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"Le coût du travail a baissé", selon Jean-Marc Ayrault

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Exclusif Près de huit mois après leur présentation, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault défend les 35 mesures du pacte de compétitivité. Il assure que le crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi a permis d’améliorer les marges des entreprises. Et il garantit que la transition énergétique ne se fera pas sur le dos des industriels.

Le coût du travail a baissé, selon Jean-Marc Ayrault
Jean-Marc Ayrault, le 19 juin 2013.
© Luc Pérénom

L'Usine Nouvelle - Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) peine à convaincre les patrons. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Marc Ayrault - Il faut arrêter la désinformation. Le Cice concerne toutes les entreprises, et toutes les entreprises auront des comptes améliorés en 2013 grâce à ce dispositif, dont elles bénéficient automatiquement. Mais j’invite les entreprises qui ont des besoins de trésorerie, en particulier les PME, à mobiliser leur avance de Cice en sollicitant la Banque publique d’investissement (Bpifrance) ou les banques traditionnelles. Elles auront accès à des taux moins chers que ceux des crédits de trésorerie. Et c’est simple. Le 18 juin, à Planète PME, le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, en a fait la démonstration. En vingt minutes, il a constitué son dossier sur internet. À la mi-juin, plus de 4 800 entreprises avaient eu recours au préfinancement, pour une somme totale atteignant près de 670 millions d’euros.

Comment expliquez-vous alors que les entreprises ne le réclament pas plus ?

Comme je l’ai dit, les entreprises n’ont pas besoin de le demander pour en bénéficier. Elles peuvent, en revanche, en demander le préfinancement. Je perçois un certain scepticisme qu’il faut absolument combattre. Figurez-vous que certains patrons, que j’ai rencontrés récemment, se demandaient si cette mesure n’était pas provisoire. Ce n’est évidemment pas le cas. Le Cice a vocation à être pérenne. Je ne fais pas reproche aux organisations patronales ou professionnelles de ce malentendu. Pour moi, le plus important, c’est que l’information soit diffusée au plus près du terrain.

Mais cette baisse du coût du travail profite peu à l’industrie, qui était pourtant au cœur du rapport Gallois…

C’est faux. Le coût du travail a baissé de 1,9 %, après une augmentation de 17 % au cours du dernier quinquennat. Les chiffres rendus publics par l’Insee le montrent. Bien sûr, dans l’industrie, beaucoup de salaires d’ingénieurs, de techniciens sont supérieurs à 2,5 fois le smic, haut de la fourchette retenu pour calculer le crédit d’impôt, mais notre mesure concerne 80 % des emplois de l’industrie et des services.

Encore une fois l’industrie en profite peu...

Nous aidons trop les services ? Mais les achats de services par l’industrie représentent un poids équivalent à la masse salariale de l’industrie. Ce que nous voulons, c’est améliorer les marges des entreprises. Et, en la matière, parler seulement du coût du travail ne suffit pas. Le Cice n’est qu’une des 35 mesures du pacte de compétitivité. Nous misons aussi beaucoup sur l’amélioration des relations entre PME et grands groupes, sur la politique de filière que sait si bien mettre en œuvre, par exemple, l’industrie aéronautique.

Pour le groupe PSA, le crédit d’impôt représente une baisse de 2,4 % de sa masse salariale. C’est peu...

Est-ce que vous pensez que le problème de PSA n’est qu’un problème de coût du travail ? Si ce n’était que cela, ce serait facile. Si, pour résoudre les problèmes de compétitivité, nous devons courir en Europe vers des salaires à 3 ou 4 euros de l’heure, nous n’y arriverons jamais. Et, de toute façon, nous n’en voulons pas. Le patronat français, lui-même, plaide pour un salaire minimum en Europe. C’est une vraie question. Il y a un dumping social au niveau européen qui n’est pas sain. Mais c’est par la montée en gamme que nous regagnerons des marchés.

Jean-Marc Ayrault - Crédit photo : Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle
© Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle

Faut-il envisager un acte II du pacte de compétitivité ?

Ce n’est pas d’actualité. Ce pacte n’est pas encore mis en œuvre dans son intégralité, même si presque toutes les mesures ont été lancées. À partir de 2014, le Cice représentera une baisse de 6 % par an du coût du travail pour les salaires concernés. C’est très significatif. Cela représente un effort de 20 milliards d’euros que nous allons évaluer. Le gouvernement va lancer un appel d’offres pour désigner des équipes de chercheurs qui mesureront l’impact économique du Cice.

En matière de compétitivité, la question du coût de l’énergie est majeure. Pensez-vous qu’il faille revenir sur l’interdiction d’exploration pour le gaz de schiste ?

Je ne voudrais pas que nous nous bercions d’illusions. Nous avons devant nous un chantier qui est celui de l’élaboration du mix énergétique. Une consultation nationale est en cours. Les grandes conclusions seront présentées à la conférence environnementale, fin septembre. Ensuite, nous arrêterons notre plan stratégique. Il ne faut pas se polariser sur la question annexe du gaz de schiste et voir cette énergie comme la solution à tous nos problèmes de compétitivité. L’enjeu central, c’est de réussir à construire un mix énergétique qui permette de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 % dans la production d’électricité, tout en engageant un plan massif de maîtrise de l’efficacité énergétique et en développant les énergies renouvelables. Tout le débat est de savoir comment y parvenir et à quel rythme, sans que cela pèse sur la compétitivité des entreprises. Quoi qu’il arrive, le nucléaire restera une filière à part entière et exportatrice. Mais la transition, on doit la faire.

Pour convaincre de l’utilité du gaz de schiste, les bénéfices de son exploitation éventuelle ne pourraient-ils pas financer la transition énergétique, comme cela se fait aux États-Unis ?

La position du gouvernement sur le gaz de schiste n’a pas varié. Le président de la République et moi-même avons affirmé à de nombreuses reprises notre refus de recourir à la technologie de la fracturation hydraulique pour l’exploitation du gaz de schiste, en raison des risques environnementaux. La recherche sur d’autres techniques n’est pas interdite par la loi. La preuve doit être apportée au préalable pour toute nouvelle technique qu’elle est respectueuse de l’environnement. Maintenant, imaginons un instant que nous trouvions la technologie qui permette d’exploiter le gaz de schiste et qu’il y en ait suffisamment. Combien de temps cela prendra-t-il ? Vous croyez qu’on va attendre plusieurs années pour engager la transition énergétique, pour engager le plan massif de l’efficacité énergétique ? Non. Les États-Unis sont un pays d’une autre dimension. Nous sommes en France. Un territoire petit, avec des contraintes. Je suis réaliste. Je ne veux pas bercer les gens d’illusion en disant : "On a trouvé un truc génial, c’est le gaz de schiste, alors on y va !" En Seine-et-Marne, si je vais voir Jean-François Copé [député-maire (UMP) de Meaux, ndlr] et Christian Jacob [député-maire (UMP) de Provins, ndlr] pour exploiter le gaz de schiste dans leur circonscription, ils ne seront pas d’accord. Même chose si je vais voir un élu socialiste…

En Allemagne, les industriels ont un vrai avantage sur le coût de l’énergie. Pouvez-vous rassurer les industriels français sur ce point ?

L’Allemagne a fait un autre choix. Pour ne pas pénaliser ses entreprises, elle met à contribution les ménages et elle subventionne les industriels. Je ne suis pas sûr qu’elle puisse continuer durablement à subventionner le développement des énergies renouvelables sans pénaliser ses finances publiques. Ceci dit, on ne réussira pas la transition énergétique si elle se traduit par une forte hausse des prix pour les industriels électro-intensifs. Cela entraînerait la perte de milliers d’emplois. Pour les ménages, il y aura sans doute une augmentation du coût de l’énergie, mais elle sera progressive pour que cela reste supportable. Elle le sera d’autant plus que nous avancerons dans l’isolation thermique et dans le développement de moyens de transports économes en énergie. J’ajoute que la question du coût de l’énergie doit être traitée à l’échelle de l’Europe. L’idée d’une communauté de l’énergie au niveau européen fait son chemin, même si cela avance trop lentement. Selon moi, c’est la zone euro qui doit être le moteur de cette communauté de l’énergie.

Jean-Marc Ayrault - Crédit photo : Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle
© Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle

Vous devez dévoiler à l’été un plan d’investissement concentré sur cinq filières d’avenir. Quelle forme va-t-il prendre ?

Nous le ferons en fonction de nos capacités financières, car nous devons continuer à réduire notre déficit structurel. Nous donnerons un nouvel élan aux investissements d’avenir, car c’est une bonne initiative. Ce programme avait été décidé avant nous, mais il fait consensus. Ce ne sera pas un "Grand Emprunt 2". Notre plan devrait être prêt à la mi-juillet. Le Commissaire à l’investissement, Louis Gallois, y travaille et me fera des propositions. Il faudra faire des choix. Nous allons aussi avoir une évaluation du Schéma national des infrastructures de transport [Snit]. Nous soutiendrons sans aucun doute le secteur du transport. Le plan numérique, déjà doté de 20 milliards d’euros, sera aussi mis en œuvre. L’investissement privé sera aussi sollicité pour profiter au maximum des effets de leviers.

Le rapport Queyranne, rendu la semaine dernière, préconise d’amputer les aides aux entreprises de 3 milliards d’euros. Vous y tiendrez-vous ?

Il y a des choses à changer en France, des réformes à faire. Gouverner est difficile. Il y a toujours quelqu’un pour défendre la moindre niche fiscale à laquelle on touche ! Ce rapport examine la multitude des aides aux entreprises pour vérifier celles qui sont utiles et celles qui ne le sont pas. Il estime cette dernière catégorie à 3 milliards d’euros. Cela ne veut pas dire que tout doit être supprimé, mais il y a des rationalisations à faire. Cette démarche s’inscrit dans la modernisation de l’action publique. Nous ne partons pas de l’idée qu’il faut à tout prix faire des économies, mais nous regardons ce qui est efficace.

Après la polémique autour de la taxe de 75 % sur les salaires supérieurs à 1 million d’euros, la loi sur les sites rentables n’est-elle pas un nouveau chiffon rouge agité en direction des investisseurs, en particulier étrangers ?

La proposition de loi sur la cession de sites est en cohérence avec l’accord sur la sécurisation de l’emploi, qui prévoit la recherche systématique d’un repreneur avant la fermeture. Il y a eu des inquiétudes au départ mais cela s’est apaisé. Quant à la taxe de 75 % que paieront les entreprises qui accordent des salaires au-delà du million d’euros, elle aura un effet régulateur immédiat sur les entreprises. Il ne faut pas toujours dramatiser et pousser des cris d’orfraie à chaque fois que le gouvernement prend une mesure. Aux États-Unis, le gouvernement fédéral a parfois des propositions plus dures que nous, cela ne l’affaiblit pas pour autant. Cela dit, même si la France reste un pays attractif, il faut faire très attention, notamment à la parole publique. Elle doit être très concentrée. Il faut qu’elle soit unique et montre une cohérence. C’est très important pour la confiance et les investisseurs. Tout autant que la stabilité fiscale et réglementaire. Nous avons d’ailleurs pris des engagements sur ce point. Le président de la République a aussi annoncé un certain nombre de dispositions fiscales, sur les plus plus-values de cession. Il était important de clarifier ces points-là.

Malgré toutes les mesures prises, la désindustrialisation continue. Est-ce une fatalité ?

Il n’y a pas de fatalité, à condition de se battre et d’être lucide. La loi sur la sécurisation de l’emploi, qui entre en vigueur au 1er juillet, marque un état d’esprit nouveau. Quand on est confronté à des mutations, il faut anticiper et le faire à notre manière. Je voudrais dire un mot sur un autre chantier qui est lié à la question que vous posez : la formation professionnelle. Le gouvernement invite les partenaires sociaux à une négociation pour renforcer la formation professionnelle, qui doit bénéficier davantage aux chômeurs. Par ailleurs, j’ai annoncé, à l’issue de la Conférence sociale un "Plan de formations prioritaires pour l’emploi", qui va nous permettre de former, de septembre à décembre, 30 000 demandeurs d’emplois en plus.

Propos recueillis par Solène Davesne, Pascal Gateaud et Thibaut de Jaegher

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1 commentaire

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26/06/2013 - 11h48 -

Quelle folie et perte de temps de dire cela : "C’est faux. Le coût du travail a baissé de 1,9 %, après une augmentation de 17 % au cours du dernier quinquennat" NON le coût du travail EST trop élevé en France en 2013. La différence salaire brut/salaire net est trop importante pour des avantages trop court-termiste et inégalitaires. La bonne volonté sociale de 1945 s'est transformée en rigiditée mortelle. - Il faut une mixité sur les retraites; capitalisation & état. - Il faut réduire les taxes sur le salaire brut : employeur paie la retraite, employé paie la sécu et le chômage. - Il faut mettre fin aux 35 heures, car la productivité française est optimale, il faut simplement travailler plus et plus longtemps. - Il faut des emplois et "un choc" de l'embauche et de la confiance entre employé et employeur : Préavis de 1 mois Epargne participative Promouvoir le mobilité Il est vrai mais trop facile de critiquer Jean-Marc et vos dirigeants français sur leurs manque de connaissance du monde du travail. La critique est une perte de temps, l'action concrête doit etre privilégiée. Il faut aller au-delà et expliquer à vos politiques l'industrie, l'entreprise, l'entrepreneuriat, aider au changement de manière positive en courbant vos égos. Bon courage, vous pouvez y arriver avec de la souplesse, de la perséverance et de l'agilité.
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