Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Agro

Le buzz de la BD anti pêche en eaux profondes fait réagir la filiale pêche d'Intermarché

, ,

Publié le

Depuis des mois, la Scapêche, du groupe Intermarché, est attaquée de manière virulente par l’ONG Bloom. A l’approche du vote au Parlement européen sur la poursuite de l’autorisation de la pêche en eaux profondes, elle a décidé de répondre point par point.

Le buzz de la BD anti pêche en eaux profondes fait réagir la filiale pêche d'Intermarché © Jbdodane.com (Flickr CC)

La guerre virale est déclarée. Depuis des mois, l’ONG Bloom milite pour l’interdiction de la pêche en eaux profondes et attaque la Scapêche, du groupe Intermarché, principal acteur européen de cette pêche qui utilise des chaluts travaillant directement sur le fond de la mer. Pour les militants de Bloom, ces chaluts labourent le sol et détruisent l’écosystème pour pêcher trois espèces de poissons vendus très peu chers. Selon eux, cette pêche n’est pas rentable et vit des subventions européennes.

Jusqu’à présent, la Scapêche a fait profil bas. Mais à l’approche du vote au Parlement européen sur la poursuite ou non de la pêche en eaux profondes, qui doit avoir lieu le 10 décembre 2013, la Scapêche, lasse de prendre des coups, a décidé "de relever la mêlée", et de répondre… poing par poing. Le succès sur les réseaux sociaux de la bande dessinée rigolote de Pénélope Bagieu, qui assène - avec talent - les arguments de Bloom, a peut-être été la goutte qui a fait déborder le vase.

Subventions de part et d’autre

Fabien Dulon, redevenu directeur général de Scapêche, contre-attaque. Sans réellement l’assumer, il reconnaît les excès des années 1990 et 2000 et la baisse de la ressource provoquée par la surpêche. Depuis, la Commission européenne a instauré des quotas. En s’appuyant sur des études de l’Ifremer, Fabien Dulon affirme que, désormais, il s’agit d’une pêche "au rendement maximum durable" qui assure le maintien du stock halieutique. Il reconnaît le montant des subventions, 9 millions d’euros sur 10 ans, "alors que dans le même temps nous versions environ 40 millions d’euros en taxes à l’Etat. Si toutes les subventions avaient un tel rendement fiscal, il faudrait les multiplier…" Et de rappeler perfidement, lui qui avoue ingénument "nous avons en face de nous des communicants, ce que nous ne sommes pas", que l’ONG Bloom est subventionnée à hauteur de 30%, sans préciser le montant du budget de l’association (à peine plus de 100 000 euros en 2012). Les subventions à la Scapêche ont surtout été versées pour la destruction de vieux bateaux puis pour la modernisation de la flotte, ce qui a abouti à une baisse de la consommation de gazole.

Dévastation des fonds contre faible impact sur l’environnement

Enfin, la Scapêche reconnaît que la pêche, comme beaucoup d’activités humaines, a un impact sur l’environnement. Mais elle le considère comme faible. D’abord parce que les zones de chalutage, surveillées par des balises GPS, ne représenteraient que 5% de la surface des zones de pêche. Ensuite, parce que le chalut est envoyé sur des fonds vaso-sableux. Sur fond de roche ou de corail, le risque est trop grand de perdre un chalut valant 20 000 euros, plus presque autant en capteurs. Enfin, parce que le chalut est conçu pour ne pas labourer, afin de réduire la consommation des moteurs du navire. Et de montrer un film d’un chalut en pêche pour prouver ces dires.

La Scapêche montre ce qu’elle veut montrer et choisit ses arguments, garde un ton finalement mesuré tout en se laissant aller parfois à quelques perfidies, comme lorsque Fabien Dulon souligne l’origine américaine d’une partie des fonds des ONG, sans vouloir en dire plus.

Un scientifique accusé de complaisance

De son côté, Bloom n’hésite pas à chausser de gros sabots, au risque d’un excès contre-productif : "[…] d’immenses filets lestés raclent les fonds marins jusqu’à 1800 mètres de profondeur et dévastent des écosystèmes multimillénaires et des espèces vulnérables, dont certaines sont menacées d’extinction" peut-on lire sur le site de l’ONG. Ou, commentant la conférence de presse organisée par la Scapêche et son titre "Journée vérité sur la pêche profonde" : "Le titre caricatural de cet événement est une réminiscence des grandes entreprises de fabrication du mensonge industriel telles qu’elles ont été décrites dans de brillants ouvrages. Les arguments qu’Intermarché va faire valoir sont bien connus des ONG qui les entendent depuis précisément cinq ans (Grenelle de la Mer). C’est alors que ces dernières avaient découvert puis dénoncé publiquement la complaisance du rapporteur de la mission 'pêche profonde', l’halieute de l’Ifremer Alain Biseau, et sa collusion avec le secteur industriel de la pêche. C’est lui qui officiera au nom de 'la science' aujourd’hui."

Lors de la conférence de presse, Alain Biseau a blêmi sur une question concernant les soupçons de collusion de l’Ifremer avec l’industrie de la pêche et a fini par lâcher : "Je suis très touché par les attaques personnelles." En cause, un texte publié sur le site de l’Ifremer que Bloom présente comme "une imposture [… ] passée 'en douce', sans approbation scientifique ni débat interne sur la position de l’Ifremer".

L’Ifremer pointe les dégâts des années 1990…

On lit pourtant sur ce texte : "Quelques espèces profondes atteignent des âges très élevés (l’empereur peut vivre 120 ans, le grenadier 70 ans). Leur croissance lente et leur reproduction tardive ne leur permettent de supporter qu’un taux d’exploitation très modéré. […] Le développement rapide et non limité, au début des années 1990, de l’activité de pêche sur les espèces profondes, a conduit à un déclin rapide et important de ces ressources. […] L’impact de l’activité de pêche (et pas seulement celle de la pêche dite profonde) sur les écosystèmes marins vulnérables (coraux d’eau froide, éponges…) est bien documenté. Ainsi, au cours de la campagne BobGeo (2009) menée par l’Ifremer dans le golfe de Gascogne dans le cadre du projet européen Coralfish, il a été montré clairement des traces de chalutage dans des champs de coraux, le golfe de Gascogne étant pourtant une zone où la pêche dite profonde est absente aujourd’hui."

… Mais souligne l’amélioration de l’état des stocks depuis 2003

La violence de l’attaque de l’association pourrait venir d’autres affirmations de l’Ifremer, dans le même document : "Les diagnostics et avis émis en 2012 par la communauté scientifique internationale (CIEM) reconnaissent que l’exploitation des stocks de poissons profonds a été amenée à un niveau soutenable (après la surexploitation du début des années 2000). Cette amélioration montre que les effets positifs d’une gestion appropriée peuvent se faire sentir assez vite même pour des poissons profonds. En effet, l’amélioration de l’état des stocks de poissons profonds résulte de la réduction par un facteur 4 de l’effort de pêche international (données CSTEP) sur ces espèces depuis 2003. La durabilité de l’exploitation de ces stocks (grenadier, sabre et lingue bleue) est aujourd’hui établie. Ces trois espèces représentent près des trois quarts (73% en 2011) des captures réalisées par les chalutiers dits de grands fonds. Si le nombre des autres espèces capturées de manière accessoire à l’échelle de la pêcherie peut être important (une centaine), la plupart le sont occasionnellement et en très petites quantités, ainsi les captures cumulées de plus de 70 espèces ne dépassent pas 1% du poids total des captures annuelles et le nombre d’espèces capturées par trait de chalut est beaucoup plus faible, 15 en moyenne. Les captures rejetées ont été estimées par des observateurs embarqués (programme Obsmer) à 20% des captures totales en 2011." Ce texte est-il suffisant pour une accusation de collusion ?

Chaque partie se référant à des experts affichés comme reconnus, la polémique a peu de chance de s’éteindre.

Patrice Desmedt

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle