Le couple Alstom-Siemens pourrait faire naître le champion européen du ferroviaire

La proposition de rachat d’Alstom par General Electric pourrait faire naître deux pôles puissants européens, dans l’énergie mais aussi dans les transports. Un paradoxe, à condition que l’option Siemens soit choisie.

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Le couple Alstom-Siemens pourrait faire naître le champion européen du ferroviaire

Et si la proposition de General Electric de racheter Alstom poussait le couple franco-allemand à faire d’une pierre deux coups ? Au cas où la contre-proposition de Siemens emportait la mise, celle-ci pourrait provoquer la mise en place d’un "Airbus de l’énergie" ainsi qu’un "Airbus des transports". D’un côté, un pôle "énergie" puissant sous la direction de Siemens, suite au rachat en numéraire du pôle énergie d’Alstom (70% de son activité). De l’autre, un pôle "transport" sous l’égide d’Alstom qui recevrait en guise de soulte la partie construction d’ICE (le TGV de Siemens), de locomotives et, selon la presse allemande, de trains de banlieue. Le transport urbain, le plus lucratif, en serait exclu. "Nous sommes convaincus que cette proposition est une opportunité unique de créer deux grands champions européens visant un leadership mondial dans les domaines de l’énergie et des transports", écrivait samedi Joe Kaeser, président du comité directeur de Siemens, à Patrick Kron, PDG d’Alstom.

L’Airbus du rail, vieille lune des politiques

Alors qu’Alstom peine dans la vente de ses TGV, l’apport des technologies de Siemens donnerait à la fois de nouveaux débouchés et une offre plus large. Siemens est par exemple présent en Russie, avec 1 200 trains régionaux en circulation. Resterait à trouver des synergies industrielles, un travail de longue haleine. Au fil de ses générations, l’ICE est devenu un train européen (les voitures de la version 1, étaient trop larges pour certains réseaux, dont le réseau français) à la vitesse maximale commerciale proche de celle de son homologue français. Un Alstom transport remusclé pourrait mieux lutter au niveau international contre ses principaux concurrents, le canadien Bombardier, le japonais Hitachi et les chinois CSR et CNR. Mais un Airbus du rail n’est pas une idée nouvelle. A l’automne, 2010, lors d’un voyage en Chine, Dominique Bussereau, alors secrétaire d’Etat aux Transports, avait déjà émis cette idée. Elle fut reprise moins d’un an plus tard dans un rapport parlementaire des députés Alain Bocquet et Yannick Paternotte, qui fédéraient tous les européens, y compris l’italien Ansaldo Breda, les espagnols Caf et Talgo et le suisse Stadler.

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Entrave à la concurrence

La situation a très rapidement évolué. En mars dernier, on évoquait la possible introduction en bourse de la branche ferroviaire d’Alstom, afin de lever entre 700 millions de un milliard d’euros. Peu de temps avant Patrick Kron et Joe Kaeser s’étaient rencontrées, mais le Français avait fait la sourde oreille aux appels du pied de l’Allemand. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois. En 2004, Patrick Kron s’était énergiquement opposé à un rapprochement avec son concurrent et avait préféré un sauvetage réalisé par l’Etat français. Le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg aura-t-il trouvé, en quelques jours, les moyens de le faire changer d’avis ? Il faudrait ensuite convaincre la Commission européenne du bien-fondé de la constitution de ces deux pôles, qui pourrait les considérer comme une entrave à la concurrence.

Patrice Desmedt

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