Le casse-tête du "prix du carbone" s'invite à la COP21

Pour limiter le réchauffement climatique, il faut réduire les émissions de CO2. Pour réduire les émissions de CO2, il faut taper au porte-monnaie. Problème : l’établissement d’un prix du CO2 n’est pas à l’agenda de la COP21.

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Dès son discours inaugural de la COP21 le 30 novembre, François Hollande faisait référence à la question du prix du carbone : "cette question n'est pas véritablement dans le mandat de la convention des Nations-Unies mais aucune négociation sur le climat ne peut ignorer la question du prix du carbone". Ce message était le reflet d’une attente de plusieurs Etats qui plaident pour la mise en place de tels prix sur la planète.

Le concept de prix du carbone consiste à donner un coût à chaque tonne de CO2 émise que ce soit à travers un mécanisme de marché ou une taxe. Cela permet d’orienter les investissements vers des technologies bas-carbone. Le plus ancien et plus grand marché carbone est celui de l’Union Européenne, créé en 2005. Depuis 17 mécanismes de ce genre ont vu le jour dont sept en Chine. La réunification de ces derniers permettra à la Chine de ravir le titre de plus grand marché carbone au Vieux Continent.

Les électriciens européens engagés

Au-delà des Etats, c’est le secteur privé qui est le plus allant sur le sujet. Ce mardi 8 décembre, en marge de la COP21, six PDG de grands électriciens européens (Cez, Iberdrola, Engie, RWE, E.on, Gas Natural Fenosa) se sont réunis à Paris au nom du Groupe Magritte pour appeler à donner un prix au carbone.

Ils rappellent l’échec du système européen qui a émis un trop grand nombre de crédits carbone face à une croissance économique atone. Depuis deux ans, ce groupe milite entre autres pour une régulation du marché carbone.

"Les première années, l’ETS (European Union Emission Trading Scheme -- le marché européen du carbone) était bien orienté avec des prix de 25 euros la tonne. Mais avec la crise économique et de la Grèce, nous avons perdu en stabilité. Il faut reconstruire cet ETS", lance Peter Terium, PDG de l’allemand RWE.

Rafael Villaseca Marco, PDG de Gas Nautural Fenosa, confirme : "Le marché carbone est le système le plus efficace pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et atteindre les objectifs européens. Les niveaux actuels de prix sont si bas qu’ils sont non incitatifs pour migrer vers les technologies bas carbone".

Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie prend du recul : "Le secteur privé est désormais convaincu qu’une catastrophe écologique signifiera une catastrophe économique. Notre réaction est donc de lancer un appel unanime pour un prix du carbone. Même si ce n’est pas dans le mandat des négociateurs pour la COP21, nous espérons que ce sera quelque part dans l’accord final de Paris".

L’appel d’Elon Musk

Si Magritte est un acteur de poids, une autre puissante voix s’est fait entendre à Paris sur le sujet, celle d’Elon Musk, le fondateur de Tesla et SpaceX. Devant un amphithéâtre bondé de la Sorbonne, il a dénoncé le changement climatique comme une catastrophe qui fera "plus de destruction que toutes les guerres de l’histoire réunies".

En réponse, il plaide pour l’installation d’une taxe carbone : "Je pense que la chose à faire est de l'appliquer graduellement, parce qu'il serait déraisonnable de s'attendre à ce que les entreprises pétrolières changent immédiatement".

Il y a encore du chemin à faire. Selon une étude de l’OCDE publié le lundi 7 décembre, mené sur ses 34 pays membres plus sept économies partenaires : "90% des émissions de CO2 provenant de la consommation d’énergie ont un prix inférieur à 30 euros par tonne, l’estimation minimale du dommage climatique d’une tonne de CO2, et que 60% des émissions n’ont pas de prix du tout".

Le sommet de Paris pourrait-il y remédier ? Selon Teresa Ribera, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) et impliquée dans les négociations de la COP21, "La question du marché du carbone est au centre du débat. C’est un des outils qui pourraient assurer la transition énergétique. Et dans les documents de travail, il lui ait fait référence". Mais elle tempère en rappelant qu’on ne peut pas attendre à Paris que soit mise en place un outil unique et universel pour tous les pays participants à la COP.

Supprimer les subventions aux fossiles

De son côté Fatih Birol, le puissant directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) douche un peu les enthousiasmes en dénonçant une terrible réalité : "Le prix du carbone est le meilleur moyen de traiter le problème des émissions selon la théorie économique. L’autre solution est l’élimination progressive des subventions aux énergies fossiles. Aujourd’hui en Europe, le prix du carbone est de 10 dollars la tonne. Dans le monde, chaque année, il y a plus de 500 milliards de dollars de subventions aux énergies fossiles, soit 110 dollars d’incitations par tonne de CO2 émises… Espérons que la plupart des pays s’engagera dans la voie de l’élimination des subventions".

Ludovic Dupin

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