Le Canada vient défendre son pétrole en Europe

par David Ljunggren

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OTTAWA (Reuters) - Le projet européen de directive sur la qualité des carburants menace de classer le pétrole canadien parmi les carburants "sales", ce qui pourrait nuire aux intérêts d'Ottawa à l'exportation, a déclaré le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, avant d'entamer une tournée européenne consacrée au dossier.

Désireuse de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de carburants, la Commission européenne a rédigé son projet de directive de telle manière que le pétrole extrait des sables bitumineux de l'Etat canadien d'Alberta serait classé comme plus polluant que le brut "classique".

Le Canada, dont le sous-sol renferme les troisièmes réserves mondiales de pétrole, s'oppose bien sûr fermement au projet.

Pour Joe Oliver, que son déplacement en Europe doit mener successivement à Paris, Bruxelles et Londres, la directive européenne doit être modifiée pour éviter toute discrimination nuisant au brut provenant des sables bitumineux.

"Nous pensons qu'il est capital d'aboutir à une telle alternative face aux propositions de la Commission, que nous considérons comme une approche faussée et inefficace", a-t-il dit à Reuters.

L'extraction du brut des sables bitumineux - principalement en Alberta - est plus gourmande en énergie que la production conventionnelle de brut, ce qui fait de ces sables l'une des principales cibles des défenseurs de l'environnement.

Ottawa argue du fait que la directive européenne pénaliserait le Canada tout en épargnant la Russie alors que celle-ci consomme et relâche à la fois du gaz naturel lorsqu'elle extrait du pétrole. Pour Joe Oliver, la production pétrolière russe produit au moins autant d'émissions que l'exploitation des sables bitumineux, sinon plus.

"Si on donne un laissez-passer à un gros émetteur qui se trouve être l'un des principaux exportateurs vers l'Union, comment atteindre les objectifs ?", souligne-t-il.

L'an dernier, après un lobbying important du Canada, un premier examen du projet de directive au sein de l'UE s'est soldé par un constat de désaccord, les 27 décidant simplement de procéder à de nouvelles études d'impact. Les conclusions de ces études sont attendues d'ici quelques mois et devraient déboucher sur un nouveau vote.

OTTAWA RÉCLAME "UNE APPROCHE SCIENTIFIQUE"

Même si le Canada n'exporte pour l'instant pratiquement pas le moindre baril de brut vers l'Union européenne, cette situation pourrait évoluer si les projets de construction d'oléoducs de l'Alberta vers l'est du Canada finissent par aboutir.

"Nous n'exportons pas vers l'UE pour le moment mais nous ne voulons pas voir notre pétrole brut stigmatisé, ce qui pourrait avoir des implications ailleurs", explique Joe Oliver, ajoutant que le Canada ne s'oppose pas sur le fond aux objectifs de la directive européenne.

"Ce que nous voulons, c'est une approche scientifique qui passe par un jugement fondé sur des réalités scientifiques et pas sur une sorte d'idée préconçue (...) selon laquelle notre pétrole devrait être traité différemment", a-t-il expliqué à Reuters.

Pour l'instant, 99% des exportations pétrolières canadiennes sont destinées aux Etats-Unis mais la baisse des prix de vente sur le marché américain ne fait que souligner la nécessité pour Ottawa de trouver de nouveaux débouchés.

Lors du vote de l'UE sur le projet de directive, le camp des opposants incluait la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, deux Etats actionnaires de Royal Dutch Shell, l'un des exploitants des sables bitumineux canadiens.

De son côté, le français Total a annoncé fin mars son retrait d'un projet dans les sables bitumineux canadiens pour lequel il s'était associé au canadien Suncor, avec à la clé une perte de 1,65 milliard de dollars. Le groupe a expliqué que le projet d'usine de transformation (upgrader) n'était plus justifié d'un point de vue stratégique et économique.

Total détient également une participation 39,2% dans le projet d'extraction de Fort Hills, opéré par Suncor Energy, pour lequel une décision finale d'investissement est prévue fin 2013.

Joe Oliver doit rencontrer des dirigeants de Total et de Shell à l'occasion de sa tournée européenne, ainsi que des représentants de la Commission européenne et de l'industrie.

Il s'est refusé à préjuger des résultats de son voyage.

"J'ai des atouts en main mais nous n'en sommes pas encore aux résultats définitifs. Nous défendons la logique, nous défendons l'équité, en toute justice. On peut espérer que cela finira par l'emporter", a-t-il dit.

Marc Angrand pour le service français, édité par Muriel Boselli

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