L'Usine Aéro

"Le crédit export dans sa version actuelle est dépassé"

Hassan Meddah

Publié le

Entretien Christian Mc Cormick est directeur général de Natixis Transport Finance, une banque dédiée au financement aéronautique. Il explique pourquoi le crédit à l’exportation qui permet à certaines compagnies aériennes d’acheter des avions à des conditions avantageuses est de plus en plus remis en cause.

Le crédit export dans sa version actuelle est dépassé © DR

Usine Nouvelle: L’action decertaines compagnies aériennes qui demandent une révision du crédit export sejustifie-t-elle?

Christian Mc Cormick: Le système de financement actuel est dépassé et doit effectivement changer. Nous sommes restés sur les bases de 1974, date de la création du système. A l’origine, le crédit export permettait à des compagnies aériennes aux moyens modestes de trouver des financements à des conditions acceptables. Or depuis le secteur aérien a connu plusieurs bouleversements avec notamment une concurrence entre compagnies aériennes qui s’est mondialisée. Aujourd’hui, il bénéficie à de solides compagnies comme Ryan Air ou Emirates qui concurrencent durement les grandes compagnies européennes ou américaines. Or ces compagnies, dites des « Homecountries » car ayant leurs sièges dans les pays où sont fabriqués les avions(Etats-Unis, Allemagne, Espagne, France Royaume-Uni, ndlr) ne bénéficient pas de ces facilités de financement. Il n’est pas étonnant alors qu’elles se plaignent d’une concurrence déloyale.

Comment se traduit cet avantage ? Quelle place a pris le crédit export sur le marché aéronautique?

Les marges financières pour un crédit export coûtent 3 à 5 fois moins cher que celles d’un crédit classique. La crise a accentué cette différence car les agences de crédits à l’exportation (Coface en France, Euler Hermes en Allemagne d’export, Ex-Im Bank aux Etats-Unis, ndlr) ont maintenu les conditions de primes de garantie très attractives tandis que les banques traditionnelles ont dû relever les marges pour compenser les effets de la crise.

Vu l’importance du poste achat des avions pour une compagnie aérienne, les conditions proposées par les agences de crédit export représentent un avantage significatif. D’autant  plus que certaines compagnies ont une grande partie de leur flotte financée decette manière, la compagnie irlandaise Ryanair étant un extrême puisqu’elle finance quasiment l’ensemble de ces achats de cette manière !

La crise économique déclenchée en 2008 a favorisé le développement du crédit export. Alors que les banques n’étaient plus capables de prêter de l’argent, les agences de crédits ont pris le relais et ont doublé leurs efforts. Sauvant ainsi l’industrie d’une crise majeure. Avant, seulement 20% des achats d’avions bénéficiaient du crédit export; aujourd’hui, cette proportion dépasse les40%.

Ce système est-il toujours utile ?

Oui. Il serait même indispensable en cas de nouvelle crise de financement. Toutefois, il doit être revu. Tout en gardant son objectif initial - permettre aux compagnies les plus modestes d’honorer leurs achats- , il doit tenir compte de la mondialisation de la concurrence. L’un des grands bénéficiaires, Emirates, concurrence les compagnies américaines et européennes jusque sur leur territoire. Ryan Air fait de même avec les grandes compagnies traditionnelles en Europe. La concurrence est biaisée.

Justement quellessont les pistes envisagées pour modifier le crédit export ?

Plusieurs pistes se dégagent. La première consiste à rapprocher le taux d’emprunt du crédit export avec un taux moyen calculé à partir d’un panel représentatif de compagnies aériennes. Le deuxième serait de limiter son usage au financement d’une partie de la flotte d’une compagnie. Un seuil de 20 à 30% de la flotte paraît raisonnable. Une troisième voie moins évidente consisterait à ouvrir le crédit export à toutes les compagnies sans exception. Toutefois, les compagnies des «Home countries » y sont opposées. Une quatrième solution, plus radicale, serait de le supprimer et de laisser le marché jouer librement. L’OCDE qui est en charge de ses travaux, devrait préciser ses orientations d’ici à la fin del’année.

 

Propos recueillis parHassan MEDDAH

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