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Le chimiste Synthron de nouveau à l'amende

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Le spécialiste de chimie fine Synthron, du groupe Protex, était jugé par le tribunal correctionnel de Tours le 12 novembre, pour une quarantaine d'infractions au droit de l'environnement et au droit du travail. Un avocat a décrit un " bateau ivre " conduit par un " capitaine d'industrie intelligent mais tête de mule ".

Synthron, c'est "un bateau ivre" dans lequel les décisions de mises aux normes ne sont jamais suivies d'effet, selon les mots d'Adrien Debré, avocat de France nature environnement (FNE). Le spécialiste d'ingrédients chimiques pour toute l'industrie, filiale du groupe Protex, est une "organisation désorganisée", a renchéri le procureur, qui a requis près de 500 000 euros d'amendes à l'encontre de Synthron le 12 novembre au soir devant le tribunal correctionnel de Tours.

Les 30 et 31 octobre 2014, lors d'une inspection des directions du travail et de l'environnement, accompagnées des gendarmes, les enquêteurs avaient relevé une quarantaine d'infractions au droit de l'environnement et au droit du travail au sein de l'usine de Château-Renault (Indre-et-Loire).

"Frontière ténue entre l'incident et la catastrophe"

Parmi les fautes, certaines marquent la "frontière ténue entre l'incident et la catastrophe", a souligné le procureur. Il est ainsi reproché à l'entreprise de recourir à une vingtaine d'intérimaires sans formation à des postes permanents de production sur lesquels ils sont exposés à des risques d'accident du travail. Ou encore l'absence de mesures des polluants. Sans compter les petites fissures jamais colmatées dans les bassins de rétention.

Parce que cette inorganisation relève du dirigeant, 216 000 euros d'amende ont par ailleurs été réclamés à l'encontre du PDG, Robert Moor, 85 ans. L'octogénaire, centralien encore vaillant, présentait bien à la barre. Mais il n'a pas vraiment su expliquer pourquoi son entreprise a été incapable de se mettre aux normes malgré les mises en demeure de l'inspection du travail et de la direction de l'environnement.

Synthron déjà condamné dans le passé

En rappelant les condamnations contre Synthron depuis 1992, le procureur a proposé au tribunal de prononcer une interdiction de gérer et d'exercer une activité industrielle ou commerciale pendant cinq ans à l'encontre de Robert Moor, afin "d'empêcher toute nouvelle infraction".

Cette peine, prononcée habituellement dans les cas d'escroquerie ou de banqueroute, "serait plus utile qu'une condamnation à de la prison ferme", a déclaré le procureur, qui, pour la forme, a requis quatre mois de prison ferme.

Blocage des investissements

Robert Moor a été décrit comme un dirigeant "intelligent et courtois", mais "tête de mule", par Adrien Debré, avocat de France nature environnement, qui était déjà du procès de 1992. L'audience a mis en lumière le fonctionnement interne de Synthron : Robert Moor demandait à valider toute dépense supérieure à 7 500 euros. De fait, il bloquait les investissements de mise en sécurité, au motif qu'ils ne participent pas directement à la production.

Les associations de protection de l'environnement, dont FNE, ont demandé des dommages et intérêts de 230 000 euros. Pour leur avocat, Robert Moor fait un calcul purement comptable : les amendes de plusieurs centaines de milliers d'euros sont bien inférieures aux millions nécessaires pour mettre l'usine en conformité. Innocemment, le nouveau dirigeant de Synthron, Eric des Courières, a d'ailleurs donné une fourchette de 3 à 8 millions d'euros pour mettre l'usine aux normes.

De son côté, Antoine Brillatz, avocat de Robert Moor et de Synthron, a réclamé des relaxes car "aucun accident, ni aucune pollution" n'ont été constatés les 30 et 31 octobre 2014. Le jugement sera rendu le 11 février 2016.

Le 17 septembre 2014, le tribunal correctionnel de Paris avait déjà condamné Synthron à une amende de 302 500 euros et son PDG à une amende de 40 500 euros et six mois de prison avec sursis pour des infractions au droit de l'environnement et mise en danger de la vie d'autrui.

En 1988, une explosion s'était produite dans cette même usine à cause de la mise en route malencontreuse d'un réacteur par un salarié inexpérimenté. Un incendie avait provoqué une pollution de la Loire, privant 200 000 habitants de la région de Tours d'eau potable pendant plusieurs jours. La préfecture d'Indre-et-Loire interdit toujours les prélèvements d'eau à proximité de l'usine.

Stéphane Frachet

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