Le club des Bioéconomistes en visite à la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle

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Le club des Bioéconomistes en visite à la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle

Une vingtaine de membres du club des bioéconomistes, présidé par Claude Roy du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), s’est rendue le 29 septembre dernier sur le site agroindustriel de Pomacle-Bazancourt pour découvrir (ou redécouvrir) cette installation qui illustre parfaitement le concept de bioraffinerie.

Une première installation en 1953

Jean-Marie Chauvet, project manager chez ARD et directeur de la Fondation Jacques de Bohan, a accueilli le groupe et rappelé l’histoire de la plateforme née en 1953 de l’installation d’une sucrerie du groupe Cristal Union. Puis au fil des années, c’est tout un écosystème industriel, de recherche et de formation qui s’est implanté. Au point qu’aujourd’hui, le site, d’une superficie de 260 hectares, emploie 1100 personnes (environ 2000 personnes avec les emplois indirects). Il transforme chaque année 1 million de tonnes de blé et 2,5 millions de tonnes de betteraves.

ARD, le spécialiste du développement de procédé

Parmi les installations clés, Jean-Marie Chauvet a choisi d’évoquer la société de R&D baptisée ARD. Son métier est l’accélération et le développement de procédé de valorisation du végétal (extraction, purification ou procédés biotech). Elle a ceci d’unique de posséder des fermenteurs de grande taille, dont un de 180 m3 multi usages, ainsi que des fermenteurs à l’échelle du m3. Tout récemment elle vient de se doter de la taille intermédiaire, soit 10 m3, pour être en mesure de proposer des scale up complets et des pré-productions et compte des clients aussi connus que BioAmber, Amyris, Corbion, Fermentalg ou encore Global Bioenergies. Puis il a fait découvrir aux membres du club l’unité de production de bioéthanol de la société Cristanol tout aussi emblématique de la plateforme. Moyennant un investissement de l’ordre de 280 millions d’euros, consenti en 2006 par Cristal Union et Blétanol (Union de coopératives céréalières), l’installation est l’une des plus grandes d’Europe avec une capacité de 280 000 t/an de bioéthanol et un approvisionnement double en blé et en sucre.

Le procédé Futurol en phase de commercialisation

pilote-futurol-vue-ensemble-2

Puis, les visiteurs ont eu l’opportunité de visiter le pilote Futurol qui a contribué au développement d’un nouveau procédé de production d’éthanol cellulosique. Démarré en 2008 grâce à 11 partenaires*, le projet Futurol démarre sa commercialisation. A la mi-2017, toutes les étapes de pilotage et de démonstration, ainsi que la rédaction du dossier de procédé seront achevés. Et c’est la société Axens qui est chargée de la commercialisation de licences dans le monde entier. Il lui faudra trouver des investisseurs prêts à débourser 100 à 200 millions d’euros pour la construction d’une unité industrielle. L’investissement est de taille, mais Frédéric Martel, directeur de Procethol 2G (société qui porte le projet Futurol), assure que l’éthanol en sortie d’usine sera compétitif. Pour arriver à cette performance, la technologie a été pensée en 4 étapes. La première est une étape de traitement de la biomasse. En utilisant une technologie analogue à « l’explosion à la vapeur » (steam explosion) bien connue des papetiers, le procédé est prévu pour transformer de la biomasse ligneuse (par exemple du bois, de la paille de blé, d’orge ou de colza, du taillis de peuplier, du miscanthus, du switchgrass…) en une poudre brune ressemblant à du marc de café. Cette poudre a la particularité de contenir des quantités importantes de sucres C5 dérivés de l’hémicellulose et de sucres C6 contenus dans de la cellulose. La deuxième étape correspond à une phase de production sur mesure d’enzymes et de levures qui sont directement nourries à partir de nutriments dérivés de la matière première que l’on va utiliser. Ces enzymes et levures seront utilisées dans la troisième étape dite « d’hydrolyse et de fermentation » pour transformer les sucres contenus dans le marc en éthanol 2G. Dans la dernière étape, l’éthanol est récupéré par distillation. On va retrouver en fond de cuve des résidus comme de la lignine qui peut être valorisée en cogénération et de la vinasse que l’on peut épandre dans les champs mais qui est aussi fortement méthanisable.

Phase de démonstration sur 2 des 4 étapes

Les installations pilotes du projet Futurol tournent depuis 2011 au sein de la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle grâce à un financement de projet d’un montant total de 76,4 M€ sur 8 ans, dont 29,9 M€ d’aides publiques par BPI sous forme d’avances remboursables et de subventions de Bpifrance. Compte tenu de la taille déjà conséquente des installations (100 000 l/an d’éthanol ou 1 t/j de matière sèche), il a été décidé de ne pas construire de démonstrateur complet, mais de valider uniquement, à plus grande échelle, les étapes les plus critiques du procédé, à savoir l’étape 1 de production de marc et l’étape 2 de production de levures et d’enzymes. La fermentation comme la distillation ont été considérées comme des opérations « classiques », plus faciles à extrapoler.

C’est ainsi qu’a été construite sur le site de Bucy le Long de Tereos une unité de traitement de biomasse d’une capacité de 100 t/j dont le démarrage a eu lieu en juin 2016. Cette unité doit permettre de vérifier les performances du procédé (étape 1) dans un environnement industriel. Parallèlement, dans le courant de l’année 2016, la société de recherche ARD, actionnaire, également basée sur la bioraffinerie, a réalisé les étapes de validation à grande échelle de production de champignons puis d’enzymes (étape 2) dans ses installations.

Une plateforme à la « dimension campus »

Enfin, Jean-Marie Chauvet a tenu à évoquer l’installation plus récente du Centre Excellence en Biotechnologies Blanches (CEBB). Lancé en 2014, ce centre regroupe des chaires d’AgroParisTech, de l’Ecole CentraleSupelec, de Neoma Business School et de l’Université de Reims Champagne-Ardenne pour donner à la plateforme une « dimension campus » au delà de la recherche et de la production.

Au final, cette journée très instructive et riche en informations a suscité un enthousiasme général auprès des membres du club de bioéconomistes. Un think tank qui cherche à promouvoir les enjeux et la nécessité d’une agriculture et d’une sylviculture durables, productives et efficaces pour garantir la diversité et la compétitivité des filières aval face aux besoins planétaires croissants, alimentaires et non alimentaires.

*Les 11 partenaires de Futurol : ARD, IFP Energies nouvelles, INRA, Lesaffre, Vivescia, ONF, Tereos, Total, Crédit Agricole Nord Est, CGB, Unigrains.

https://twitter.com/MarieCecile75/status/781514880746680320

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