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Le coût du nucléaire augmente : facture détaillée

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Dans son rapport publié ce mardi 9 mai, la commission d’enquête sur le nucléaire s’inquiète de ce que les coûts de production nucléaire explosent dans les années à venir en raison des besoins d’investissements d’EDF. Le rapporteur de la commission, Denis Baupin, s’appuie principalement sur le rapport de la Cour des comptes de 2012, mis à jour en 2014, sur les coûts du nucléaire. Il identifie des facteurs d’accroissements rapides des dépenses de l’électricien pour maintenir, voire prolonger son parc de réacteurs.

Le coût du nucléaire augmente : facture détaillée © Didier - Panoramio - C.C.

Des coûts de production en forte hausse

Selon les calculs de la haute magistrature, "entre 2010 et 2013, le coût de production de l’électricité nucléaire connaît une forte progression ; il passe de 49,6 euros par MWh à 59,8 euros par MWh en euros courants, soit une augmentation de 21 %". Le coût total de production est passé de 20 238 millions d’euros en 2010 à 24 129 millions d’euros en 2013.

Tous les postes augmentent mais deux alourdissent particulièrement la facture. D’une part, les dépenses d’exploitation (combustible, personnel…) augmentent de 11% pour atteindre plus de 10 000 millions d’euros. Quant aux investissements sur le parc existant, ils bondissent de 118 % pour atteindre 3 804 millions d’euros (un doublement en trois ans, un triplement en six ans). Ces investissements consistent entre autres à remplacer des gros éléments dont la durée de vie n’est que de trente ans. Ils permettent aussi d’anticiper les travaux de prolongation de durée de vie au-delà de 40 ans (le grand carénage).

Les effets du post-Fukushima

A la suite des examens complémentaires de sûreté qui ont suivi l’accident de Fukushima, il a été décidé en 2012 de réaliser pour environ 10 milliards d’euros de travaux de sûreté. Deux ans plus tard, cette somme est revue à la hausse, à 11 milliards d’euros. Mais EDF juge que 6 milliards auraient dû être investis quoi qu’il en soit. Il faut donc un investissement supplémentaire de 5 milliards d’euros sur le parc français.

Le maintien de la durée de vie jusqu’à 40 ans et au-delà…

Les premiers réacteurs du parc nucléaire français ont fêté leurs 30 ans et vont vivre jusqu’à au moins 40 ans (hormis la centrale de Fessenheim). EDF souhaite voir la durée de vie atteindre 50, voire 60 ans. Pour cela, l’électricien a prévu un programme d’investissement de 55 milliards d’euros sur la période 2011-2025.

Revu par les experts de la Cour des comptes, l’investissement sur la période se monte à 62,5 milliards d’euros. Mais la Cour des comptes juge qu’il est plus pertinent de regarder l’ensemble des investissements sur le parc jusqu’à l’âge de 40 ans. Elle calcule alors un investissement de 110 milliards d’euros sur la période 2011-2033, soit un investissement de 2 milliards d’euros par réacteur.

Des incertitudes sur les charges à venir

L’ensemble des opérateurs nucléaires ont provisionné pour les charges à venir (démantèlement et stockage) 87,2 milliards d’euros. Une somme qui a progressé de 5,4 % depuis 2010. Mais la Cour des comptes rappelle que de lourdes incertitudes pèsent autour de ces estimations. Pour le démantèlement des réacteurs, 34,4 milliards d’euros ont été mis de côté. Mais les chantiers en cours ont parfois vu leurs coûts s’envoler entre 2010 et 2013 comme par exemple sur le site Eurodiff, qui a vu son devis grimper de 46 %.

Des incertitudes pèsent aussi sur le projet d’enfouissement profond de déchets nucléaires Cigeo. Le premier devis de 2005, chiffré à 16,6 milliards d’euros, est vraisemblablement très sous-estimé puisque les dernières discussions non officielles parlent de 28 milliards d’euros. Reste que ce sont des projets qui dureront sur de nombreuses décennies (les investissements dans Cigeo filent jusqu’en 2154). L’impact des réévaluations sera étalé dans le temps.

Revoir les systèmes d’assurances

Aujourd’hui, les exploitants sont assurés à hauteur de 93 millions d’euros par accident. Il y a une volonté de passer à 700 millions d’euros par accident. Mais pour l’heure, l’Etat garantit ce différentiel gratuitement.Tous ces facteurs d’évolution des coûts du nucléaire dépendent largement de l’éventuelle prolongation des réacteurs nucléaires français.

La Cour des comptes appelle donc le gouvernement à se décider rapidement sur ce sujet. Il y a "nécessité de prendre position, dans le cadre de la fixation des orientations de la politique énergétique à moyen terme, sur le prolongement de la durée d’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans, sous réserve bien sûr d’un accord de l’Autorité de sûreté nucléaire, afin de permettre aux acteurs, notamment à EDF, de planifier les actions et les investissements qui en résulteront".

Ludovic Dupin

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