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L'Usine Energie

Le Cyclope 2017 annonce des vents contraires sur les marchés de matières premières

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

"Vent d’Est, vent d’Ouest". Le rapport Cyclope 2017, rendu public le 15 mai, emprunte son sous-titre à Pearl Buck et affiche en couverture une girouette pour souligner les influences contraires de la Chine et des Etats-Unis, dans un jeu de rôle inversé qui voit la Chine célébrer la mondialisation tandis que les Etats-Unis et le Royaume-Uni en reviennent. Dans cette tempête, que faut-il retenir du Cyclope 2017 ?

Le Cyclope 2017 annonce des vents contraires sur les marchés de matières premières © DR

"Jamais le monde n’a été aussi instable, qu’il s’agisse des marchés des changes, des produits financiers et bien sûr des matières premières." Philippe Chalmin, son nouveau co-directeur Yves Jégourel et l’aréopage d’experts des matières premières du Cercle Cyclope prévoient une météo changeante sur les commodités. "Plus que jamais, les deux moteurs de l’économie mondiale restent les États-Unis et la Chine dont les échéances politiques ont dominé et dominent encore la scène internationale. L’affrontement brutal de ces ‘vents’ d’Ouest et d’Est est particulièrement imprévisible et risque de mettre à dure épreuve une mondialisation un peu partout contestée par la montée des populismes."

 

 
Previsions Cyclope 2017
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Traditionnellement sous-titré d’après une œuvre littéraire, le rapport Cyclope remet à l’honneur Pearl Buck, une auteure "un peu oubliée, mais qui fut la première femme prix Nobel de littérature en 1938", rappelle l’économiste féru de lettres. Dans ce roman dont l’intrigue se situe dans la Chine des années 1920, à la veille de la révolution communiste, la romancière raconte l’affrontement entre culture ancestrale et ouverture au monde, entre gardiens de la tradition mandarinale et chinois occidentalisés.

"Le vent d’Est, c’est la Chine de Xi Jinping, qui arrive à mi-mandat et où se tiendra bientôt le congrès du parti. Elle se maintient en ordre de marche, avec une croissance comprise entre 5% et 7%, et reste un acteur majeur de la plupart de nos marchés, comme importateur mais aussi de plus en plus comme exportateur. Ce vent d’Est ne saurait oublier la Russie de Vladimir Poutine et le rôle qui est le sien dans le grand jeu qui se déroule dans la zone Moyen-Orient, et ses conséquences sur les accords pétroliers", explique Philippe Chalmin, qui juge ces vents d’Est "relativement prévisibles".

"Moins prévisible est le vent d’Ouest que soufflent les Etats-Unis de Donald Trump, qui à la fois restent un moteur de croissance économique mondiale, mais qui ouvrent les vannes du renouveau énergétique américain avec les gaz et huiles de schistes et annoncent un retrait des engagements environnementaux dans ce que je vois moins comme un retour au protectionnisme qu’un repli sur soi. Ce vent de fraîcheur a pour objectif de tuer le cycle de Doha de l’OMC", affirme Philippe Chalmin. Si tant est que ce cycle ne soit pas déjà mort…

Un jeu macroéconomique "à positions renversées"

"Il est assez paradoxal que début 2017, à Davos, ce soit le Chinois Xi Jinping, lui-même engagé dans la reconquête chinoise de l’Asie, qui se soit fait le chantre d’une mondialisation de plus en plus critiquée sur les autres continents", notamment par Donald Trump aux Etats-Unis, relèvent les auteurs du Cyclope. Ce que Philippe Chalmin qualifie de " jeu à position renversée".

Trois nouveaux chapitres font leur entrée dans cette bible des matières premières révisée annuellement. La vanille, une commodité "au cœur d’une bulle spéculative inquiétante" ; le sport, parce que "au-delà d’un certain nombre de millions de prix de transfert, le joueur de football devient une commodité", explique Philippe Chalmin, et la météo dont les caprices de plus en plus inquiétants est sans conteste "une variable clef des marchés mondiaux".

Que dit le Cyclope 2017?

"Dans les secteurs qui intéressent les lecteurs de l’Usine Nouvelle", le rapport Cyclope 2017 retient les quelques bilans qui suivent :

  • On assiste à un retour à meilleure fortune chez les mineurs, tandis que nombre de maisons de trading font face à des difficultés, dans un secteur des commodités qui a globalement connu un retrait et un recul d’intérêt de la part des investisseurs.
  • En raison de la course aux volumes des géants miniers, le cours du minerai de fer ne devrait pas se redresser durablement, malgré le rebond observé en 2016 (+85%, contre -40% en 2015).
  • Les ferrailles ne pouvaient que se redresser, après une année 2015 terrible. La filière électrique ne bénéficie pas pour autant de tout l’avantage que devrait lui conférer la préoccupation environnementale grandissante.
  • A la surprise générale, les prix spot du charbon métallurgique ont quadruplé entre janvier et novembre 2016. Une envolée due aux restrictions de production excédentaire en Chine (qui décideront aussi de sa bonne santé en 2017) et à des interruptions de production en Australie.
  • Sur le marché de l’acier brut, les Cassandre ont eu raison de douter de la capacité de la Chine à tenir ses promesses. Si le nombre d’unités de production a bien été réduit, ce n’est pas le cas des volumes, en hausse de 1,2% sur 2015.
  • C’est aussi la Chine qui conserve les clés du marché de l’aluminium, avec une production qui devrait augmenter de 7,1% tandis que la demande globale ne progresserait que de 4,2%.
  • Le cuivre "a déjoué tous les pronostics", avec des cours en dents de scie sur le premier semestre 2016 qui ont profité à plein des annonces de Donald Trump sur un gigantesque plan d’infrastructures. Le métal rouge voit son avenir en vert, tant il est nécessaire à la transition énergétique : 4 à 12 fois plus de cuivre est utilisé pour produire une même unité d’énergie qu’à base de fossiles.
  • Le cours de l’étain a progressé de 46% en un an, malgré un excédent d’offre. La production, en nette baisse en 2016, devrait se reprendre en 2017, sans effacer le risque de déficit annoncé à compter de 2018, en raison de la forte demande portée par le secteur électronique.
  • Le nickel a vécu une année contrastée, avec un premier semestre morose suivi d’une nette amélioration portée, entre autres, par les soubresauts de la politique environnementale aux Philippines (10% de la production mondiale). Son cours au LME finit l’année à +28%.
  • Les batteries ont porté le marché du plomb, de plus en plus issu du recyclage (58,1% en 2016, contre 57,8% l’année précédente). La production minière, elle "poursuit son repli" et les  prix devraient restés orientés à la hausse.
  • Le zinc "a brillé de tous ses feux en 2016", avec un prix moyen sur l’année en hausse de 8,4% sur 2015 qui rend peu justice à une progression annuelle de 64% entre janvier et décembre 2016.
  • Sur un marché assez opaque, les prix du lithium ont augmenté de quelque 80% par rapport à leur prix moyens de 2015. Une bonne nouvelle pour le développement d’une filière du recyclage aujourd’hui non rentable, alors qu’elle va rapidement être indispensable. A moins que de nouveaux gisements viennent à nouveau stabiliser le marché.
  • La Chine garde la main sur les marchés des terres rares, avec 83% de la production mondiale, sans compter la production illégale, estimée entre 10% et 40% des volumes légaux. Les cours continuent néanmoins de baisser, mais à un rythme moindre que les années précédentes.
  • Le prix annuel moyen du titane continue de dégringoler, malgré la demande aéronautique. L’avènement d’une filière complète de production et de recyclage en France fait de notre pays le deuxième producteur mondial de pièces en titane pour ce secteur.
  • Les platinoïdes ont atteint des planchers début 2016 avant de se reprendre. Délaissés par la bijouterie et de plus en plus portés par l’industrie (63% de la demande en 2016, contre 56% en 2012), le platine, le palladium et le rhodium devraient connaître des jours meilleurs avec le renforcement des normes anti-pollution automobiles et la hausse de la demande dans la chimie, la santé et l’électronique.

Trumpenergetics

Dans l’énergie, "l’avènement du néo-président Trump est évidemment l’élément le plus potentiellement perturbateur", affirment les auteurs du Cyclope, tandis que l’Opep et la Russie faisaient "des efforts pour recréer du pouvoir de régulation". Sur les "Trumpenergetics", le Cercle Cyclope constate "très prosaïquement" que les mines de charbon comptent 66 000 emplois, contre 260 000 dans la filière solaire, qualifiant le discours du président américain sur l’indépendance énergétique de "post-vérité", celle-ci ayant fait un bond sous la mandature de Barack Obama avec la révolution des pétroles et gaz de schiste.

  • Le Cyclope prévoit un cours moyen du baril de pétrole Brent à 54 dollars et une remontée timide de la production américaine. Les auteurs rappellent également la bonne année du raffinage, qui a bénéficié de la baisse des cours (-16%) et permis aux compagnies intégrées de compenser les baisses de marges dans l’exploration-production. Ainsi, Total a enregistré en 2016 un taux de rentabilité sur capitaux employés (Roace) moyen de 38,1% dans le secteur raffinage-chimie, contre 3,4% pour l’amont. Ce Roace reste pourtant inférieur à celui de 2015, notamment en raison du rebond des cours du pétrole suite à l’application de l’accord de l’Opep et de onze autre pays sur une limitation de la production.
  • Les prix du gaz, qui ont encore chuté en 2016 (-27% pour le NBP européen) confirme la lente décorrélation entre pétrole et gaz.
  • Le charbon vapeur, enfin, a surpris tout le monde en doublant en 2016 après cinq années de baisse continue des prix. Une hausse brutale due à une réforme de la production chinoise "qui a poussé les électriciens chinois à s’approvisionner sur le marché international". Aux Etats-Unis, malgré les promesses de Donald Trump, le charbon va avoir du mal à résister à la concurrence du gaz de schiste à bas coût.

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