formation dans le cinéma, mais ne voulait pas continuer dans une voie où "tout avait déjà été fait". Il a enchaîné avec la linguistique et la sémiologie. À 20 ans, il tombe sur un livre fondateur pour lui et pour beaucoup de personnes de sa génération : "Le choc du futur", d’Alvin Toffler, qui décrit la nouvelle ère technologique en passe de succéder à l’ère industrielle, la saturation d’informations, l’isolement des individus… Pour compléter son cursus, il s’inscrit presque par hasard en télématique. La suite, ce sera une opportunité étonnante qui le fera passer de jeune employé doué pour le Minitel chez Publications Nouvelles à patron, puis propriétaire. Jusqu’à Mother, aujourd’hui. Pour ce projet, il passe la moitié de son temps à Shenzhen, où il suit chaque détail de l’assemblage des objets. Mais il aime aussi traîner dans les dizaines de micro centre-villes de la mégapole chinoise dont il raffole, comme la nouvelle classe moyenne.

En quelques mots

  • Débutant Dans les années 1970, il crée sa première entreprise et tourne un documentaire sur Eugène Ionesco, puis sur Italo Calvino.
  • Technologue En Arménie, au début des années 1990, un chercheur lui montre comment il utilise internet pour communiquer avec ses pairs dans le monde.
  • Pragmatique Pour fabriquer Mother, il s’est d’abord adressé à trois sites français. Mais il n’a pas donné suite car ils lui réclamaient bilans et business plans.

Il a une vraie attitude de pionnier. Il travaille toujours sur des sujets incertains. Parfois ça réussit, parfois c’est trop en avance.

Frédéric Potter, PDG de Netatmo

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