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L'usine Agro

Le cacao ivoirien fait saliver les industriels

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Les grands du chocolat, comme Cémoi, Cargill et Nestlé, cherchent à professionnaliser la filière du premier producteur mondial.

Le cacao ivoirien fait saliver les industriels

Sur les quais de déchargement de l’usine Cémoi de Yopougon, près d’Abidjan, un salarié plonge une sonde dans les sacs de cacao arrivés quelques minutes plus tôt, pour mesurer le taux d’humidité des grains. Il doit être compris entre 7 et 8?% maximum pour garantir une bonne qualité du cacao et des futurs chocolats. Depuis le 1er octobre, la récolte de cacao bat son plein en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec plus de 41?% de parts de marché, devant son voisin, le Ghana, qui en totalise 20?%. Chaque jour, une quarantaine de camions de plus de 30 tonnes arrivent à l’usine pour décharger leur cargaison. Et près de 200 tonnes sont broyées et torréfiées, soit environ 100?000 tonnes par an. Présent industriellement dans le pays depuis 1996, le groupe français Cémoi est aujourd’hui le seul sur place à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur du cacao, des champs à la production de chocolat. «?Nous nous sommes implantés dans le pays, car nous souhaitions sélectionner nos fèves et travailler directement avec les planteurs et les coopératives pour mieux contrôler la qualité?», explique le PDG de l’entreprise familiale, Patrick Poirier.

Un potentiel à valoriser

Depuis mai 2015, Cémoi possède une usine de fabrication de produits chocolatés pour satisfaire le marché ivoirien. Une grande première dans le pays. Cémoi fabrique de la pâte à tartiner, de la poudre de cacao et de grosses tablettes pour la restauration. Mais cette production n’absorbe encore que 10?% des fèves achetées et torréfiées par le groupe, le reste étant exporté pour transformation en Europe. Le chocolatier espère arriver à saturation de sa chocolaterie, soit 10?000 tonnes produites, d’ici à cinq ans, en fonction de la demande. «?La nouvelle classe moyenne commence à acheter du chocolat. Il faut lui faire connaître ce produit progressivement. Nous vendons à différents distributeurs traditionnels et à Carrefour, qui vient de s’installer dans le pays?», souligne le PDG de Cémoi. À terme, l’usine devrait fournir tous les pays d’Afrique de l’Ouest en produits chocolatés.

À l’image du groupe familial français, des opérateurs internationaux comme Cargill et Barry Callebaut ont ouvert des usines dans le pays. Ils transforment des fèves pour produire de la «?masse?» et du beurre de cacao, qui seront exportés en Occident pour entrer dans le process d’élaboration du chocolat. Le taux de transformation locale du cacao sur place est encore faible?: 33?% des fèves, soit 585?000 tonnes sur 1,8 million de tonnes produites. La majorité de la production est broyée et torréfiée en Occident.

Conscient du potentiel économique de la filière, le gouvernement ivoirien met en place des incitations fiscales pour attirer les entreprises. «?L’objectif est de porter la transformation locale à 50?% de la production d’ici à 2020?», a annoncé, le 1er octobre, le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, lors des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC). Présent depuis 2000 en Côte d’Ivoire avec une usine de broyage, le groupe américain Cargill réfléchit à augmenter sa capacité de transformation, qui atteint aujourd’hui 120?000 tonnes par an. Son compatriote Mars pourrait également s’implanter industriellement dans le pays.

Rajeunir les vergers

Stratégique pour l’économie ivoirienne –?la cacaoculture représente près de 15?% du PIB du pays?–, la production de cacao l’est tout autant pour les géants français et européens de l’agroalimentaire. Selon le Syndicat français du chocolat, 70?% des chocolats vendus dans l’Hexagone contiennent du cacao cultivé en Côte d’Ivoire. Il est donc important de préserver la ressource et d’augmenter les rendements, face à une demande mondiale qui continue de progresser.

«?Depuis une quinzaine d’années, la Côte d’Ivoire a vu le rendement de sa filière décroître fortement à cause de l’âge des cacaoyers. La plupart ont entre 30 et 35 ans, alors que l’âge optimum de production se situe entre 15 et 20 ans?», explique Jonas Mva Mva, expert du secteur et directeur du programme cacao à l’IDH (The Sustainable trade initiative). Aujourd’hui, il y a urgence à rajeunir les vergers. Car il faut attendre jusqu’à cinq ans pour qu’un arbre donne de bonnes fèves. Les cacaoyers ivoiriens sont par ailleurs touchés par un virus baptisé swollen shoot, qui touche 10?% du verger et décime les arbres. Aucun traitement efficace n’existe pour l’heure, si ce n’est la solution radicale de l’arrachage. Selon les projections de l’Organisation internationale du cacao (Icco), il pourrait manquer 1 million de tonnes de cacao pour répondre à la demande mondiale en 2020 si l’on ne fait rien, en raison de la baisse des rendements et de l’augmentation de la consommation. L’objectif est d’arriver à plus d’une tonne par hectare de rendement, contre 450 kilogrammes en moyenne actuellement. Pour faire face à l’enjeu, les industriels déploient plusieurs initiatives.

Cémoi a lancé le programme Transparence. Aujourd’hui, 30?% des planteurs et 19 coopératives sont engagés dans cette filière. L’un des buts est d’arriver à mieux connaître les parcelles des planteurs, grâce à des outils de géolocalisation. Il faut aussi les former à mieux contrôler la fermentation des fèves une fois récoltées. «?C’est en contrôlant la fermentation et le stockage des fèves que l’on peut maîtriser la qualité future du chocolat et les arômes précurseurs?», assure Patrick Poirier. Le groupe dispose aujourd’hui de 12 centres de fermentation, avec des séchoirs solaires qu’il a progressivement mis en place depuis 2009. L’objectif est d’arriver à mobiliser 100 coopératives d’ici à 2020, soit 60?000 planteurs.

Création d’un label qualité

Cargill est engagé pour sa part dans des programmes de certification, établis par les organisations Fairtrade et UTZ selon des critères de durabilité, et développe un programme baptisé Coop Academy pour professionnaliser les coopératives de producteurs. Ce projet, qui doit aider les planteurs à adopter des techniques de production modernes et durables, représente un investissement de 24?millions de dollars. Les dirigeants des coopératives sont également formés aux bonnes méthodes de gestion et à l’accès au crédit. Des initiatives pour améliorer la vie quotidienne des communautés de planteurs ont aussi pu être financées, comme la construction d’écoles.

Le géant suisse Nestlé a, lui, inauguré, en 2011, un centre de recherche mondial près d’Abidjan. «?Nous sommes le seul centre de R?&?D de Nestlé en Afrique?», se félicite Oliver Chmiel, le directeur de cette structure qui emploie plus de 100 personnes, dont une vingtaine de chercheurs. De jeunes plants de cacaoyers de la variété locale Mercedes y sont produits, qui seront distribués gratuitement à des coopératives sélectionnées, pour rajeunir leur verger. Le groupe assure en avoir déjà offert 6 millions aux planteurs. Il veut augmenter les rendements et la qualité du cacao. Le centre travaille aussi au développement de ses propres variétés mises au point par ses chercheurs maison. «?Nous avons une trentaine de variétés en cours d’évaluation. Notre objectif est qu’elles puissent atteindre jusqu’à 3 tonnes de rendement par hectare. Nous espérons pouvoir procéder à des plantations en conditions réelles courant 2017?», précise Oliver Chmiel.

En attendant, les industriels français du chocolat viennent de lancer, en collaboration avec l’organisme ivoirien de gestion de la filière, le Conseil café cacao [lire ci-dessus], un label baptisé Origine Côte d’Ivoire, selon des critères de bonne gestion de la production. «?Il a vocation à être adopté par les industriels de différents pays en Europe et dans le monde?», affirme le Syndicat français du chocolat. «?Notre stratégie commerciale doit refléter notre poids au niveau mondial, souligne le ministre de l’Agriculture, Mamadou Sangafowa Coulibaly. Nous devons informer les consommateurs que le cacao issu de nos fèves est le meilleur du monde et promouvoir ses qualités.?» Si le gouvernement et les industriels affichent leur volonté de professionnaliser la filière ivoirienne du cacao, il faudra encore du temps pour en voir les effets. Et les bénéfices que pourront en tirer les populations locales. ??

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao

1,8 million de tonnes de cacao produites par an

41 % de la production mondiale

15 % du PIB du pays

33 % de la production transformée sur place

800 000 planteurs

(Sources : ICCO ; Alliance 7)

Un prix du cacao encadré depuis 2012


L’arrivée au pouvoir en 2011 d’Alassane Ouattara a permis à la Côte d’Ivoire de mettre fin à plusieurs années de guerre civile et de retrouver une certaine stabilité politique. Son gouvernement a aussi remis en place un système d’encadrement du prix du cacao payé aux producteurs. « Le système libéralisé qui existait jusque-là avait fait chuter les prix et les revenus des planteurs », explique Tété Germain, le responsable des ventes au Conseil café cacao (CCC). Cet organisme régule, depuis 2012, les exportations et les ventes de cacao et de café sur le territoire ivoirien. Le nouveau système repose sur des quantités vendues par anticipation, achetées par les opérateurs du secteur, via un système d’adjudication électronique. « Pour chaque session, le CCC définit la quantité de cacao de la récolte suivante mise sur le marché. Chaque opérateur enchérit à un prix supérieur au cours moyen de base », précise Tété Germain. Le 1er octobre (date officielle du début de la nouvelle campagne), les compteurs des adjudications sont arrêtés et un prix d’équilibre est fixé. Ce sera le prix garanti que les industriels devront payer aux planteurs. Le 1er octobre 2016, il s’est établi à 1 100 francs CFA, soit un bond de 50 % par rapport à 2012. ??

Des plantations atomisées aux faibles rendements


Il existerait en Côte d’Ivoire quelque 800 000 planteurs, même si ce chiffre est sujet à caution. Très atomisées, les plantations de cacaoyers sont situées souvent sur des territoires difficiles d’accès, éloignés des voies de communication. Pas question pour l’instant d’envisager une culture intensive, puisque les exploitations font majoritairement 2 à 5 hectares. Les rendements sont faibles, de l’ordre de 450 kilogrammes par hectare, contre le double en Amérique centrale. Après la récolte, les planteurs se tournent soit vers des « traitants » (négociants) pour vendre leur production, soit vers des coopératives qui revendront les fèves aux transformateurs. Nombreuses et petites, ces dernières sont mises en avant par le gouvernement et les industriels, car elles permettent aux planteurs d’être à la fois plus indépendants et mieux intégrés dans la valorisation de leur production. Mais il reste beaucoup à faire pour les structurer et les rendre toutes viables économiquement. La production est passée de 1,79 million de tonnes (Mt) lors de la campagne 2014-2015 à 1,56 Mt sur celle de 2015-2016, soit un recul de 12,6 % en raison de problèmes météorologiques et de l’âge des cacaoyers. ??

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