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L'Usine Santé

Le bruit des machines, dernier souci des fabricants comme des clients industriels

Cécile Maillard ,

Publié le

Exclusif Quatre machines sur cinq vendues en Europe ne respectent pas la réglementation sur le bruit, montre l'enquête européenne NOMAD que vous révèle l'Usine nouvelle. Jacques Chatillon, responsable acoustique de l'INRS, qui a piloté l'enquête, réclame une sensibilisation des gouvernements, mais aussi des entreprises, à ce risque professionnel sous-estimé.

Le bruit des machines, dernier souci des fabricants comme des clients industriels

Première enquête du genre, NOMAD révèle que 80% des notices d'instruction des machines proposées à la vente en Europe ne fournissent pas d'indications fiables sur leur niveau d'émission sonore. Une défaillance très importante, signe d'un manque d'intérêt de tous, gouvernements, fabricants, acheteurs, pour les problèmes de santé au travail que posent des niveaux sonores élevés.

C'est l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), chargé en France de la prévention des risques professionnels, qui a piloté cette première enquête européenne.

Responsable de son laboratoire d'acoustique, Jacques Chatillon en détaille les résultats, et livre quelques pistes des solutions qui pourraient être mises en œuvre.

Usine nouvelle - D'où est venue cette idée de lancer une étude des notices de machines, en particulier sur les informations relatives au bruit ?

Jacques Chatillon - Tout est parti de constatations de terrain. L'INRS et d'autres organismes de prévention ou ministères du travail en Europe, se sont aperçus que peu de notices de machines étaient correctes. Or, en Europe, une "Directive Machines", mise à jour en 2006, s'applique aux machines en circulation sur le territoire européen. Elle précise quelles informations doivent figurer sur ces notices d'instruction, pour que les entreprises puissent choisir leurs machines en connaissance de cause, et, le cas échéant, prendre des précautions dans leur utilisation. Nous avions donc une grande légitimité à intervenir sur cette question de prévention des risques professionnels.

L'INRS et la direction générale du travail française ont alors eu l'idée d'agiter un réseau européen technique pour étudier de plus près ces notices. 1 500 notices ont été examinées de près, de machines vendues dans les 14 états participant à l'étude, et appartenant à 40 grandes familles, compresseurs, pompes, machines forestières, scies, empaqueteuses... Elles concernent 800 fabricants, européens ou non.

Et le niveau de bruit annoncé n'était pas le bon ?

Nous n'avons pas mesuré l'émission sonore de chaque machine, d'abord parce que nous ne les avions pas sous la main, ensuite parce que ça aurait été techniquement très long et compliqué. C'est une pré-enquête que nous avons menée, en évaluant la qualité de l'information donnée par les fabricants de ces machines. C'est à eux de faire les mesures de bruit et de les communiquer à leurs clients par l'intermédiaire des notices d'instruction.

Elle a montré que 80% des notices ne comportaient ou aucune information sur le bruit, pour 12% d'entre elles, ou des informations incomplètes – 39% des notices ne donnent pas de valeur numérique d'émission sonore, 75% ne fournissent pas les informations obligatoires sur la méthode de mesure. Ce dernier point est très important, car la méthode peut remettre en cause la crédibilité de la valeur fournie. La moitié des notices non-conformes ne donnent pas d'indications sur les risques résiduels pour les utilisateurs, qui les obligent à porter des protections individuelles, ou à s'éloigner, ou à ne pas être exposé au-delà d'une certaine durée.

Quel que soit le pays étudié, les proportions de non-conformité sont les mêmes. Certaines catégories de machines respectent moins que d'autres les obligations, mais les échantillons sont trop faibles pour en tirer des enseignements. Surtout, nous nous sommes aperçus que même les machines les plus dangereuses, qui sont soumises à un contrôle plus strict, ne bénéficient pas de ce contrôle pour une meilleure information sur le bruit. Les organismes de contrôle ne font pas leur boulot...

Que préconisez-vous comme solutions ?

Les fabricants de machine, ou leurs importateurs, manquent de motivation pour respecter la réglementation, que parfois ils ne connaissent pas. Les fabricants sont d'autant moins motivés que les machines silencieuses, ou avec des notices fiables, ne bénéficient pas d'un marché supérieur, puisque les clients ne se préoccupent pas de cette question. Le bruit n'est pas un argument de vente !

Il faut donc sensibiliser les acheteurs. Un employeur est responsable du risque qu'il fait courir à ses salariés, il devrait être attentif au niveau de bruit de son lieu de travail. Mais le risque de perte d'audition n'est pas perçu comme significatif. Il arrive en fin de carrière, n'est pas mortel, est parfois invisible. Or chaque année, on reconnaît 1 000 surdités d'origine professionnelle, dont chacune coûte, en moyenne, 96 000 euros à l'entreprise. Et le nombre de salariés exposés à des niveaux importants ne cesse de croître.

Il faut rétablir une carotte et un bâton. Les gouvernements pourraient contrôler un appareil par an, par exemple. Ou baisser le taux de cotisation à l'assurance maladie des entreprises qui achètent des machines peu bruyantes.

Est-ce qu'il n'y a pas des obstacles techniques ?

Concevoir une machine suit un process compliqué, il faudrait intégrer la question du bruit dès le début de sa conception. On sait faire des machines moins bruyantes : les voitures, camions, sous-marins, ont beaucoup progressé sur cette question, tout comme les compresseurs dans le BTP. Mais là on cherche à protéger l'environnement. Les riverains sont mieux protégés que les salariés !

A lire dans L'Usine nouvelle du 14 février, notre enquête "Bonnes pratiques" sur comment réduire le bruit dans les ateliers.

Propos recueillis par Cécile Maillard

Parcourir l'enquête sur le projet "NOMAD" en PDF

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