L'Usine Energie

Le débat sur la transition énergétique multiplie les incohérences

Ludovic Dupin

Publié le

Des régions qui devancent l’organisation centrale, un comité d’entreprises de l’énergie qui reste à former, un parlement qui doute de sa représentativité et… un cadrage présidentiel très étroit : le débat sur la transition énergétique peine à trouver sa cohérence.

Le débat sur la transition énergétique multiplie les incohérences © Swisscan - Flickr - C.C.

Officiellement lancé le 29 novembre 2012, le débat national sur la transition énergétique voit son parlement se réunir pour la deuxième fois ce jeudi 24 janvier. "La phase d’installation est terminée […] Aujourd’hui, il y a le lancement de la matière intellectuelle et technique", décrit Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Un déroulé parfaitement maîtrisé. Voire !

Certaines régions n’ont pas attendu le feu vert de la ministre pour démarrer leurs propres travaux, chacune à sa façon, sans aucune cohérence méthodologique. "Cinq régions sont déjà en avance : Pays de la Loire, PACA, Rhône-Alpes, l’Aquitaine et l’Ile de France", se réjouit Bruno Rebelle, membre du comité de pilotage et ex-président de Greenpeace. Elles commencent déjà à faire remonter leurs propositions au parlement du débat. Outre ses propres travaux, celui-ci devra en plus faire la synthèse avec les suggestions des citoyens émises lors de "journées énergie", les 29, 30 et 31 mars, et pendant une "journée citoyenne", le 25 mai… Un exercice de haute voltige en perspective !

Une démarche très large, inédite, mais mal contrôlée

En théorie, le comité d’experts et le comité des entreprises de l’énergie doivent aider le parlement à faire ce tri. Mais, ces derniers ne semblent pas à la fête. Alain Grandjean, président du comité des experts, lance prudemment : "Il ne faut pas se noyer dans 10 000 considérations". Ouf… mais il ajoute que "sur ces grands sujets sociaux [NDLR : le débat sur l’énergie], ce ne sont pas les experts qui peuvent donner la solution". N’est-ce pourtant pas leur rôle ? Quant au comité des entreprises de l’énergie, c’est plus simple, il n’est pas en place ! Ce que justifie Anne Lauvergeon, membre du comité de pilotage et ex-présidente d’Areva : "La liste des entreprises concernées est énorme. On a défini un noyau dur". On y retrouve les grands énergéticiens nationaux, des grands électro-intensifs et des syndicats professionnels… Mais comme ils ne seront en ordre de bataille que le 31 janvier, ils n’auront pas eu leur mot à dire sur l’organisation du débat.

Reconnaissons au comité de pilotage du débat l’ambition de se lancer dans une démarche très large et inédite. Mais mal contrôlée. De quoi soulever nombre de questions. A l’été, le parlement du débat doit remettre au gouvernement ses recommandations pour une loi de programmation énergétique prévue en septembre ou octobre 2013. Comment seront établies ces recommandations ? Par vote ou par consensus ? Selon Laurence Tubiana, directrice de la chaire Développement durable de Sciences Po Paris, une large partie du parlement s’oppose à un vote, estimant que le parlement n’est pas représentatif de la société française. Dommage, pour l’organisme au cœur du "débat citoyen"…

Heureusement, pour ceux que la complexité du débat pourrait effrayer, sa fin est déjà connue. Comme Delphine Batho aime à le rappeler, il ne s’agit pas d’un débat sur l’énergie mais sur la transition énergétique. Traduire : le président de la République a déjà tranché sur les principaux enjeux de l’énergie en France : part du nucléaire à 50 %, interdiction des hydrocarbures de schiste, deuxième appel d’offres éolien offshore, plan éolien et solaire, appel d’offres hydrolien, loi Duflot sur la rénovation thermique de 500 000 bâtiments, mise en service de l’EPR de Flamanville… Laurence Tubiana s’oppose à ce raisonnement : "Le débat n’est pas plié, la loi n’est pas écrite et les recommandations ne sont pas rédigées". A voir.

Ludovic Dupin

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1 commentaire

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30/01/2013 - 10h49 -

Le DNTE multiplie les incohérences. Ce titre est-il un truisme ou un indice révélateur ? La source des incohérences est-elle dans le DNTE ou bien se situe-t-elle ailleurs, dans les règles et les usages qui gouvernent nos modes de production et de consommation, et qui déterminent en définitive nos choix de vie et notre destin collectif ? Le DNTE n'est-il pas finalement le creuset ou se focalisent toutes les contradictions, tous les conflits d'intérêt... qu'il est un peu simpliste de nommer incohérences ? N'avez vous jamais entendu un jeune quadra, en pleine réussite professionnelle, lacher dans un soupir: "Etre performant, c'est supprimer des emplois !" ? Ou encore, depuis la tarte à la crème de l'externalisation des activités qui ne sont pas "coeur de métier de l'entreprise"... N'avez vous jamais rencontré un informaticien brillant qui constate sans fierté particulière, "je suis devenu un marchand de viande ! je suis spécialiste du théorème de Shannon et du phénomène de repliement de spectre... mais pour faire ce que je fais, ce n'etait pas vraiment nécessaire ! " ? N'avez vous jamais remarqué que la recherche éperdue de la compétitivité se fait toujours du coté de la réduction du "coût du travail"... sans jamais évoquer le "coût du capital", (qui, en dividendes, intérêts d’obligations, et rachat d’actions, est supérieur aux cotisations sociales) ? Le discours du Medef sur les "charges sociales" revient à nier une des bases de l'économie: les dépenses des uns sont les revenus des autres ! Pourquoi occulter que les cotisations sociales, (c a d un salaire differé, et non pas seulement... "des charges"), financent les revenus de millions de gens: professions de santé, retraités, et personnes privées d'emploi. Les considérer comme des "charges nuisant à la compétitivité"... est une appréciation arbitraire qui considère seulement une catégorie de coûts, en ignorant les autres. Cela fait plus de 15 ans que le physicien et sociologue Philippe Roqueplo a publié son "petit livre rouge" : Entre savoir et décision, l’expertise scientifique. http://www.quae.com/fr/r442-entre-savoir-et-decision-l-expertise-scientifique.html Il est navrant de constater que les propositions concrètes pour nourrir le débat public contradictoire que contient cet ouvrage sont restées lettre morte. Il est vrai qu’elles avaient un grave défaut : celui de consacrer le rôle prééminent de la puissance publique, notamment lorsque la résultante des intérêts individuels ne coïncide pas avec l'intérêt general, avec des choix forts comme celui de désacraliser le "secret des affaires" et de le subordonner autant que nécessaire à l’intérêt général ! Il ne s'agit point de "vieilles lunes"... pour reprendre l’expression favorite de Denis Kessler, à propos du programme du Conseil National de la Résistance, un programme conçu pour "assurer la sécurité", (sociale... sanitaire), et qui ne pouvait donc que déplaire à un "champion de la modernité", et accessoirement... patron de compagnie d’assurance !
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