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L'Usine Agro

"Le code NAF m’a tué !"

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Publié le

Tribune Arnaud Groff, directeur associé Inovatech 3V, co-fondateur et dirigeant de La Fabrique à innovations, raconte, non sans humour, son expérience des incohérences du code NAF, la codification de l'activité principale exercée dans une entreprise.

Le code NAF m’a tué ! © DR

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Tout commença le jour d’un rendez-vous avec ma chambre consulaire pour créer mon entreprise. Après l’euphorie provoquée par l’enjeu de la création d’entreprise, vient l’étape cruciale du formulaire M0 et de ses cousins… J’étais le grand vainqueur, j’avais réussi ! Oui, j’étais l’heureux propriétaire d’un code NAF (nomenclature des activités françaises, codification de l'activité principale exercée dans une entreprise) !

Au début, je trouvais cela chouette comme ces petits chiens en plastique qui bougent la tête à l’arrière de votre voiture. Puis, le temps passant, le code NAF se mit à adopter des comportements bizarres. Je me suis senti suivi, il était là, derrière moi tout le temps, associé à toutes les démarches de mon entreprise. Il me suivait tous les jours et s’imposait en bas de mes factures, dans mes mentions légales et lors de tous mes rendez-vous avec les institutions sans pouvoir l’enlever. J’avais appris à vivre avec, sans forcément voir son intérêt, tel un pot de fleur dans mon salon.

"Notre projet ne rentrait pas dans le cadre défini par le code NAF"

Les ennuis commencèrent véritablement le jour où nous avons souhaité innover et faire évoluer l’entreprise : le cauchemar commença.

Les premiers signes furent bénins. En effet, en présence de mon expert-comptable, et suite à la présentation d’un projet d’innovation que nous souhaitions développer, il m’alerta sur le fait que ce projet ne rentrait pas dans le cadre défini par le code NAF. En effet, nous étions une société artisanale qui allait proposer du service.

Pour mon expert-comptable, tout était cohérent mais il m’avertit discrètement que si les personnes qui m’ont offert le code NAF l’apprenaient, ils risquaient de ne pas adhérer et notre petit code NAF allait mal le vivre, être en souffrance. Il nous alerta donc que sans démarche pour modifier notre code NAF et lui proposer un lifting, nous risquions d’être bloqués par les producteurs de NAF… Néanmoins, je pris la décision d’avancer pour le bien de tous.

Le calme fut de courte durée. En effet, lors du rendez-vous avec notre chambre consulaire, notre interlocuteur écouta attentivement notre projet d’innovation, regarda sincèrement comment promouvoir notre démarche puis le drame, le conseiller se rendit compte que notre projet d’innovation sortait du cadre de notre bon vieux code NAF et maladroitement le dit à haute voix. Le code se mit en colère et notre conseiller, garant du bon traitement donné aux NAF, fut obligé de suspendre la procédure de soutien et nous refuser le local commercial visé tant que nous n’aurions pas un code NAF en meilleure santé, à savoir plus cohérent avec notre projet. Il fallait choisir Production ou Commerce ! L’ensemble de l’équipe et le maire soutenant l’implantation sur son territoire furent abasourdis, mais la force qu’anime un chef d’entreprise permit de tirer le reste de l’équipe et de poursuivre l’aventure avec les moyens dont nous disposions.

l’innovation amènera forcément l’entreprise à sortir de son cadre NAF

Quelques semaines plus tard, la deuxième et dernière crise du code NAF fut fatale pour l’entreprise. En effet, faute de pouvoir disposer de soutien des institutions pour non-respect et non adéquation de notre petit code NAF, nous décidâmes de nous endetter auprès des banques de la place. La Commission européenne ayant mis en place le dispositif JEREMIE, un prêt destiné au développement des PME, cautionné à 80 % par l'UE, nous décidâmes de solliciter la banque française missionnée pour le diffuser. Et là, ce fut le drame ! Le banquier trouva le projet génial, le bilan financier au top, les perspectives de croissance énormes avec des brevets solides… jusqu’au réveil du NAF ! Notre petit code chéri n’était pas dans la liste des NAF que les institutions françaises avaient définie comme bénéficiaire du prêt JEREMIE.

Notre code NAF devint fou et venait de nous tuer. Pourquoi cette catégorisation NAF pour accéder à un prêt bancaire ? Et bien parce que selon les grands spécialistes de l’innovation en France, qui jusqu’à ce jour n’ont fait que nous emmener dans le mur, notre petit NAF n’apporte rien à l’économie et d’après eux, il existe certains secteurs ou l’innovation est impossible.

Ces "experts" n’ont toujours pas compris qu’entreprendre, c’est innover et que par nature, l’innovation amènera forcément l’entreprise à sortir de son cadre NAF grâce à son agilité et sa capacité d’adaptation.

Mais heureusement suite à cet événement l’élevage et l’attribution de NAF ont été suspendus… pour être remplacés par la production de code APE !!! Ouf !

Dr Arnaud Groff, directeur associé Inovatech 3V, co-fondateur et dirigeant de La Fabrique à innovations

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1 commentaire

Nom profil

17/10/2013 - 11h46 -

Excellent !

Vraiment... Votre expérience est un archétype de l'organisation de notre société.

Nous pourrions avoir le deuxième épisode avec " Le RSI m'a tué !"
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