Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Matières premières

Le débat public sur Montagne d'Or est (vraiment) ouvert

Myrtille Delamarche , ,

Publié le , mis à jour le 14/03/2018 À 08H42

Officiellement ouvert le 7 mars, le débat public sur l’ouverture d’une mine d’or industrielle en Guyane n’avait pas vraiment démarré, faute de publication du dossier par le maître d’ouvrage, la Compagnie minière Montagne d’Or (CMO). Le document, désormais accessible en ligne, comporte des précisions sur les retombées du projet mais peu d'informations nouvelles.

Le débat public sur Montagne d'Or est (vraiment) ouvert
La porteurs du projet Montagne d'Or en Guyane ont publié le dossier du maître d'ouvrage, qui doit servir de base au débat public.
© Guyane 1ere

Sommaire du dossier

La Compagnie Montagne d’Or (CMO), filiale du russe Nordgold et du canadien Columbus Gold, a rendu sa copie à la Commission nationale du débat public (CNDP), chargée de l'organisation des échanges sur ce projet de mine d'or industrielle en Guyane. C’est un document de 122 pages, désormais accessible au public, qui détaille le contexte du projet et les infrastructures prévues sur le site (fosse d’extraction et verses à stériles, parc à résidus, usine de traitement, base-vie, voie d'accès et alimentation en énergie), qui s’étendra sur 800 hectares. Qu'y apprend-on?

Une mine responsable, sans excès de zèle

CMO s'engage à respecter le principe de "mine responsable" défini dans la "Stratégie nationale pour la transition écologique et le développement durable 2015- 2020" (SNTEDD), adoptée en Conseil des ministres le 4 février 2015. Sur ce site de 800 hectares (équivalant à 0,35% des surfaces faisant l’objet d’un permis minier ou d’une autorisation d’exploiter en Guyane en 2016, précise CMO) qui ambitionne d'extraire quelque 85 tonnes d'or sur douze ans, la cyanuration sera réalisée en circuit fermé, selon les "meilleures techniques disponibles", comme l'exige la réglementation. Une unité de décyanuration abaissera le taux de cyanure dans les résidus sous le seuil légal de 10 parts par million (1g/tonne).

On constate dans ce document que les porteurs du projet ont rapidement écarté les alternatives au cyanure pour le traitement du minerai. "Des essais de lixiviation au thiosulfate ont été effectués sur des minerais aurifères de Dieu Merci, en Guyane, par la société Auplata en 2009. Les rendements de ces essais se situent entre 60 et 70%, ce qui signifie qu’une part importante de l’or contenu n’est pas récupérée. Ces résultats moyens, associés à des coûts élevés de production, ont conduit cette société à revenir vers les techniques plus conventionnelles de cyanuration en cuve fermée" dont le rendement (taux d’or récupéré) atteint 93,8%, explique CMO. La minière cite aussi des travaux de la Commission européenne qui concluaient en mars 2017, après étude de 11 alternatives au cyanure, qu'il n'existait "aucune alternative technologique viable économiquement".

Le principal risque du projet réside donc dans les bassins de résidus, dont les digues peuvent se rompre et provoquer des fuites de boues polluées, comme à Samarco au Brésil. Pour pallier ce risque, Montagne d’Or adoptera une architecture de construction des digues plus sûre que celle en vigueur sur le site brésilien : la méthode dite "aval", dans laquelle les matériaux rehaussant la digue sont ajoutés à l’exterieur, et non dessus. Ce qui exige plus de matériaux, donc coûte plus cher, mais stabilise l’ouvrage en élargissant sa base. CMO a également étudié la faisabilité d’un stockage du minerai préalablement séché. Cette solution a l’avantage de rendre les digues inutiles, donc de réduire les risques, mais il est très énergivore. Le surcoût énergétique n’est néanmoins pas chiffré dans le dossier. Pour tenir compte du climat dans la conception des infrastructures, notamment pour la stabilité des parcs à résidus, les données hydrauliques ont été conçues sur la base des données météo réelles entre 1993 et 2015. Les eaux de ruissellement ayant été en contact avec les résidus seront réutilisées en priorité dans le traitement du minerai.

Les travaux de réfection de la piste Paul Isnard (voie d’accès au site) et d’aménagement de la ligne électrique nécessiteront le défrichement d’une emprise de 682 ha (couverts pour 25% de forêt primaire). Le site lui-même, "bien que très dégradé, présente de nombreuses espèces végétales et animales (plus de 2000 espèces ont été inventoriées durant l’étude de l’état initial), dont 127 espèces protégées à l’échelle régionale (115 espèces d’oiseaux, 7 espèces de mammifères et 5 espèces végétales)", précise le dossier du maître d'ouvrage, qui s'engage à réduire l'impact et à compenser celui qui ne sera pas évitable.

La CNDP a tout de même décidé de faire intervenir des experts indépendants sur la cyanuration et l'hydrogéologie, et précise que "des fiches thématiques, notamment sur la prévention et la gestion des risques, la préservation de la biodiversité et les conditions sociales de la mise en oeuvre éventuelle du projet" devront accompagner ce dossier.

750 emplois directs

L’usine est prévue pour traiter 365 jours par an les 12 500 tonnes de minerai qui doivent être extraits quotidiennement, soit 4,5 millions de tonnes par an (pour en extraire 6,7 tonnes d'or). Pour faire fonctionner le site 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, deux équipes assureront des journées de 12 heures chacune sur 4 jours puis 3 jours, suivis de 7 jours de repos durant lesquels elles seront remplacées par deux autres équipes.

En phase d’exploitation, 750 emplois directs à temps complet sont prévus, pendant au moins 12 années, dont environ 650 créés directement par la CMO et une centaine chez les sous-traitants permanents (base-vie, usine d’émulsion pour les explosifs sur site, parc de carburant). Montagne d’Or devrait employer 294 conducteurs d’engins, 73 chargés de maintenance, 27 ingénieurs et géologues, 127 salariés à l’usine dont 27 au laboratoire, et 193 personnels administratifs et des services généraux.

L’objectif est de recruter localement plus de 90% des salariés, grâce à un ensemble de formations qui ont déjà démarré. En partenariat avec les autres minières locales, l’École des Mines de Nancy, l’Université de Lorraine et l’Université du Québec à Montréal, CMO soutient deux filières, la licence professionnelle VALORESS et l’école technique des mines et carrières de Guyane. Entre 50 et 100 personnes seront formées par an.

Raccordement au réseau EDF

Les besoins en électricité du site sont estimés à 20 mégawatts, soit 18,5 MW pour l’usine de traitement du minerai (dont 14 MW pour le dispositif de broyage), et 1 MW pour la base-vie et les infrastructures annexes. La consommation est estimée, en pointe, à 135 GWh par an, ce qui représente un peu moins de 10% des capacités de production en Guyane à l’horizon 2023.

Plutôt que de transporter d’importantes quantités de carburants depuis Dégrad des Cannes et de recourir uniquement à des ressources fossiles, la CMO a privilégié un raccordement au réseau EDF. Elle prendra en charge la construction d’une ligne électrique aérienne de 90 000 volts construite sur 106 km, le long de la piste de Paul Isnard. Des panneaux solaires installés sur les toits des bâtiments devraient fournir 440 kW complémentaires à la base-vie (en considérant un rendement de 14%).

L’investissement sur toute la durée de vie du projet Montagne d’Or est prévu à 782 millions d’euros : 502 millions d’investissement initial en 2020-21, 221 millions d’euros de réinvestissement pendant les années d’exploitation et 59 millions pour la réhabilitation du site après fermeture.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

1000 INDICES DE REFERENCE

  • Vous avez besoin de mener une veille sur l'évolution des cours des matières, la conjoncture et les coûts des facteurs de production
  • Vous êtes acheteur ou vendeur de produits indexés sur les prix des matières premières
  • Vous êtes émetteur de déchets valorisables

Suivez en temps réel nos 1000 indices - coût des facteurs de production, prix des métaux, des plastiques, des matières recyclées... - et paramétrez vos alertes personnalisées sur Indices&Cotations.

 

LES DOSSIERS MATIERES

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle