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Le Bourget du nucléaire, "une exhibition de dinosaures" pour Greenpeace

Manuel Moragues , , ,

Publié le

A la veille due la World Nuclear Exhibition, Greenpeace a fait appel au cabinet Wise Paris pour étayer un argumentaire visant la filière industrielle française : le nucléaire est une industrie en déclin qui appartient au passé selon l'association.

Le Bourget du nucléaire, une exhibition de dinosaures pour Greenpeace © Greenpeace

La tenue du World Nuclear Exhibition (WNE), le "Bourget du nucléaire", à Paris-le-Bourget du 14 au 16 octobre interpelle Greenpeace. Le salon ouvrira ses portes le jour du vote de la loi de transition énergétique, sur le lieu même où se tiendra dans un an la Conférence Paris Climat 2015. "C’est assez cynique, commente Sébastien Blavier, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace France. Avant d’asséner : ce n’est qu’une tentative pour relancer une filière qui patine." Greenpeace avait fait appel, vendredi 10 octobre, à Mycle Schneider, consultant sur l’énergie et le nucléaire et cofondateur du cabinet Wise Paris, et à Yves Marignac, directeur de Wise Paris, pour étayer devant des journalistes leur credo : le nucléaire est une industrie du passé. Et le WNE, "une exhibition de dinosaures", selon les mots de Mycle Schneider.

Les bouleversements dans le monde de l’électricité sont portés par l’essor des énergies renouvelables (EnR). Ils ne laissent que peu d’avenir au nucléaire, selon le consultant. Qui cite une note d’UBS d’août 2014 sur l’impact du solaire, des batteries et des véhicules électriques sur le système électrique : "La production de masse d’électricité centralisée sera le dinosaure du futur système énergétique. Trop gros, trop rigide, même pas pertinent pour l’alimentation de secours sur la durée." A 215 milliards d’euros en 2013, les investissements mondiaux dans les EnR ont représenté 5 fois plus que ceux dans le nucléaire, à 43 milliards, estime Greenpeace.

Déclin dans le mix mondial

"Le nucléaire est en déclin dans le monde depuis longtemps et Fukushima a juste accéléré le mouvement", martèle Mycle Schneider, coordinateur et auteur principal du rapport "World Nuclear Industry Status Report", dont l’édition 2014 a été publiée cet été. Selon ses chiffres, la part du nucléaire dans le mix électrique mondial baisse depuis les années 1990, d’un maximum de 17,6% en 1996 elle aurait atteint 10,8% en 2013. Cette baisse a concerné tous les pays du monde à l’exception de la République tchèque, affirme le consultant. En Chine, l’éolien est même passé devant le nucléaire dans le mix depuis 2012.

Côté marché, pas question de voir une renaissance du nucléaire dans l’augmentation du nombre de réacteurs en construction depuis 2005, estime Mycle Schneider. Le niveau de 2005 – 24 réacteurs en construction – était si bas qu’il fallait remonter avant 1960, la préhistoire du marché, pour trouver l’équivalent. Et les 72 réacteurs actuels en construction dans le monde font pâle figure comparés au pic de 234 réacteurs en construction atteint en 1979. "A quoi bon, dès lors, soutenir autant le secteur du nucléaire en France ?", fait mine de s’interroger Yves Marignac, directeur de Wise Paris.

Exception française

Avec environ 3,1 milliards d’euros par an, la France, - une exception dans le monde -, investit à peu près autant dans le nucléaire que dans les renouvelables, évalue le consultant. Quant à la filière nucléaire française, si elle affiche 8 milliards d’euros d’export sur un chiffre d’affaires total de 46 milliards d’euros, "ses places et ses perspectives sont limitées à l’export", estime Yves Marignac. Selon lui, les français n’ont construit que 9 réacteurs dans le monde (dont 3 en construction) en plus des 58 réacteurs français, sur les 667 réacteurs construits ou en construction à ce jour. Soit une part de marché à l’export de… 2%.

Manuel Moragues

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