Le cuivre sonne-t-il le glas de l'économie globale ?

Si le métal rouge est vraiment un indicateur avancé, la chute brutale de son cours annonce une récession profonde et généralisée.

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Le cuivre sonne-t-il le glas de l'économie globale ?
Le cuivre sonne-il le glas de l'économie globale ?

Si le métal rouge est vraiment un indicateur avancé, la chute brutale de son cours annonce une récession profonde et généralisée.

Tombée en séance à 4 099 dollars, la cotation officielle de la tonne de cuivre à 3 mois était retombée le 22 octobre à son niveau d'il y a trois ans à 4 280 dollars. Une nouvelle baisse plus liée à la bonne forme du dollar et à une nouvelle dégringolade des marchés action, qu'aux évolutions des stocks de métal rouge ou à des nouvelles spécifiques au cuivre. Après avoir touché son niveau du 30 novembre 2005 le prix du cuivre pourrait poursuivre sa baisse jusqu'à 3 500 dollars, estime la dernière note de JP Morgan.





« Parce qu'il est utilisé dans une très large gamme de marchés finaux, de la construction aux télécoms, des infrastructures énergétiques à l'électronique grand-public, les variations dans le prix du cuivre sont souvent perçues par les commentateurs économiques comme renfermant d'importantes informations sur les perspectives globales de l'économie », rappelle Kevin Norrish de Barclays Bank. Alors, que signifie une chute des cours de 40% en 1 mois par rapport à l'économie globale ?

Depuis deux ans, constate Norrish, le rapport entre le niveau des stocks et l'évolution des cours a été relativement constant. Avec des stocks globaux d'environ 205 000 tonnes, les prix du cuivre ont évolué dans une fourchette comprise entre près de 7 000 et un peu plus de 8 000 dollars. Or les cours sont aujourd'hui de plus d'un tiers inférieurs au bas de cette fourchette. Ce qui signifie que le marché du cuivre semble prendre en compte une hausse à venir dans un court laps de temps de 400 000 tonnes des stocks. Du jamais vu depuis avril 2004. A mettre en comparaison avec les 55 000 tonnes d'augmentation des stocks au 3e trimestre, une période saisonnièrement de faible consommation.

Le scénario attendu par les marchés, souligne Norrish, est d'autant plus surprenant que la production de cuivre est toujours perturbée par une suite d'incidents et ne progresse que très faiblement. La chute des cours a de plus fortement affaiblie l'offre de déchets cuivreux, ce qui devrait ralentir le raffinage au début de l'année prochaine. Contrairement à l'aluminium, Norrish estime qu'il n'existe pas de stocks de cuivre « off-warrant » (non-disponibles) qui puisse être rapidement livrés aux entrepôts du LME. Seule donc une récession globale pourrait provoquer une chute de la demande susceptible de faire grimper les stocks à un niveau justifiant la chute actuelle des cours.

Un marché en surplus

Les derniers chiffres publiés par l'International Copper Study Group (ICSG) indiquent une réduction du déficit du marché du cuivre pour les 7 premiers mois de l'année. Durant la période comprise entre janvier et juillet la consommation mondiale de métal raffiné a augmenté de 2,3% par rapport à l'année précédente, à 10,7 millions de tonnes (Mt). La demande chinoise, sensiblement revue à la baisse, a cependant augmenté de 12%. Dans le même temps la production de cuivre raffiné s'appréciait de 2,7% pour atteindre 10,7 Mt, ce qui entrainait une baisse du déficit de 90 000 tonnes en 2007 à 55 000 tonnes. Toutefois, ces chiffres s'ils sont ajustés pour tenir compte des variations saisonnières indiquent un surplus de 165 000 tonnes contre 105 000 tonnes précédemment.

La production minière a reculé de 1,8% par rapport à l'année précédente à 8,8 Mt, la production de concentré baissant de 2,4% alors que celle utilisant le procédé SX-EW (lixiviation acide) augmentait de 0,7%. L'Indonésie et le Mexique ont subi de forts reculs de leur extraction de minerai, alors que le Congo a doublé sa production. La production continue de souffrir expliquait Norrish, lors de la journée matières premières organisée par l'Usine Nouvelle. Depuis avril 2007 Barclays a révisé à plusieurs reprises ses prévisions, pour baisser en octobre de 1 Mt ses dernières estimations de production de cuivre raffiné.





Le taux d'utilisation des capacités de raffinage n'est plus actuellement que de 82,2% contre 83,6% en 2007. Quant aux stocks détenus par les trois plus grandes bourses de métaux - LME, Comex, SHFE -, s'ils ont baissé de 14 158 tonnes en juillet 2008 par rapport à juillet 2007 à 224 180 tonnes, ils sont en hausse par rapport à juin 2008.

Deux facteurs vont continuer de ralentir, voire de diminuer l'offre de métal rouge. Les coûts de production poursuivent leur hausse et dorénavant la cotation du cuivre approche les coûts des producteurs marginaux. Ensuite, « l'augmentation massive des coûts d'investissements » remet en cause l'élaboration de nouveaux projets », explique Norrish. Et les entreprises dont les marges sont attaquées en amont et en aval peinent désormais à trouver les financements nécessaires au lancement des projets indispensables au renouvellement des capacités de production.

Pour autant, estime l'analyste de la banque anglaise, les cotations devraient se maintenir à un niveau sensiblement supérieur à celui des bas de cycle précédents et la période de dépression devrait être relativement courte. Avec des niveaux de stocks toujours historiquement bas le rebond des cours devrait être rapide avec le retour de la demande. D'autant que les problèmes concernant l'offre n'auront pas été résolus. A la baisse comme à la hausse la forte volatilité va se maintenir.





Daniel Krajka

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