« Le carbone des végétaux est un des rares substituts au carbone du pétrole »

Suite aux 32 projets sur la biomasse récemment attribués par la CRE, Elise Rebut, ingénieur agronome et diplômée de HEC revient sur la nécessité de valoriser cette filière. Ellei vient de publier en collaboration avec Ludovic François un livre sur l’après pétrole. « Après le pétrole, une nouvelle économie écologique ».

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« Le carbone des végétaux est un des rares substituts au carbone du pétrole »

Dans votre ouvrage, vous annoncez la fin d'une économie basée sur le tout pétrole. L'échec de Copenhague ne présage-t-il pas au contraire de son maintien ?

Le développement d'alternatives au pétrole ne sera certes pas stimulé par les résultats décevants de ce sommet ! Mais il reste à terme inéluctable, même en l'absence de mesures contraignantes. La prise en compte du changement climatique n'est plus en aucun cas l'apanage exclusif de sphères écologistes. La société civile dans son ensemble est désormais demandeuse de mesures. Sa mobilisation forte autour du sommet danois le traduit bien. Du côté des industries, rares sont celles qui ne prêtent pas attention à cette thématique, que ce soit dans une optique de gestion des risques, par exemple en anticipant les réglementations relatives aux émissions de gaz à effet de serre, ou alors dans celle du maintien voire de conquête de la fameuse "licence to operate", c'est-à-dire de la reconnaissance par l'opinion publique d'une légitimité à exercer ses activités. Même Wal-Mart, le leader mondial de la grande distribution, jusqu'alors connu pour ses prix bas, prépare l'affichage d'un indice de durabilité pour la totalité des produits qu'il commercialise.

A cela s'ajoute que la recherche d'alternatives au pétrole s'inscrit également dans l'anticipation des tensions prévisibles sur les hydrocarbures. Parallèlement à la croissance continue de la demande mondiale, notamment avec le développement rapide des pays émergeants, les réserves en pétrole s'amenuisent et leur extraction est de plus en plus difficile. L'inévitable hausse du prix du baril qui s'ensuivra, même si elle est momentanément masquée dans un contexte de crise, amènera nécessairement à revoir nos habitudes de consommation des produits pétroliers.

Dans ce cas, pourquoi n'anticipons-nous pas dès maintenant cette situation ?


Probablement parce qu'elle conserve un caractère presque "abstrait". La nécessité d'agir est désormais unanimement reconnue, à quelques exceptions près. Mais la complexité des mécanismes climatiques rend délicate la prévision précise de l'échéance et de l'ampleur des changements attendus. Et ils continuent à être mis en balance avec des coûts d'actualisation. Pourtant dans ce domaine, tout retard coûte cher ! Le rapport du Sir Nicholas Stern sur l'impact économique du changement climatique est sans équivoque : investir chaque année 1% du PIB mondial permettrait d'éviter des pertes de l'ordre de 5 à 20% du PIB mondial en 2050. Et par ailleurs, le passage d'une situation où le recours au pétrole est systématique à une situation où il serait réservé aux usages pour lesquels il est indispensable impacterait bien sûr les intérêts croisés dont fait l'objet le secteur pétrolier (mannes pétrolières, taxes, structure du secteur énergétique…).

Quelles pourraient être les alternatives au pétrole les plus prometteuses ?

Les alternatives seront multiples. Leur panachage s'établira en fonction de la disponibilité locale des ressources et des utilisations visées (par exemple pour l'électricité, l'énergie éolienne dans les zones ventées ou l'énergie marée-motrice près des océans). Parmi celles-ci, la biomasse végétale présente la particularité de pouvoir être valorisée à des fins énergétiques (carburant, combustible) mais également dans le secteur de la chimie. Le carbone renouvelable contenu dans les végétaux y constitue en effet un des rares substituts au carbone fossile du pétrole. Et à l'image des raffineries pétrolières, qui fractionnent le pétrole brut en toute une gamme de produits, des exemples de raffinerie du végétal voient le jour. Elles visent à valoriser l'intégralité des constituants de la plante, remplaçant alors la notion de déchet par celle de co-produit. Par exemple sur le site de Pomacle-Bazancourt en Champagne-Ardenne, une synergie a été instaurée autour des filières blé et betterave entre une sucrerie, une glucoserie/amidonerie, une société valorisant les co-produits des deux premières, ainsi qu'une unité de production d'éthanol, une autre de production d'acide succinique, et une unité pilote de production de pâte à papier à partir de paille. Fritjof Capra explicite très clairement cette idée en rappelant que "Lorsqu'on examine de près le fonctionnement des écosystèmes, on s'aperçoit que les organismes vivants produisent tous des déchets, exactement comme nous le faisons. Mais dans un écosystème, les déchets circulent : ceux d'une espèce constituent la nourriture d'une autre espèce. Nous devons repenser nos entreprises et nos industries de façon à ce que les déchets d'une industrie constituent les ressources d'une autre."

Le végétal serait-il dans ce cas "le" nouvel or noir ?

Un des nouveaux ors noirs certainement, mais pas l'unique. Même si le végétal ouvre de nombreuses possibilités, son recours doit être soumis à une analyse préalable du cycle de vie des produits obtenus en comparaison de celle de leurs homologues traditionnels. Si l'impact environnemental peut être réduit avec par exemple des matières premières issues d'une agriculture raisonnée ou de co-produits végétaux, il peut devenir inquiétant si les mêmes matières premières proviennent d'une agriculture excessivement intensive ou de cultures sur des terres déforestées. Il faut aussi impérativement veiller à ce que la disponibilité des sols pour des cultures alimentaires ne soit pas mise en péril. Ainsi, alors que les premiers agrocarburants (à base de colza, de betterave, de palme..) font l'objet de vives critiques, les pistes les plus prometteuses résident dans les nouvelles générations de carburants et autres alternatives aux dérivés pétroliers à base de résidus de culture, de plantations de ligneux installées sur des zones difficilement valorisables par l'agriculture traditionnelle ou encore de micro-algues cultivées en bioréacteurs.

Après le pétrole : la nouvelle économie écologique
, Ellipses, décembre 2009

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