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Le calcul intensif ignore la crise

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Enquête Depuis quinze ans, le marché du calcul à haute performance jouit d’une croissance soutenue. Ce dynamisme, porté par les nouveaux usages, le big data et le cloud computing, va se poursuivre.

Le calcul intensif ignore la crise © Le calcul à haute performance, utilisé notamment pour la simulation numérique, devient un outil d’innovation et de compétitivité.

IBM, HP et Dell, les trois ténors du calcul à haute performance (HPC en anglais), qui trustaient 74% du marché en 2012, se frottent les mains. Et pour cause : les supercalculateurs ignorent superbement les crises. Depuis quinze ans, le marché mondial affiche une croissance annuelle de 7% en moyenne. Ce rythme devrait se poursuivre jusqu’en 2016, selon IDC. En France, le marché serait même plus dynamique, avec une croissance à deux chiffres d’après le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC).

Le secret de cette santé insolente ? Une partie de la réponse réside dans l’insatiabilité de la demande du secteur public (recherche académique, prévisions météo, besoins gouvernementaux) pour lequel le calcul intensif a été créé à l’origine. Il représente 70% du marché, selon IDC, et continue de tirer la demande. Les grands pays se livrent à une course au HPC, source de prestige national et arme de compétitivité. "La France fait partie du club des cinq pays qui investissent le plus dans ce domaine, aux côtés des États-Unis, du Japon, de la Chine et de l’Allemagne", constate Mathieu Poujol, consultant chez PAC. La Commission européenne prévoit de doubler ses investissements à 1,2 milliard d’euros par an, dès 2014.

De belles perspectives

  • 11,1 milliards de dollars dans le monde en 2012 (21,8 milliards de dollars avec le stockage, les logiciels et les services associés)
  • 7,3% de croissance annuelle d’ici à 2016
  • 500 millions d’euros au total en France en 2012 et une croissance à deux chiffres d’ici à 2017

Sources : IDC, PAC

Les entreprises soutiennent également de plus en plus la croissance du calcul intensif. Dans de nombreux secteurs (aéronautique, automobile, énergie, nucléaire, pharmacie, microélectronique, finance…), le HPC s’impose comme un outil d’innovation et de compétitivité. "On ne peut plus concevoir une automobile, un avion, un train ou un médicament sans faire de la simulation numérique grâce au calcul intensif", affirme Hervé Mouren, le directeur de Teratec. Cette technopole dédiée au HPC a ouvert en juin 2012 à Bruyères- le-Châtel, dans l’Essonne, tout près du Très grand centre de calcul (TGCC) du CEA, doté d’une puissance de calcul de 2,2 petaflops. Car le HPC a l’avantage de réduire le nombre de prototypes physiques à réaliser, de raccourcir les délais de développement et de baisser les coûts.

Ruptures technologiques
Dans la course à l’innovation et à la compétitivité, chercheurs et industriels doivent régulièrement augmenter leurs capacités de calcul pour affiner leurs modèles de simulation numérique. Le but est de gagner en précision et en fiabilité, mais aussi de faire face à l’explosion des données à traiter. "Chaque rupture technologique dans l’industrie génère un appel d’air dans le HPC, explique Patrice Gommy, le directeur alliances et marketing de SGI Europe. C’est le cas chez Boeing pour le 777, premier avion de ligne développé entièrement en numérique, puis pour le 787 Dreamliner, premier avion de ligne à utiliser intensivement des composites en carbone. À chaque fois, l’avionneur américain a dû multiplier ses capacités de calcul par cinq à dix." Il en a été de même pour Dassault Aviation avec son avion d’affaires Falcon X, et Airbus avec l’A350.

Autre marché prometteur pour le HPC : le big data, c’est-à-dire l’exploitation du déluge de données numériques à des fins de marketing, d’optimisation financière ou de gestion des risques. Pas de simulation ici, mais la corrélation des données pour détecter des tendances utiles à l’entreprise. "C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin, compare Patrice Gommy. Les moyens utilisés ne relèvent pas encore du HPC. Mais l’évolution des besoins rendra demain les supercalculateurs incontournables."

Paradoxalement, le marché, vieux de plus de vingt ans, est considéré comme jeune. "Le potentiel de développement reste énorme", souligne Mathieu Poujol. Les entreprises, en particulier les PME-PMI, n’utilisent pas assez le HPC. Pourtant, la technologie devient de plus en plus abordable. "En cinq ans, le coût d’usage, qui inclut l’investissement et les frais d’exploitation, a été divisé par 20", estime Laurent Grandguillot, le directeur de l’activité HPC chez HP France.

Reste le problème de la complexité d’utilisation. L’arrivée du cloud computing pourrait toutefois changer la donne. IBM a été le premier à s’y lancer, il y a dix ans. Sans succès. Big Blue, le numéro un du secteur avec 32% du marché en 2012, privilégie aujourd’hui une offre de cloud privé destinée aux entreprises souhaitant mettre en place une infrastructure de HPC partagée entre différentes unités internes ou avec des partenaires extérieurs. "Soyons réalistes. Renault ne va pas passer demain au calcul dans le cloud", remarque Sylvie Boin, chargée de l’activité HPC chez IBM France, tout en reconnaissant avoir des demandes de clients pour des besoins ponctuels de débordement. Même prudence chez SGI qui propose, depuis trois ans, un service dans le cloud sous le nom de Cyclone. "Tous les clients qui utilisent ce service disposent déjà en interne de moyens de calcul intensif, affirme Patrice Gommy. Ils font appel à Cyclone ponctuellement pour faire face à des pics de charge. Et ils n’ont pas peur de le faire puisqu’ils ont l’expérience leur permettant de prendre les précautions nécessaires en matière de sécurité." Ce service représenterait moins de 10% des revenus de SGI estimés à 256,4 millions de dollars en 2012.

En France, Bull a saisi le filon en lançant, en 2010, Extreme Factory, son service de simulation à la demande, en partenariat avec les éditeurs de logiciels Scilab, Bakery, ESI Group et CD-Adapco. S’appuyant sur son dernier datacenter à Clayes-sous-Bois, ce service vise les grandes entreprises déjà équipées mais qui ont des besoins additionnels de simulation lors des pics d’activité. Il s’adresse également aux PME-PMI, qui ne souhaitent pas investir dans des moyens en propre, et aux studios de création vidéo. Ces offres restent marginales, même s’il faut compter aussi les services d’infrastructure cloud de Microsoft, Amazon ou Aruba, utilisables pour le calcul à faible capacité. L’arrivée prochaine, en France, de NumInnov et HPC Spot [lire l’encadré page 43] marquera le vrai départ du HPC à la demande à une échelle industrielle. Si le premier se concentre sur l’Europe, où le marché, selon Bull, se chiffrerait à 350 millions d’euros en 2015, le second affiche une ambition mondiale. Alban Schmutz, le vice-président d’OVH, chargé du projet HPC Spot, est convaincu que le cloud représentera 30 à 40% du marché du HPC dans dix ans. 

Cinq industriels français au top 

  • CGG

Puissance 12 petaflops

Équipement IBM, Dell, NVidia

Sites Massy, Singapour, Crowley (Angleterre) et Houston (États-Unis)

Usages Évaluation du potentiel des réservoirs d’hydrocarbures à partir des données sismiques

  • Total

Puissance 2,4 petaflops

Équipement SGI

Site Centre scientifique et technique Jean Feger à Pau Usages Identification des gisements de pétrole et de gaz, et optimisation de l’exploitation par simulation

  • EDF

Puissance 944 téraflops

Équipement IBM

Site Centre de recherche de Clamart

Usages Simulation des réacteurs nucléaires et optimisation de l’exploitation

  • Bull

Puissance 554 téraflops

Équipement Bull

Site À Angers, site de calcul

Usages Optimisation de l’architecture des supercalculateurs par la simulation numérique

  • Airbus

Puissance 244 téraflops

Équipement HP

Sites À Toulouse, site de calcul

Usages Simulation numérique des avions en phase de conception

Bientôt deux solutions françaises à la demande

  • NumInnov

Approuvé par le Commissariat général à l’investissement en mai 2012, le projet Numinnov doit aboutir à la création d’une entreprise qui démocratisera l’accès au calcul intensif et suscitera des nouveaux usages. Mais sa finalisation tarde. L’entreprise est dotée de 28 millions d’euros, avec pour actionnaires Bull (10 millions) et l’État, via la Caisse des dépôts (18 millions). À son lancement, elle compte s’appuyer sur Extreme factory, le service de calcul à la demande de Bull fondé sur son datacenter de Clayes-sous-Bois, dans les Yvelines.

Objectif 100 millions d’euros de chiffre d’affaires dans cinq ans.

  • HPC Spot

Ce service sera lancé, sans aide de l’État, en juin 2013, par Oxalya, racheté par OVH en septembre 2012. Il reprend à une échelle industrielle Virtual Node, le service de calcul à la demande proposé par Oxalya depuis 2008. Il s’appuiera d’abord sur l’un des six datacenters d’OVH à Roubaix, mais aussi à Montréal et aux États-Unis. Il cible les PME, les labos de recherche et les gros industriels pour leurs besoins de débordement et de mobilité. L’offre de départ comprendra une dizaine de logiciels de simulation en open source.

Objectif 50 millions d’euros de chiffre d’affaires dans cinq ans.

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